ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

ERICH LASSOTA DE STEBLOVO

Source de cette traduction : Tagebeuh des Erich Lassota von Steblau (en vieil allemand) et Viajes de extranjeros por España y Portugal, coleccion de Javier Liske (1879, en espagnol)

Le soldat Erich Lassota von Steblau, originaire de Silésie (Pologne actuelle), servit et séjourna quatre ans (1580-1584) dans la péninsule ibérique. Il participa aux combats du roi d'Espagne Philippe II qui prétendait au trône du Portugal. Ce dernier était vaquant depuis la disparition en Afrique de son titulaire. Depuis 1573, il tenait en allemand, un journal. Voici ce qu'il y écrit pendant les dernières semaines de janvier 1581. Les noms des endroits ont été, si possible, modernisés


Le 18, j'ai quitté Guimarães avec Messieurs Hans Weigand, Maximilien Puschmann, Wof Oberhofer et Michel Weichsler. Nous allâmes tous à Braga à deux milles de distance. C'est une belle ville, pas très grande mais pourvue d'un archevêque qui participa au Concile de Trente, Primat d'Espagne et aussi seigneur in temporalibus (dans le domaine temporel) de cette ville. Il y a une école mais pas bien renommée.

Le 19 janvier, nous restâmes là.

Le 20 janvier, nous continuâmes jusqu'à un pont dénommé Ponte de Prado, situé sur le fleuve Cavado. Un mille. Ensuite Portela das Cabras (lieu-dit), deux milles. Ensuite, Ponte de Lima (grande ville fortifiée), deux milles. Nous y déjeunâmes. Il y a un beau pont, long et fortifié, bâti en pierres de taille qui franchit la rivière Lima et aboutit à Venta de Rivas (?), un mille.

Le 21 du même mois, nous avançâmes jusqu'à la rivière Coura, un mille, puis jusqu'à Valença (ville fortifiée), trois milles, où nous déjeunâmes. De là, sur le fleuve Miño qui forme frontière entre le Portugal et la Galice, nous navigâmes jusqu'à Tui (ville de Galice sur le fleuve de Valença) puis Poriño. Deux milles.

Le 22, nous marchâmes jusqu'à Redondela (grande ville), située à deux milles, en bordure de mer.

Le 23, nous marchâmes jusqu'à Ponte San Paio (village), un mille. De là, par un pont de pierre sur le fleuve N (Verdugo), un mille où nous mangeâmes (abondance de fruits de mer) ; ensuite Pontevedra (grande ville fortifiée), deux milles. Nous y franchîmes un beau pont de pierre sur le fleuve N (Lérez).

Le 24 janvier, nous avançâmes jusqu'à Portela (hameau), un mille, puis jusqu'à Caldas de Rey, deux milles où nous mangeâmes. À proximité, on trouve des bains d'eau chaude admirables et salutaires. De cet endroit, nous longeâmes la rivière Bermaña jusqu'à un pont de pierre assez long appelé Puente Cesures qui franchit le fleuve N (Ulla), deux milles et demi. De là, jusqu'à Padron (ville fortifiée), un demi mille, anciennement appelée Iria Flavia. Ici, à Padron, en hauteur au dessus de la rivière qui coule en ville, on voit un rocher qui parfois s'entrouvrit pour accueillir saint Jacques poursuivi par les pa´ens. Il s'y abritait de leurs persécutions. La dalle où il avait l'habitude de dormir s'appelle "Lit de Saint Yago". Il existe aussi un autre rocher qui lui servait pour prêcher et un troisième utilisé comme autel. Le premier, s'appelle "Bouclier de Saint Yago" car quand les infidèles le poursuivaient, il se cachait derrière. On voit encore comment la roche se rétracta pour faire place à sa tête et à son bras droit. Il pouvait se cacher à l'intérieur.

On peut voir également un "Puits de Saint Yago" qu'il fit avec son bâton près d'une chapelle. Lors de ce miracle, il convertit au Christianisme une reine pa´enne.

Dans la partie haute de la rivière, près de la ville, on voit dans l'eau, un navire de pierre que saint Jacques utilisa parfois pour traverser le cours d'eau quand il était poursuivi par les pa´ens. On l'appelle "Barque de Saint Yago".

À proximité, on trouve une borne de pierre avec un trou, en haut et au centre. Elle servait à saint Jacques pour mettre en étendard son bâton.

Dans l'église de la ville se trouve sur le grand autel l'image de saint Jacques portant une couronne sur la tête. Les pèlerins ont l'habitude de se la mettre sur la tête.

Sous l'autel, il y a une colonne de pierre sur laquelle saint Jacques s'asseyait parfois pour prêcher.

Au milieu de l'église se trouve le tumulus d'un saint avec une grille en bois autour. Les pèlerins habituellement y dorment et y prient.

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Le 25 janvier nous allâmes de Padron à Saint-Jacques-de-Compostelle (ville). Distance : quatre milles (22km).

Le 26 du même mois, nous restâmes à Compostelle.

Ce qu'il faut voir à Saint-Jacques et comment ça se présente :

En premier, l'église Saint-Jacques est un beau, magnifique, somptueux édifice, avec d'admirables colonnes, grilles, chapelles et autels. Il y a deux espaces ou sanctuaires, l'un sur l'autre et en haut, à l'intérieur, une galerie qui permet de faire le tour complet de l'église.

Sous le maître-autel, doré d'or pur ou d'argent, entouré d'une belle grille, repose le corps de saint Jacques le Majeur, apôtre, avec Théodore et Athanase, ses deux disciples.

Au dessus de l'autel, est placé une statue saint Jacques ; au dessus encore est accrochée une grande couronne dorée dont les pèlerins se coiffent habituellement. À cet autel, les prêtres et les évêques ne peuvent célébrer. Seulement les cardinaux le peuvent. Ainsi, le chapitre comporte toujours sept cardinaux et un archevêque.

Au dessus de cet autel est accroché un grand cor de chasse ou de postier rouge qu'on désigne comme cor de Roland car il devait appartenir à ce héros.

Sur le devant de l'autel pendent de nombreuses lampes d'argent, offertes par de célèbres potentats et de grands seigneurs. L'huile y brûle constament. La plus riche est celle qu'a offert le roi du Portugal.

Face au maître-autel, se trouvent le chœur du chapitre, le coro, entouré d'une belle grille. La dernière colonne à gauche de la grille est en bronze et creuse. Il s'y trouve le bâton de saint Jacques, armé d'une longue pointe métallique. Les pèlerins veillent à la toucher par en dessous.

Les reliques sont conservées dans la sacristie dans une belle et grande armoire. Chaque jour, on les présente aux pèlerins.

Il y a, entre autres, le crâne (on dit le chef) de saint Jacques le Mineur, apôtre, évêque de Jérusalem, dont le corps est à Toulouse en France.

La tête de Pauline, vierge qui souffrit le martyre à Cologne sur le Rhin.

Une épine de la couronne d'épines.

Trois morceaux de la Sainte Croix.

Une dent de saint Paul.

Un bras de saint Christophore et beaucoup d'autres reliques qu'il n'est pas possible d'énumérer.

Sur la droite de la sacristie, sous un petit autel, se trouve le corps de saint Sylvestre, martyr. Après avoir vu les reliques, les pèlerins ont coutume de faire leur confession. Les étrangers généralement s'adressent à un italien qu'on appelle Linguarium. Il comprend l'italien, l'espagnol, le français, l'allemand, le latin, le croate, le ruthène et autres langues qu'il parle très bien.

La confession réalisée, les pèlerins communient généralement à la chapelle de France qui est toute proche, à l'arrière du maître-autel. Ensuite, on donne à chacun, un document ou diplôme imprimé sur du parchemin avec des sceaux attachés du Cardinal majeur. On le paye deux sous. S'y ajoute un billet de confession qu'on paye un "quart".

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Voici le texte du diplôme (c'est un sauf conduit pour le retour mais en même temps une attestation de venue au tombeau de l'Apôtre saint Jacques, comme la Compostela) :

Universis et singulis præsentes litteras inspecturis, Bonifacius de Almonacir Cardinalis Major ac penitenciarius almæ Ecclesiæ Compostellaneæ, in qua indubitanter requiescit venerandum sanctissimumque Corpus Beati Apostoli Jacobi Zebedei totum integrum sub Altari Majori, Salutem a Domino sempiternam.

Quoniam, ut ait apostolus : "Omnes stabimus ante tribunal Christi, receptari, prout in corpore gesserimus sive bonum sive malum." Cum itaque sicut accepimus devotus in Christo Ericus Lassota, Diœcesis Alemanensis, Ecclesiam beati Jacobi personaliter visitavit, confessusque et absolutus fuit, Dominicumque corpus recepit nec non vovit limium beatæ Mariæ Cestocobiæ et alia pia sanctorum loca visitare, et non habet, unde id perficere possit, nisi piis fidelium Elemosinis adiuvetur. Qua propter nos prænominatus Cardinalis Major, tenore præsentium, omnes et singulos Christi fideles requirimus et hortamur in Domino, quot cum præfatum Ericum Lassota, dum ad vos acceserit, Elemosinas petiturus, pie, benigne, charitatiusque recipiatis et de acceptis a Deo bonis Elemosinas, quæ peccata extinguunt elargiri curetis, ut per hæc et alia pietatis opera, ad promissum cœleste regnum perveniro valeatis et participes efficiamini omnium suffragiorum huius sanctæ Ecclesiæ, præsentibus post annum minime alituris. In quorum omnium et singulorum fidem præsentes litteras fieri ac nostro jussimus sigillo muniri.

Datis in Civitate hac Compostellana, A.║. Domini 1581. Die vero 25 Mensis Januarii.

B. Cardinalis major.

À tous...

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Contenu du certificat de confession :

Universis et singulis præsentes litteras inspecturis, Bonifacius de Almonacir Major Cardinalis ac pœnitenciarius almæ Ecclesiæ Compostellaneæ, salutem in Domino sempiternam. Cum itaque sicut accepimus devotus in Christo Ericus Lassota, peregrinus confessus et absolutus fuit, atque Dominicum corpus in prædicta Ecclesia recepit: In eiusdem ei testimonium has nostras præsentes litteras nomine et signo nostro solitis et consuetis roboratas et munitas eidem concessimus. Datis Compostellæ A║. 1581. Die vero 25 Mensis Januarii.

B. Cardinalis major.

 

À tous...

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Il y a sur le toit de l'église une grande croix métallique que saint Jacques emmenait avec lui durant ses prédications. On dit qu'on ne peut savoir si c'est de l'or, de l'argent, du cuivre ou un autre métal. À la base de cette croix, il y a un trou percé dans un cube de pierre par où tentent de se glisser les pèlerins. À proximité se trouve une tour dotée de deux grosses cloches fournies par un roi de France, les blasons qui y figurent le montrent. Elles sont toutefois sciées car, dit-on, leur tintement indisposait de nombreuses femmes enceintes et provoquait des fausses couches ou avortements.

À faible distance de l'église, se trouve un riche et magnifique hôpital où les pèlerins sont soignés gratuitement ou en payant selon leur condition ou qualité. Dans une chapelle, à l'extérieur de la ville, reposent les restes de sainte Jeanne et la ville est, en elle-même, assez vaste, avec des bâtiments très anciens, maisons et églises. L'industrie et les commerces ne manquent pas, enfin le coût de la vie est peu cher.

Le 27 janvier, nous retournâmes de Saint-Jacques à Padron, quatre milles.

Le 28 ...

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