VIRÉE SACRÉE.

Journal de Francis Rodriguez ©

SECONDE PARTIE : FERROL - SAINT-JACQUES de COMPOSTELLE (octobre 2015, chemin anglais)

AVERTISSEMENT - Dans cet exposé, les ressentis sont ceux d'un pèlerin mais aussi ceux d'un Espagnol, et certains mots ou phrases ont été volontairement écrits dans ma langue maternelle.

13 OCTOBRE 2015, SALAMANCA - ZAMORA - FERROL.

Avant l'aube, nous cheminons déjà vers la gare routière. Direction Zamora, à partir de cette ville, nous prendrons le train pour la seconde partie de notre périple. Dès la sortie de Salamanca, nous comprenons que la navette va s'arrêter dans tous les villages, en effet, les arrêts qui se succèdent sont autant d'occasions de rappeler de vieux souvenirs, certains sont déjà passés par là. Regarde, à gauche, c'est la maison de Maria, on a couché là, la patronne était gentille, mais la nourriture douteuse etc. La campagne a changé, ici on cultive des céréales, la terre plus rouge laisse à penser que les récoltes sont bonnes mais quelques «pitas» bordent le chemin, la vie semble dure, les constructions sont modestes. Arrivée à Zamora (dire Sàmora) à 11 h 30, il fait frais mais beau. Nous nous rendons à la gare du ferrocarril, achetons les billets et le groupe s'éparpille pour un tour de ville. L'Espagne doit beaucoup à Zamora, car c'est ici qu'est né l'esprit d'indépendance des régions espagnoles. À la fin du huitième siècle, Ordoño  II, roi de Castille et Léon, subit quelques défaites dans la guerre qu'il menait contre les Arabes qui envahissaient l'Espagne, il en attribua la faute à la défection des comtes de Castille. Le roi les convoque de nouveau, et les fait mettre à mort, la protestation qui suit ouvre la voie à la négation du pouvoir royal. Il s'en suit la nomination par le peuple castillan des premiers «juges de Castille» qui jugeaient selon les traditions locales. Au fil du temps le comté prit son indépendance, on brûla les exemplaires du Liber Iudiciorum, on nomma des alcaldes et ce fut la naissance d'une demi-république. L'un des premiers juges fut Lain Calvo, ancêtre d'un illustre personnage de l'histoire médiévale espagnole Rodrigo Diaz de Vivar que nous connaissons sous nom de «le Cid». La ville est située au nord-est de l'Espagne, à 80 kilomètres du Portugal, c'est en communauté autonome de Castille et Leon. Elle conserve dans sa vieille ville de nombreux édifices de style roman. Étalée sur les rives du rio Duero, le long de la Via de la Plata (la route de l'argent) cette ville possède de nombreux remparts, palais et églises témoignant de son influence à l'époque médiévale. Sa cathédrale, construite entre 1151 et 1174, est connue pour sa coupole de style byzantin. La Ruta del Duero et la Via de la Plata sont deux itinéraires permettant de connaître l'art et l'histoire de la province. Pierre et moi décidons, d'aller voir le fleuve, traçant notre chemin dans un dédale de ruelles, nous découvrons ci et là des monuments et églises admirablement conservées, ici la foi réunit les hommes. Un peu perdus sur le chemin du retour nous remontons une ruelle bordée de vieilles boutiques parfaitement restaurées et animées, ici un barbier : nous entrons pour le saluer, l'accueil est chaleureux, ça sent bon le savon et l'eau de Cologne, le cuir tanné des sièges nous attire, mais non, pas le temps... Photo souvenir et «Adios», là un brocanteur submergé d'objets divers, on se croirait aux objets perdus, il y en à partout, puis un bar à vins, un tailleur, etc.
Espérant faire table commune pour déjeuner, nous retrouvons une partie de l'équipe dans un petit restau connu des plus anciens, mais le serveur qui n'avait aucun sens de l'organisation était dépassé par sa tâche.
Enfin, une assiette mixte et une caña, nous pouvons retourner à la gare. Le train arrive, il est à l'image de nos TGV mais c'est un Talgo et nous nous engouffrons dans nos sièges pour une longue étape, car c'est une navette. La traversée du nord de l'Espagne se fait dans la bonne humeur, après la petite sieste réparatrice, les mots croisés et quelques histoires drôles, nous retrouvons José à la gare de Montforte. Il semble fatigué mais heureux de se joindre à nous. Dernière ligne droite, derniers arrêts et nous arrivons à Ferrol. L'hôtel Almendra se trouve à cinq minutes à pied de la gare, pas le temps de s'épancher, nous repartons à la recherche d'un restaurant et dînons fort convenablement.

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14 OCTOBRE, FERROL - PONTEDEUME (dire PONTÉDÉOUMÉ)

8h30, le jour se lève à peine, nous traversons Ferrol entre chien et loup, le chemin est balisé dans ces rues qui s'animent rapidement, je prends un peu de retard car mon genou n'est pas encore chaud, il plie mais ne rompt pas, on s'éloigne rapidement de la ville, sud-est.
pont As Pias Longeant la route nous entamons la traversée de la ria de Ferrol, le pont en arc de cercle nous révèle la beauté du site. La baie s'étale à perte de vue et le soleil commence à lécher la surface de l'eau. Au beau milieu du pont nous sommes les curieux témoins d'une partie de pêche en contrebas, à gauche et à droite du flot descendant, des pêcheurs en barques s'affairent à gratter le fond.
À l'aide de perches de plusieurs mètres munies de crochets et d'épuisettes, ils remontent de temps à autre un amas de vase, algues et vieilles coquilles qui une fois triées, révèlent la richesse de la baie : des alméjas (des coques et des palourdes), coquillages très prisés que l'on retrouve dans bon nombre de plats de la gastronomie locale. De l'autre côté de la baie, c'est Perlio, petit bourg noyé dans l'ombre de la colline. Un café con léché plus tard, nous reprenons le chemin balisé par un mannequin habillé en saint Jacques, photo. Très vite on comprend que cette étape va être dure, les vastes plateaux du centre de l'Espagne ont laissé place à une succession de collines et de vallées qu'il faut franchir. Bernard grogne un peu, il aime bien les descentes mais sait que derrière une descente à y a forcément une montée, alors il grogne. Longeant la route nationale, nous entrons lentement dans l'arrière-pays, les constructions s'espacent pour laisser place à la forêt, les eucalyptus et les bruyères remplacent les chênes. Traversant quelques hameaux aux maisons colorées, nous avançons de bon train mais ça monte. La végétation dense et généreuse nous permet de grignoter quelques fruits au passage, des champignons par-ci par-là nous rappellent de vieux souvenirs, mais on est trop loin de l'arrivée... Sur le plateau, on jette un dernier regard sur la baie baignée de soleil... Un soupir et on s'enfonce petit à petit dans la forêt. Tiens une petite rivière, un pont de pierres, un lavoir, Pascal se rappelle être passé par là, nous ramassons quelques châtaignes et poursuivons. Nous contournons Cardeita et bientôt entrons dans Magdalena direction la plage. Un escalier en pierres et une forte descente mettent à mal mon genou, le sable de la plage remet tout dans l'ordre. Les cabanes sont en mode hiver.
Nous faisons une pause en admirant cette plage parcourue par quelques naïades. Sardines, saucisson et pommes, voilà le déjeuner du jour, les pieds dans le sable nous savourons... s'éloigne rapidement de la ville, sud-est.
Enfin Pontedeume nous tend les bras, Guy et Bernard choisissent l'albergue, les autres vont à l'hôtel en centre ville, il est 17h30, belle balade. Avant d'aller dîner, nous visitons la ville qui, juchée sur une colline s'étale en pente douce jusqu'à la baie, l'église vouée à Santiago est ouverte, sœur Marie nous propose de tamponner notre crédencial dans la sacristie, chose faite elle nous remet une mini coquille, «Tenez et que Dieu vous accompagne...» Le soir tombe vite et les derniers rayons de soleil éclairent les bateaux amarrés dans la ria. Nous trouvons un barbier qui accepte de nous prendre à 19h30, on n'est pas en France, ici la vie commence. Dernier tour de ville, une caña et on se retrouve pour dîner avec Jean et Mimie. Ce soir ils vont apprécier l'apéro, je leur fais une surprise, des ceps marinés conservés dans l'huile d'olive, ils viennent de chez nous, Jean les a transportés depuis Montereau. Ensuite on dîne à l'espagnole, et on va dormir...

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15 OCTOBRE, PONTEDEUME - BETANZOS.

Eume 8 heures : on se retrouve près des quais pour un petit déjeuner en commun et c'est le départ. Pour sortir de la ville nous devons monter, repassant devant notre hôtel nous entamons ce qui nous semble une belle côte, quelques centaines de mètres plus loin nos muscles commencent à souffrir, un regard en arrière. Nous avons largement dépassé le clocher de l'église, les maisons en contrebas ressemblent à celles du Monopoly et pourtant nous montons toujours, enfin une descente, ce n'est que partie remise, dès le pont traversé la montée reprend, plus raide encore, un peu de végétation nous laisse croire que nous sortons de la ville, c'est bientôt fini, mais non.
Un faux plat nous donne un peu de répit, les flèches indiquent qu'il faut encore monter, quelques figuiers pliés sous le poids des fruits nous caressent les épaules, encore quelques centaines de mètres, un virage et encore une montée, nous sommes éparpillés. Une heure et demi plus tard, nous avons marché 2 kilomètres, mais gravi l'Éverest. La pente s'adoucit rapidement et le dénivelé devient acceptable, la brume fait la grasse matinée dans les vallons humides et le soleil tarde à se lever, nous entrons en zone humide. Nous croisons des forestiers, matériel à l'épaule, bientôt le murmure de la forêt laissera place à la douleur des arbres torturés par les tronçonneuses. Nous longeons un golf, les lapins y batifolent à souhait. Ici et là, l'automne essaie ses couleurs, le gris acier des feuilles d'eucalyptus, contraste avec le rouge et le jaune des autres arbres, ils composent un patchwork que seule la nature peut offrir. Nos silhouettes commencent à former des ombres car le soleil se lève, ses rayons rasants révèlent d'éphémères étoiles étendues dans l'herbe que nos pas éparpillent. Un sentiment de bien-être nous envahit, le bonheur sourit à ceux qui se lèvent tôt. Buen camino.
Longeant et surplombant la route, nous avançons rapidement, mais les descentes et les montées se succèdent et Bernard grogne un peu, de mon côté j'ai retrouvé mes forces et mon genou se fait oublier. Nous marchons sur un tapis de châtaignes et les haies de chrysanthèmes nous regardent passer, aux détours d'un virage un village isolé, une ferme, un pré un lavoir, ici le temps a fait une pause, seule la présence de fils électriques confirme que la modernité est passée par là. Une photo des vaches, mais qui regarde qui  ? Nous retrouvons la route et faisons une halte pour déjeuner dans un arrêt des cars, Pascal a pris un autre chemin mais nous arrivons ensemble à Betanzos.
À force de les entendre maltraiter ce nom, je leur explique qu'en espagnol, le Z se remplace par deux S, on dit "Bétanssos" et j'entends « béarnaise bien sûr » on éclate de rire, les vannes se suivent, on oublie un peu nos pieds et nous pénétrons en ville. Betanzos tout comme Pontedeurne, est construite sur une colline, il faut monter et descendre, ici aussi il faut caler les meubles. Nous cherchons une adresse, une jeune fille ravissante, envoûtée par la gentillesse de Guy nous accompagne en commentant dans ces ruelles étroites... instant magique... c'est le Chemin qui veut ça. Deux à l'albergue, quatre à l'hôtel, une heure de baignoire et un tour en ville. Betanzos est un joyau de style gothique que l'on doit à l'ordre des Dominicains tout comme Lugo et la ville de saint Jacques, un des monuments caractéristiques de cette époque est l'église San Francisco, reconstruite au quatorzième siècle sur les fondations d'un monastère. En entrant dans cette église, à gauche, face à l'hôtel, on trouve le sarcophage de Fernan Perez de Andrade qui en finança la reconstruction. Son tombeau qui représente des scènes de chasse, est posé sur le dos d'un ours et d'un sanglier, deux animaux emblématiques de la région. On trouve à la suite quatorze autres sarcophages de la famille de Perez de Andrade, à l'exception de celui de son épouse Sancha qui fût enlevé au dix-septième siècle, il figure maintenant au musée de las Marinas, site de l'ancien couvent de Santo Domingo. Pas moins de dix-huit sites remarquables à visiter dont trois églises, des palais, des couvents, etc. Ce sera pour une autre fois. Un dernier tour de ville, quelques cartes postales et on termine l'après midi confortablement assis à la terrasse d'un café.
Confort enviable, des coussins molletonnés sur des fauteuils en rotin, les clients sont choyés.
Pour dîner, Pascal a réservé un restaurant qui proposait des pulpos, le grenier aménagé en comedor est accueillant mais étriqué. Menu : pulpos, pulpos, y pulpos con patatas, vino blanco y vino tinto. On mange avec envie, les blagues fusent, on parle cuisine et soudain Pierre se lâche : «Si les avocats ne sont pas crus, les carottes sont cuites». Jean R. est radieux, quelle équipe... Après dîner, on s'attarde devant une glace, on est bien ici.

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16 OCTOBRE, BETANZOS - BRUMA

Il fait encore nuit, les terrasses sont vides mais la place grouille de monde, c'est jour de marché. Nous voici en ordre de marche, José nous regarde partir, il va faire un bout de chemin en taxi car l'étape va être longue. à peine sorti de la ville, les montées et les descentes se succèdent, un œil en arrière, quand reverrais-je hélas «de ce petit village fumer les cheminées...» Un Italien immense nous double, son sac est moitié moins gros que celui de Véro, il peut courir... Peu après son amie nous rattrape, nous faisons un bout de chemin ensemble, le soleil se lève il va faire beau. La petite bande s'est encore divisée, moi je traîne un peu et `véronique entame un dernier combat avec son rhume, nous voici au beau milieu d'une zone industrielle.
Des flèches, des tags un panneau, on tourne en rond, on retrouve la forêt, de nouveau la zone industrielle. Après quelques détours nous retrouvons le chemin, cette fois c'est le bon.
Une montée, un croisement une flèche à gauche qui descend, une à droite qui monte : même pas peur, on monte.
En pleine forêt nous longeons une vaste maison en pierre de construction récente, le propriétaire est là : pourquoi avoir construit ici loin de tout  ? Pour être tranquille... Encore un Anglais fou, nous poursuivons, ça redescend. La route traverse un hameau, deux maisons dont un bistrot fermé, dommage...
Au détour d'un chemin, un petit chat blanc arrive en courant, je le caresse, il me suit, se retourne, va vers un autre, «miaou, miaou» et soudain il se prend d'amitié pour Guy, se frotte à lui, joue avec son bâton, le suit, se glisse entre ses jambes, ça dure une bonne centaine de mètres passant de gauche à droite, Guy est conquis, lui qui n'aime pas ces bêtes là... Ainsi va notre chemin jusqu'à Présedo, nous faisons une halte dans une auberge qui vient à peine d'ouvrir. Une jeune Espagnole née à Paris, a décidé de s'installer à la croisée du Chemin de Saint Jacques et de la route, bel endroit, décor peint d'inspiration «Camino», les fresques rappellent des monuments illustres ou des scènes sur le thème du pèlerinage. Nous déjeunons dans la cour, Guy partage son déjeuner avec un chiot, il sourit. De retour sur le chemin, nous traversons des hameaux et profitons des fruits qui nous tendent les bras, deux maisons, un banc de pierre, une vieille dame... Ici, voici deux ans, elle nous a donné des gâteaux... Mamie a vieilli, elle a oublié. Pendant qu'elle discute ses poules arrivent, Bernard leur tend les reliques d'une grappe de raisin pendant que Guy téléphone. Mamie, Bernard, les poules, Guy qui sourit... l'image est fixée « rencontre improbable ».
Il est temps de partir, «buen camino»... Rapidement la pente s'accentue, pour voir l'horizon on relève la tête : Bernard va grogner. Au loin face à nous il nous semble reconnaître José assis à l'arrêt des bus, il a chaud et nous aussi, on s'arrête, on enlève une couche et entamons une longue montée, d'abord par la route pins par les chemins, ça monte plus qu'hier, la troupe s'étale, la pendule tourne et le chemin continue de monter à travers la forêt. Une halte, la vallée couverte de forêts s'étale loin derrière nous. On souffle comme des bœufs mais on reprend la montée, sacrée montée. Enfin, le chemin fait place à une petite route qui traverse l'autoroute et s'en éloigne par la droite, sur notre carte c'est signe qu'on touche au but, nous avons rattrapé, doublé ou accompagné quelques pèlerins qui de toute évidence vont aussi à l'albergue. Encore quelques kilomètres, nous voici enfin arrivés. L'albergue de Bruma est des plus basiques et la gardienne aussi, elle semble jalouse de son prédécesseur dont Guy avait conservé une bonne image, ça promet pour la suite. Le comédor est correct, mais le dortoir l'est beaucoup moins, les lits doubles se touchent quasiment, et interdiction de monter à l'étage, la tension monte un peu avec la dame qui va nous parquer plutôt que nous héberger, les godasses dehors... compris  ? Nous voici revenus au temps des camps romains. Pour dîner, Jean ne peux pas entrer dans la cuisine et Mimie s'en voit aussi interdire l'accès. La gardienne s'en va, ouf... On s'installe pour dîner et laisser rapidement la place aux autres. De retour, elle entre comme une furie dans le réfectoire et nous interpelle violemment, nous avons abusé de son autorité, j'essaie de la raisonner en espagnol, mais elle insiste, alors de concert nous nous installons sur l'aire de jeux à l'extérieur. L'un sur une balançoire, l'autre sur un cheval de bois, les autres debout, assiette à la main, dans la pénombre. Heureusement les pâtes sont bonnes.
À l'intérieur, ça grogne, elle fustige en élevant la voix, prenant les autres à témoin. Les Français en prennent pour leur grade, de toute évidence cette dame a un problème de personnalité, voire un problème tout court. Entassés comme des sardines nous entamons une nuit qui pour moi sera très courte. Dans le dortoir on se renvoie les ronflements comme une balle de tennis, mais on est vingt sur le même cours, comment dormir...

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17 OCTOBRE, BRUMA - SIGUEIRO.

Il est 5h, j'allume le réfectoire et commence à chauffer l'eau, la lumière pénètre dans le dortoir, ça grogne. Peu à peu les autres se lèvent, on déjeune et au revoir Bruma... Il fait nuit, une pluie fine s'invite rapidement, décidemment ce coin n'est pas très accueillant... La matinée avance, le soleil joue avec les nuages mais la pluie a cessé, on reparle de la folle, (pauvre femme), du chemin qu'on a fait, des interminables côtes que nous avons franchies. De nouveau la forêt, des paysages magnifiques se déroulent sous nos pieds, le chemin est littéralement creusé à travers les racines des arbres, ci et là nous ramassons quelques champignons, on est encore trop loin de l'arrivée. Ils n'iront pas au bout, on rêve aux fricassées de l'an dernier. Pascal reconnaît un banc de pierre sous un châtaignier, pause déjeuner. Pain d'hier, viande froide, sardines, queso, une photo et une pomme, ça va mieux. Le Chemin nous appelle, croisant une route, nous prenons repère sur un arrêt de bus (à partir d'ici, il reste 5 kilomètres) le paysage boisé et humide de ce matin laisse place à une forêt de sapins et d'eucalyptus, ça descend, le terrain est souple, on croise des promeneurs. à droite toute, une longue ligne droite bordée de pins s'ouvre à nous, elle fait 3 kilomètres nous dit Guv, au bout à gauche et c'est la ville. ça fait une heure qu'on marche en ligne droite, la voie pierrée est bouillante et nos pieds aussi, les 3 kilomètres sont déjà loin, devant nous c'est toujours un ruban chaud et poussiéreux. «J'vous dis que ça fait 3 kilomètres !» Guy nous taquine. Petit à petit, les bâtiments d'une zone industrielle se dessinent, encore un petit effort. Traversant un parc, nous entrons en ville, et le premier commerce est un bar, ouf. Très cañas y una clara, on récupère un peu. Le Sigueiro hôtel se décline en deux établissements distincts «l'ancien refuge de pèlerins» et le «nouveau Sigueiro hotel», nous sommes quatre au nouveau, trois à l'ancien. Les chambres sont petites, mais bien équipées, on s'étale rapidement, une bonne douche et nous sortons prendre l'air. Nous retrouvons deux pèlerins qui vont passer les derniers jours avec nous : Yvanne et Jean-émile C.
Ils arrivent du Portugal, et nous apportent une belle surprise : un bar improvisé devant le car «havane» de Jean nous permet de déguster un porto Cokburns fameux. Nous dînons ensemble, et l'heure tardive nous conduit directement au lit.

18 OCTOBRE, SIGUEIRO - SANTIAGO

L'aube pointe à peine, la petite troupe s'étale gentiment le long de la route qui mène droit à Santiago, à la petite chapelle Pascal et Véronique nous quittent, ils reprennent le chemin, il faut souffrir jusqu'au bout ! La forte humidité du matin et l'absence de soleil ne nous inspirent pas, nous préférons le semblant de sécurité que nous apporte la route, les nuages défilent rapidement mais il ne pleut pas.
Nous marchons rapidement sur la contre-allée, la voie est facile, les kilomètres s'enchaînent, le temps passe vite ce matin. Fin de matinée, nous traversons la zone industrielle endormie, car c'est dimanche, cheminant le long d'un parc nous entrons en ville et posons nos équipements devant le couvent Santa Clara. On attend, pas question d'arriver sans les autres, on squatte un abri-bus car une pluie fine tente de troubler notre béatitude, en vain. Un petit creux nous attire vers un bar à tapas, la patronne est jolie, «très vasos de tenpranillo por favor» et trois tapas au jambon suivent. à la sortie, nous croisons de drôles de voyageurs, des cyclistes avec des vélos électriques, les tricheurs... Pascal, Véronique, Jean, Mimie et José, tout le monde est là, on s'embrasse, on va arriver tous ensemble. Le chemin jusqu'à l'hôtel Suso est une formalité, le rendez-vous des pèlerins est presque vide, en quelques minutes chacun valide son crédencial, on se retrouve à l'hôtel. Après midi libre, messe à 19 heures chez lez Bénédictines, dîner à 20 heures chez Fina, et de nouveau cadeau des C. : une autre bouteille de porto pour l'apéro. L'ambiance est chaude, les «rations» se succèdent, Fina est généreuse, on est bien ici... tous ensemble.

19 OCTOBRE.

Après une matinée passée à flâner dans les boutiques, nous prenons place dans la cathédrale pour la messe des pèlerins, le chanoine Don José Fernandez Lago égrène une interminable liste de pays, provinces et villes d'origine des pèlerins présents ce jour, une partie de la messe est reprise en plusieurs langues, allemand, sud-africain, australien... et se termine par la levée du botafumeiro.
L'énorme encensoir, animé par huit jeunes, s'élève dans les airs dans un mouvement de pendule qui s'amplifie à chaque passage, il dispense son nuage purificateur à l'ensemble des fidèles. Pendant la communion, je fais bénir un petit rosaire destiné à un ami cher, resté en France. Après la cérémonie, le chanoine Don José nous accompagne au sein de la chapelle de la France. Il nous redit qu'elle est la plus ancienne de la cathédrale, que c'était celle de Saint Jacques. Jean-émile C. nous lit une prière de François Llado, le chanoine approuve, il accepte ensuite de poser avec nous dans ce lieu chargé de souvenirs... Ensuite, nous déjeunons chez Manolo et on se disperse dans les ruelles que nous commençons à bien connaître. Le dernier soir on voulait manger léger, pas possible car Fina est toujours généreuse, et pour faire passer ce dîner on se retrouve dans un pub anglais à deux pas de l'hôtel. Nous voulions finir par un « cuba libre », mélange d'alcool blanc et de soda avec quelques baies et beaucoup de glace, ça passe tout seul, l'ambiance est chaude, il est temps de rentrer.

20 OCTOBRE, LE RETOUR.

Ce matin le soleil est levé, mais le cœur n'y est pas, on tourne un peu en rond, je cherche un barbier pour arranger un peu mon image, les autres font leurs derniers achats, nous flânons dans le parc envahi de lumière, quelques photos et c'est le départ. On parle moins dans l'avion qui nous mène à Barcelone pour une escale, nous repartons vers Paris Charles-de-Gaulle et Pierre vers Orly. C'est promis on reviendra l'année prochaine.

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