De León à Santiago
mai 2003

par MICHEL GOISLARD ©

Voici la dernière partie d'un Chemin d'Arles commencé en l'an 2000. La distance à parcourir chaque jour a été diminuée en fonction de l'augmentation de l'âge des participants. Ceci dans l'intention de garder entier le plaisir de marcher sur le Camino et pour permettre à chacun de terminer ce pèlerinage en bon état.
Les étapes :

Lundi 12 mai.

Retrouvailles gare Montparnasse de quatre pèlerins ayant cheminé ensemble les années précédentes à partir d'Arles, d'Auch et/ou d'Estella : - Catherine, forte et grande brune, artiste sculpteur et gastronome avertie ; - Arlette, blonde bien bâtie, rapide marcheuse, dévouée experte en pèlerinages et en sacs à dos ; - Marcel à la blanche crinière, pèlerin multi-récidiviste, tout juste remis d'une intervention destinée à améliorer sa circulation sanguine et à lui redonner du souffle. Intervention réussie. - Et l'auteur de ces lignes. Les messieurs sont septuagénaires. Des mystérieuses dames, on ne sait rien, même pas leur âge. Le départ était initialement prévu ce lundi soir de Paris-Austerlitz mais, les grèves annoncées pour le lendemain provoquant la suppression de la Palombe bleue de 23h14, nous avons choisi de partir le même jour, mais le matin. Il n'a pas été possible de prévenir le cinquième participant, absent de son domicile et dont l'unique téléphone n'était pas équipé de messagerie. Peut-être nous retrouvera-t-il en Espagne. Marcel nous assure que nous le retrouverons à Astorga. Départ à 10 h 10, logés tous les quatre dans la rotonde d'un T.G.V. bondé qui nous déposera à Irun en début d'après-midi. Le temps de trouver un hôtel et notre ami à la blanche crinière s'aperçoit qu'il a oublié un médicament indispensable. Vérification faite, ledit médicament n'est pas en vente dans les pharmacies espagnoles. On ne s'affole pas. Fort heureusement, une navette ferroviaire nous permet de rejoindre Hendaye où la pharmacie située au plus près de la station fournit le fameux remède. Sauvé !

Mardi 13 mai. León.

Le train de la Renfe nous dépose à León à 14 heures. Arlette ayant retenu des chambres à l'hôtel Guzman el Bueno, à côté de la cathédrale, nous avons tout le temps pour faire du tourisme : l'Hostal San Marco, grand "Parador" où, malgré ou à cause de nos sacs et de nos tenues de pèlerins, nous n'avons pas été accueillis à bras ouverts ; la magnifique cathédrale Santa María de la Regla et son extraordinaire musée ; la real basilica de San Isidoro, son musée et son impressionnant panthéon royal superbement décoré.

Mercredi 14 mai. León- Villadangos del Páramo.

Effectuer en ville et à pied les sept kilomètres séparant le centre de León de la Virgen del Camino ne fait pas l'unanimité. Aussi, en compagnie de nombreux pèlerins, nous prenons un car qui nous dépose à la station proche de la fameuse Vierge du Chemin, édifice datant de 1961 et déjà en travaux. Importants travaux intérieurs et extérieurs qui en interdisent l'accès. Enfin à pied, nous atteignons l'auberge de Villadangos del Páramo vers midi. Déjeuner improvisé au gîte, douche, sieste puis visite de l'église Santiago de Villadangos au portail décoré et fermé. Une sympathique vieille dame, détentrice de la clé de ladite église, vient nous ouvrir et nous raconte, en espagnol, les légendes de saint Jacques matamore, de la bataille de Roncevaux, de la reine Luppa, etc. Légendes richement illustrées sur le retable. Notre guide nous a sûrement raconté d'autres choses mais en pure perte pour moi car je n'ai fait aucun progrès en espagnol. À l'instigation de mon épouse, je me suis muni d'un téléphone portable avec option " sans frontière ". Sauf oubli, il n'était activé qu'entre 20 heures et 21 heures pour ne pas risquer de brutales interruptions dans les moments enchanteurs du Chemin. Sauf oubli. Du coup, quelques messages s'accumulent. " Messages lire ? " " O.K. " Pour accéder à la messagerie, le numéro du portable m'est réclamé. Je ne le connais pas par cœur. Il faut donc le demander, par téléphone, à mon épouse. Nouvelle tentative. Cette fois ce sont les quatre chiffres de mon code secret qui sont exigés. J'ignorais posséder un code secret. À tout hasard, j'ai essayé avec ma date de naissance, ça n'a pas marché. Deux communications et quatre vaines tentatives de consultation de la messagerie ont épuisé les 15 euros du crédit. Je n'emmèrerai plus de portable.

Jeudi 15 mai. Villadangos del Páramo - Hospital de Orbigo.

Quelques kilomètres avant la fin de cette courte étape, Marcel et moi sommes doublés par un maigre, chauve et bronzé athlète costumé en rat d'hôtel. Il termine son parcours au pas de course. Arrêté cinquante mètres devant nous par un troupeau de vaches venant paisiblement en sens inverse, il les injurie copieusement. Après franchissement du célèbre pont sur l'Orbigo, en travaux, nous arrivons au gîte paroissial, et en réponse à notre interrogation sur l'absence de l'hospitalero, le bronzé filiforme nous déclare que de vrais pèlerins devraient savoir que ce jeudi est celui de l'Ascension... Répartie de Marcel : " l'Ascension, c'est à la fin du mois. " Aujourd'hui, semble-t-il, les habitants d'ici fêtent saint Isidore : procession avec transport de la statue d'un saint aux attributs agricoles. En fin de journée, l'athlète nous demandera de l'excuser de son agressivité en nous expliquant qu'il avait eu un grave souci. Bien sûr que, de bon cœur, nous l'excusons. Nous le rencontrerons par la suite à plusieurs reprises jusqu'à Santiago. Curieux et, à l'usage, sympathique personnage. Dîner au gîte : chorizo, crudités, etc. Le lendemain matin, une messe est dite dans la petite chapelle de l'auberge par un prêtre américain bien enveloppé entouré de fidèles adolescents aux cheveux courts et à la foi démonstrative. À l'usage, il s'agit d'une messe intégriste terminée par une prière pour les soldats américains en Iran. Et dire que c'est moi qui ai entraîné mes compagnons dans cette chapelle... Rencontre de deux prêtres français sympathiques, discrets et non intégristes : le père Louis, quatre-vingts ans, et son compagnon âgé de soixante-quinze ans. Nous les retrouverons souvent sur le Camino.

Vendredi 16 mai. Hospital de Orbigo - Astorga.

Les seize kilomètres de cette modeste étape ont été parcourus dans la matinée et, après nous être heurtés à la porte de l'albergue précédemment tenue par l'Association des Amis du Chemin de Saint-Jacques, albergue maintenant fermée, nous nous dirigeons vers le grand gîte municipal. Au bout de la Muralla Romana voici, venant à notre rencontre et conformément au pronostic de Marcel, Michel B., septuagénaire de neuf équipé et arrivé ici depuis la veille. Comme expliqué précédemment, il n'avait pas été possible de le prévenir de notre changement de programme. Sacs posés, après un copieux déjeuner dans un établissement repéré par Michel B., visite du museo de los Caminos dans le palais épiscopal construit par Gaudi, visite qui mérite le détour. Ce palais épiscopal n'a jamais abrité d'évêque mais nous avons particulièrement admiré sa chapelle joliment éclairée par d'abondants vitraux. Bien entendu visite aussi de la cathédrale Santa Maria aux tours de pierres bicolores et à l'immense retable.

Samedi 17 mai. Astorga - Rabanal del Camino.

Le chemin longe la route secondaire. Partis de bon matin nous arrivons à la porte du célèbre gîte Gaucelmo avant l'ouverture. Casse-croûte sur place en compagnie de nombreux pèlerins qui attendent l'ouverture. Accueil de qualité. Douche chaude, lessive, sieste et souper autour d'une magistrale marmite de spaghettis achetés non loin et cuits dans la cuisine du gîte. Très nombreuse assistance à la messe dite en soirée dans la chapelle toute proche. Quelques mots sur le livre de l'albergue à l'intention de Jean B., parti seul du Puy début mai et qui, peut-être, s'arrêtera ici dans quelques jours. Nous commencions ensemble sur le Chemin, également à partir du Puy, en 1996. Jean, lui aussi, c'est un multi-récidiviste. Il en est à son troisième grand pèlerinage. Je lui laisserai quelques autres messages en chemin.

Dimanche 18 mai. Rabanal del Camino - El Acebo.

Après un petit déjeuner offert par les hôtes anglais du gîte Gaucelmo nous prenons le Chemin. Il commence dans des collines abondamment fleuries et se poursuit le long d'une route secondaire. Foncebadon renaît, certainement grâce aux nombreux pèlerins et touristes. Plus loin, halte sous un ciel gris à la Cruz de Ferro. Nombreux pèlerins dont un cavalier à pied, venant des Landes, il est accompagné de son cheval, porteur des bagages. Nous nous retrouverons à Santiago. Des cars s'arrêtent ici et versent des touristes munis d'appareils photos, de bourdons neufs et, de petits sacs à dos. Ils sont même, pour quelques-uns, coiffés de chapeaux ornés de coquilles. Encore trois kilomètres et voici Manjarin. " Élémentaire refuge de montagne " selon mon guide et, selon moi, " sympathique bazar cracra ". Refuge tenu par un pittoresque Templier et son acolyte. Ils offrent aux pèlerins café, café con leche, thé, gâteaux secs et sello sur le crédential. Nous apprenons qu'une oraison pour la paix dans le monde sera dite en ce lieu à onze heures. Intéressés, nous y assisterons. Les deux officiants revêtent leur blanc manteau frappé de la croix templière, se saisissent chacun d'une lourde épée et la cérémonie se déroule en présence d'une vingtaine de pèlerins attentifs. Touchante et sincère oraison. Touchante également la modestie de ces moyens en faveur de la paix rapprochés de ceux employés pour la guerre... À l'issue de la cérémonie, le Templier nous indique un chemin, dans une propriété privée, hors de la route, pour rejoindre El Acebo. Le goût de l'aventure l'emporte sur la raison. Nous suivrons le chemin du Templier, beau chemin qui nous emmènera, seuls, à travers bois, sans aucune trace de balisage. Après quelques inquiétudes sur les derniers kilomètres nous avons retrouvé la route, tout près d'El Acebo, village situé en bas d'une forte et caillouteuse descente. Merci, Templier de Manjarin. Nous coucherons au gîte privé Mesón El Acebo tenu par le cafetier-restaurateur du pays. Le soir, au dîner, nous retrouvons les deux prêtres déjà rencontrés. Marcel et le père Louis échangent leurs souvenirs militaires. Excellente et, malgré la gravité du sujet, joyeuse ambiance. Catherine commence à peiner sur le Chemin, affligée qu'elle est d'un oignon qui, rentrant difficilement dans la chaussure, la fait de plus en plus souffrir. Nous lui avons proposé la méthode Tati pour adapter son soulier. Rappelez-vous, dans Jour de fête, quand le facteur pose sur le billot le colis contenant des chaussures neuves au moment où le boucher abat son couperet... Elle n'a pas voulu. Par chance, dans la soirée, nous avons rencontré un groupe de pèlerines accompagnées d'une voiture. Elles lui offrent de la soulager de son lourd sac.

Lundi 19 mai. El Acebo - Ponferrada.

La belle et grande auberge de pèlerins San Nicolas de Flüe est ouverte à notre arrivée. Nous y sommes accueillis par un hospitalier à la jambe plâtrée qui connaît bien les amis José et Danièle M. Devant l'entrée, un sculpteur patagon s'affaire sur un tronc de châtaigner de six mètres de long, calé parallèlement au sol. Notre Seigneur, la Sainte Vierge, saint Jacques pèlerin... Il espère avoir terminé son œuvre pour la saint Jacques, en juillet prochain. Elle sera dressée et scellée au centre de la pelouse, devant le gîte. Je lui propose, seulement pour aujourd'hui, mes modestes services et me voici équipé d'un maillet et de gouges. Curieusement, reviennent des gestes appris il y a plus de cinquante ans. Le châtaigner est agréable à travailler et le sculpteur est satisfait. Un pèlerin vient me féliciter d'avoir trouvé si rapidement un emploi. Emploi de courte durée car mon bras se fatigue et nous avons le projet de faire un tour à Ponferrada. Nous y découvrirons que les musées, comme la plupart des commerces, sont fermés ce lundi. Copieux dîner de lentilles cuites dans la cuisine du gîte. Ignorant des proportions pour cinq personnes, j'en avais versé deux kilos dans une grande gamelle. La faim et la peur de manquer, sûrement.

Mardi 20 mai. Ponferrada - Villafranca.

Relativement longue étape. Le soleil commence à taper dur en fin de parcours. Bien que soulagée de son sac, Catherine est heureuse d'apercevoir le gîte municipal. Ma proposition d'aller dormir chez Jesus Jato n'a pas soulevé l'enthousiasme escompté chez les dames. Douche, lessive, sieste. Demain, par le Chemin et non par la route, nous monterons vers le Cebreiro et il s'agit de nous alléger en faisant porter une partie des sacs. Arrangement a priori difficile car, selon l'hospitalera du gîte municipal, il nous faut trouver au moins dix amateurs pour justifier la course du taxi jusqu'à Vega de Valcarce. Nous les avons trouvés, de diverses nationalités, ce qui ne facilitait pas les négociations. Pour trois euros chacun, ç'aurait été malheureux de s'en priver. À l'instigation d'Arlette, découverte et intéressante visite de la collégiale Santa María. Courses au super mercado. Cerveza en terrasse.

Mercredi 21 mai. Villafranca - Vega de Valcarce.

Sentier raide au début mais toujours magnifique et grimpé avec un temps idéal : du soleil et un léger vent rafraîchissant. La beauté des paysages découverts nous récompense largement des efforts accomplis. Je n'ai jamais vu autant de pèlerins sur ce Chemin parcouru, en d'autres temps, pratiquement seul. La descente sur Trabadelo nous fait rejoindre une petite route que nous ne quitterons plus jusqu'à Vega de Valcarce. Nos sacs nous attendent au gîte privé Sarrazin situé à environ trois kilomètres avant le bourg. Bourg dont, plus tard, la visite ne sera pas longue. Gigantesque tablée autour du copieux dîner réunissant des pèlerins de nombreuses nationalités : des Italiens, des Autrichiens, des Belges, des Brésiliens, des Allemands, des Américains, des Canadiens, même des Français et j'en oublie. Comment ce sera pour l'année sainte, en 2004 ?

Jeudi 22 mai. Vega de Valcarce - O Cebreiro.

Catherine et son sac se feront aimablement véhiculer par le chauffeur accompagnant d'autres pèlerins. C'est décidé, elle ne poursuivra pas à pied. Les quatorze kilomètres de l'étape sont accomplis sans autre histoire que celle de la splendeur changeante des paysages, splendeur qui nous fait supporter et presque oublier les efforts de la montée en altitude : de 630 mètres à 1.300 mètres, avec des hauts et des bas. La dévouée Arlette nous fera une démonstration de vélocité en arrivant avec une bonne heure d'avance. Pour ne pas laisser Catherine seule, elle décide de l'accompagner en car jusqu'à Santiago, Padrón et ailleurs. Regrets partagés et promesses de nous revoir. Jointe par téléphone, bien entendu d'une cabine, mon épouse m'informe que le personnel de la S.N.C.F. a déposé un préavis de grève illimitée à compter du 2 juin, à 20 heures. Il s'agit d'être rentrés avant cette date. Du coup, les trois pèlerins persévérants que nous sommes décidons de rejoindre rapidement Gonzar en sautant les étapes de Triacastela, Samos et Ferreiros. Le taxi commandé arrive et, malgré nos efforts de prononciation dans la langue de Cervantès, le chauffeur ne consent à effectuer cette course qu'à condition de nous déposer à Ponferrada, soit huit kilomètres avant Gonzar que nous rejoindrons à pied, en plein après-midi, sous un fort soleil. Pourvu qu'il y ait encore de la place dans ce petit gîte isolé. Pas d'hospitalero dans cette auberge propre et déjà presque complète. Un sac est posé sur un lit vide afin de le garder pour Marcel qui marche derrière. Il tarde. Enfin, le voici. Il a manqué une borne à la coquille et a continué hors du chemin. Une bonne heure de marche en plus pour rejoindre le refuge. Nous retrouvons le filiforme athlète de noir vêtu déjà rencontré à Hospital de Orbigo. C'est Patrick, retraité des Chemins de fer, aimable expert en pèlerinage et en bien d'autres domaines. Ici, pas de ravitaillement. Ça n'est pas bien grave. Finalement, une voisine de l'auberge, la seule voisine semble-t-il, nous prépare avec maestria de gigantesque bocadillos arrosés de vino tinto. Départ le lendemain matin après un frugal petit déjeuner accompagné d'un café préparé à l'eau chaude du robinet de la cuisine.

Vendredi 23 mai. Gonzar - Palas de Rei.

Toujours sur le Chemin parallèle à la route secondaire : Hospital de la Cruz, Ligonde, Eirexe... Nous arrivons à midi devant le grand gîte qui ouvrira ses portes à 13 heures, ce qui est maintenant l'heure observée par de nombreuses auberges de pèlerins. C'est très bien ainsi. Repas du pèlerin, etc.

Samedi 24 mai. Palas de Rei - Melide.

De la pluie à la fin de cette courte étape, achevée par la dégustation d'un plat de poulpes à une table de la fameuse pulperia Ezequiel. Toujours excellent et conforme au bon souvenir gardé lors du précédent passage. Dîner au beau gîte de Melide : ensalada, lentilles, cerises...

Dimanche 25 mai. Melide - Arzua.

En chemin, nous avons rencontré quatre pèlerins français partis d'Arles début avril. L'un d'entre eux pousse une charrette équipée de trois grandes roues caoutchoutées et supportant une charge de 40 kilos. Ils sont rayonnants de bonheur tous les quatre. Apparition d'une douleur au genou droit. Dans les montées, pourtant légères sur ce parcours, ce genou a tendance à se dérober. Aspirine, application de Voltaren et les derniers kilomètres sont accomplis doucement mais sans histoire. Revu, en arrivant à Arzua, l'hôtel El Retiro où nous avions dormi, en octobre dernier, ainsi que le bazar à la vitrine garnie d'étincelants alambics de cuivre rouge martelé. Ici également, le gîte ouvrira à 13 heures. L'hospitalera sera ponctuelle. En l'attendant, nous avons tout loisir de lire les affichettes collées sur la porte. En voici la version française : " Ne peuvent coucher à l'auberge que les pèlerins munis d'un crédential. " L'auberge est fermée aux pèlerins marchant avec un véhicule d'accompagnement. " Les pèlerins cyclistes seront admis seulement à partir de 19 heures. " Tout cela me convient parfaitement. J'y souscris. La cuisine du gîte est transformée en dortoir avec des matelas posés au sol. Au rythme où arrivent les pèlerins en ce début d'après-midi, cette extension sera très certainement utilisée, pourtant nous ne sommes que fin mai. Dîner au même établissement qu'en octobre dernier avec l'équipe de Guy. Toujours excellente cuisine au Teodora Hostal Restaurant.

Lundi 26 mai. Arzúa - Arca.

Une bonne partie du Chemin serpente dans des bois d'eucalyptus. Odorants végétaux aux grands troncs bien droits. Nouvelle attaque au genou droit. Si près du but ! Aspirine, Voltaren et augmentation de la consommation d'eau. En contrebas de la route nationale, l'albergue de peregrinos est ouverte ponctuellement à 13 heures. Déjeuner au fameux restaurant O Pino. Bien que situé à plus d'un kilomètre du gîte, il mérite l'effort.

Mardi 27 mai. Arca - Santiago.

Début du Chemin sous les eucalyptus. À Lavacolla, arrêt café con leche accompagné d'un ferme et monstrueux croissant espagnol. Nous retrouvons une méritante pèlerine, corpulente et âgée. Photo-souvenir à l'endroit où se lavaient les pèlerins avant d'entrer à Compostelle. Ensuite le bitume, l'aéroport, les bâtiments des télévisions de Galice et d'Espagne. Arrêt à Monte del Gozo. Comme le marchand de Coca-cola est absent, la chapelle San Marcos est fermée. Bien balisée mais pénible la fin du Camino dans la ville de Compostelle. Il est vrai que je commence à connaître : porte des Pèlerins, plaza de Galicia, Entremurales 10, hostal Mapoula où une chambre à trois lits nous a été réservée par Catherine. Au portique de la Gloire, des travaux au marteau-piqueur rendent le recueillement difficile. Nous repasserons. Le vitrail bizarre est toujours au sol à la chapelle de France. Rencontre de la pèlerine âgée et corpulente au local des pèlerins où est délivrée la compostella. Émue, les larmes aux yeux, elle me donne l'accolade. Messe à l'église San Pelayo, en partie pour écouter les chants des sœurs Bénédictines, chers à Guy. Toujours " planants ". Dîner chez Manolo, à 5,5 euros plus le vin. Michel B. arrose son pèlerinage avec une bouteille de Viña Alcorta, Rioja 2000. Nous l'avons trouvé excellent. D'ailleurs, demain, nous retournerons chez Manolo pour déjeuner et dîner. Accessoirement, pour poursuivre nos études œnologiques.

Mercredi 28 mai. Santiago.

À la gare où nous nous rendons pour changer nos billets, une jeune femme nous propose ses services d'interprète ; elle est efficace et l'affaire est rondement menée. Quelle gentillesse ! Messe des pèlerins, sans botafumeiro faute de sponsors. Toujours émouvante. Visite des différents musées dont, remarquable entre tous, celui des Pèlerinages (Museo das Peregrinacións).

Jeudi 29 mai.

Le confortable train de la Renfe pour Hendaye est un direct qui s'arrête souvent, avec des temps d'arrêts variables et imprévisibles. À la gare de León, Marcel descend pour acheter de l'eau et des gâteaux secs. Cette fois, c'est un arrêt très court. Le train repart immédiatement. Hurlement de Marcel resté sur le quai. Hurlements dans le wagon. Heureusement, l'employé de la Renfe, en gare de León, a tout vu et arrête le train qui commençait à prendre de la vitesse. Marcel, un peu pâlot, nous rejoint sous les applaudissements des pèlerins et des voyageurs.

Si vous avez terminé la lecture de ce récit. Si, seulement une fois, cette lecture a amené un sourire sur vos lèvres. Si cette lecture vous a permis d'évoquer quelques-uns des souvenirs de votre Chemin. Si, parmi vos interrogations personnelles, celles sur le Chemin de Saint-Jacques et sur les motivations des pèlerins d'hier et d'aujourd'hui ont été ravivées. Alors, pour seulement deux de ces conditions remplies, je serai heureux.

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