ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE


Source gallica.bnf.fr : Relation d'un voyage fait en Europe et dans l'Océan Atlantique à la fin du XVe siècle, sous le règne de Charles VIII par Martyr, évêque d'Arzendjan. Traduite de l'arménien et accompagnée du texte original par M. J. Saint-Martin. Publié à PARIS en 1827.
L'évêque quitte les rives de l'Euphrate en 1489 et gagne Constantinople. Il y embarque (1490) pour Venise puis rejoint Rome via Ancône. En juillet 1491, muni d'une lettre de recommandation du Pape, il gagne l'Allemagne. Plus tard, il arrive en Flandre et va en Angleterre. De retour sur le continent, il passe à Paris en traversant la France. Puis, par le nord de l'Espagne (1493), il accomplit son pèlerinage à Saint-Jacques de Galice...
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Réçit du pèlerinage à Compostelle de l'évêque Martyr.

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En France (hiver 1492-1493)

Après un long voyage , nous arrivâmes au pays des Français dans la ville de Sandonijumq (Saint-Denis). C'est le lieu où se trouve la sépulture des évêques, des rois et des reines. C'est une belle et illustre ville où il y a beaucoup d'églises. Dans la grande église où sont les tombeaux des rois, on a placé à gauche quatre côtes de poisson, et chaque côte a cinq brasses et trois palmes de longueur. On dit que c'est dans la mer que l'on trouve ce poisson énorme. Nous restâmes un jour dans cette ville et, de là, nous nous rendîmes à la très célèbre ville de Parez (Paris), où nous arrivâmes le 1er décembre (1492). Nous y entrâmes à midi et, le soir, nous allâmes nous reposer dans une auberge. Le lendemain, assez tard, nous visitâmes la grande église. Elle est spacieuse, belle, et si admirable qu'il est impossible à la langue d'un homme de la décrire. Elle a trois grandes portes tournées du côté du couchant. Les deux battants de la porte du milieu représentent le Christ debout. Au-dessus de cette porte est le Christ présidant le jugement dernier. Il est placé sur un trône d'or et tout garni d'ornements en or plaqué. Deux anges sont debout, à droite et à gauche. L'ange à droite est chargé de la colonne à laquelle on attacha le Christ et de la lance avec laquelle on lui perça le côté. L'ange qui est debout à gauche porte la sainte croix. Du côté droit est la sainte mère de Dieu agenouillée et, du côté gauche, saint Jean et saint Étienne. Sur la façade sont des anges, les archanges et tous les saints. Un ange tient une balance, avec laquelle il pèse les péchés et les bonnes actions des hommes. À gauche, mais un peu plus bas, sont Satan et tous les démons qui suivent; ils conduisent les hommes pécheurs enchaînés et les entraînent dans l'enfer. Leurs visages sont si horribles qu'ils font trembler et frémir les spectateurs. Devant le Christ sont les saints apôtres, les prophètes, les saints patriarches et tous les saints, peints de diverses couleurs et ornés. Cette composition représente le Paradis, dont la vue enchante les hommes. Au-dessus sont les images de vingt-huit rois, représentés la couronne en tête; ils sont debout sur toute la longueur (de la façade). Plus haut encore est la sainte Vierge, mère du Seigneur, ornée d'or et peinte de diverses couleurs. À droite et à gauche sont des archanges qui la servent. Toutes les fenêtres de l'église sont de la forme d'une aire à battre le grain (?). Quand on entre dans l'église, on trouve à gauche une grande et vilaine pierre, qui représente saint Christophe et le Christ sur ses épaules. Au-dessous est le martyre de saint Christophe. La circonférence du maître-autel représente toutes les saintes actions du Christ : il y a encore beaucoup d'autres ornemens, mais quel homme pourrait décrire la beauté de cette ville  ! C'est une ville très grande et superbe. Deux rivières y entrent, mais il n'en sort pas la moitié (la Seine et la Bièvre, maintenant souterraine). Mais du reste qui pourrait décrire la grandeur de la ville ?

Je restai treize jours à Paris. De là, avec un autre compagnon de voyage, j'allai jusqu'à la ville de Sdembol (Étampes). Je restai seul ensuite pendant seize jours et, avec beaucoup de peine, je parvins à la ville de Douthnouran (Tours ?); j'y trouvai un diacre franc qui fut mon compagnon jusqu'à la ville de Gasdilar (Châtelleraut), et de là jusqu'à la grande ville de Phothier (Poitiers), où sont les linceuls du Christ. Nous eûmes l'honneur de les voir. Je ne trouvai pas un autre compagnon, et je restai seul. Me confiant alors aux prières de saint Jacques et à Dieu Tout-Puissant, je continuai mon voyage avec beaucoup de peine, à pied ; parcourant ainsi un grand nombre de villes, j'arrivai enfin en Gasgonio (Guyenne ? Gascogne ?); de là en Gasdélia (Gascogne ?); de là à Abzonia (?). Enfin, avec beaucoup de fatigue, et sans autre secours que celui de Dieu, j'arrivai au pays de Bàiouno (Bayonne). Les chrétiens m'y reçurent avec une grande charité et m'y honorèrent bien plus que je ne le méritais. J'y restai pendant six jours.

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En Espagne, le long de la côte atlantique (1493).

Ne trouvant point de compagnon et, m'abandonnant encore à Dieu et à saint Jacques, je marchai pendant beaucoup de jours, et je parvins, après bien des peines, au pays de Bisgdi (Biscaye, Pays basque), qui est un pays où on mange du poisson. La ville de Bisgdi (Fontarabie, Hondarribia ?) est au bord de la mer. J'allai de là à San-Sepasdian (Saint-Sébastien), où le maître de l'auberge et sa femme me traitèrent avec une charité sans bornes. Ils me gardèrent cinq jours dans cette ville. On fit deux ou trois fois la quête pour moi. Je n'ai pas vu une belle figure dans cette ville.

Je partis ensuite du bord de la mer, et je m'avançai pendant longtemps dans l'intérieur du pays; je marchai et je parcourus cinq ou six villes dans lesquelles je fus traité avec beaucoup d'honneur ; enfin, après avoir encore marché pendant beaucoup de jours, je parvins à la grande ville de Porthengaleth (Portugalete) où je séjournai quatre jours. J'en sortis seul et j'allai à Santhander (Santander), puis à Santhelana (Santillane, Santillana del Mar), et ensuite à San misan (San Vicente de la Barquera ?), au bord de la mer, où je fus traité avec beaucoup de bienveillance. Je partis de là pour aller à San salvathour (San Salvador, nom de la cathédrale d'Oviedo), puis à la ville de Bedants (Betanzos, en Galice ? ). De là, avec beaucoup de peines , mais soutenu par le secours de Dieu, très fatigué et affaibli, je parvins enfin jusqu'au temple et au tombeau de saint Jacques, tout saint, glorieux, et la lumière du monde.

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À Saint-Jacques de Compostelle

Le corps de ce saint est dans la ville de Galitsa (Galice). Je m'approchai de ce tombeau : je l'adorai la face contre terre et j'implorai la rémission de mes péchés, de ceux de mes père et mère, et de mes bienfaiteurs; enfin j'accomplis, avec une grande effusion de larmes, ce qui était le désir de mon cœur.

Le corps du saint se trouve au milieu du saint autel, dans un coffre de cuivre jaune fermé de trois serrures. Sa statue est placée sur le saint autel ; il est assis sur un trône avec une couronne sur la tête; il est recouvert par un dôme en bois. L'église est en forme de croix et elle a une grande et magnifique coupole, flanquée de deux clochers. Elle est divisée en trois parties, soutenues sur une seule voûte (la crypte ?). Elle a quatre portes. En sortant de l'église par celle du midi, on trouve un grand bassin auprès duquel sont des tentes blanches où on vend tout ce qu'on peut désirer, comme des médailles et des chapelets. Au devant de la porte occidentale, on trouve une fontaine (?) qui s'épanche au bas ; au-dessus de la porte orientale (?) on voit le Christ assis sur un trône, avec la représentation de tout ce qui est arrivé depuis Adam, et de tout ce qui arrivera jusqu'à la fin du monde, le tout d'une beauté si exquise, qu'il est impossible de le décrire. Je séjournai en ce lieu pendant quatre-vingt-quatre jours, mais je ne pus y rester plus longtemps à cause de la cherté des vivres. J'y demandai l'absolution de mes péchés, aussi bien que de ceux de mes père et mère et de mes bienfaiteurs. L'endroit où est le saint corps est environné d'une forte grille de fer. Il y a encore à Saint-Jacques d'autres magnificences que je ne puis retracer dans cet écrit.

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Retour vers le Pays basque...

Je pris la bénédiction de saint Jacques, je partis et je parvins à l'extrémité du monde, au rivage de là Sainte Vierge (Muxia), qui a été construit de la propre main de l'apôtre saint Paul (?), et que les Francs appellent Santha Maria Fenesdirna (Sainte Marie de Finistère ou Notre Dame de la Barque). J'éprouvai beaucoup de peines et de fatigues dans ce voyage ; j'y rencontrai un grand nombre de bêtes sauvages très-dangereuses. Nous rencontrâmes un vakner (taureau ?), bête sauvage grande et très dangereuse : "Comment, me dit-on, avez-vous pu vous sauver, quand des compagnies de vingt personnes même ne peuvent passer ?"

J'allai ensuite au pays de Holani (?) dont les habitants se nourrissent aussi de poissons, et dont je n'entendais pas la langue. Ils me traitèrent avec la plus grande distinction, me conduisant de maison en maison , et s'émerveillant de ce que j'étais échappé au vakner.

Je parcourus ensuite beaucoup de villes situées sur le rivage de la mer universelle (l'Océan) ; je ne pouvais entendre la langue du pays. Mais, avec la lettre du Pape, j'obtenais de la bienveillance. Enfin je parvins dans une ville auprès de laquelle, mais un peu au dessous, coule un grand fleuve, avec un pont de soixante-huit arches (Pontedeume, Puentedeume ?). Je poursuivis mon chemin et j'arrivai dans la grande Vilvav (Bilbao ?) où je séjournai trois jours ; j'en partis ensuite et je marchai durant vingt-sept jours, et j'arrivai dans la ville bénie de Gétharia (Guetaria), où je fus fort bien traité : j'y restai durant sept jours.

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Embarquement.

Je trouvai en ce lieu un grand vaisseau qu'on me dit être du port de 80,000ghantar (quintaux ?). Je m'adressai aux prêtres (de cet endroit), pour dire de me recevoir dans ce vaisseau ; "Je ne puis plus aller à pied (disais-je), les forces me manquent tout-à-fait." Ceux-ci s'étonnaient de ce que j'avais pu venir à pied d'un pays si reculé. Ils allèrent trouver le chef du vaisseau : "Ce religieux arménien nous prie, lui dirent-ils, pour que vous le preniez sur votre bâtiment ; il est venu d'un pays éloigné, et il ne peut s'en retourner par terre." On lui lut la lettre du pape ; il l'écouta et dit : "Je le recevrai dans mon vaisseau ; mais dites-lui que je vais parcourir la mer universelle, que mon vaisseau ne contient aucun marchand, et que les hommes qui s'y trouvent sont tous employés à son service. Pour nous, nous avons fait le sacrifice de notre vie ; nous mettons notre seul espoir en Dieu, et nous pensons que là où la fortune nous portera, Dieu nous sauvera. Nous allons parcourir le monde ; il ne nous est pas possible d'indiquer où les vents nous porteront, mais Dieu le sait. Au reste, si vous avez aussi le désir (de venir avec nous), c'est fort bien ; venez dans mon vaisseau, et ne vous inquiétez pas du pain, ni du boire et du manger; pour vos autres dépenses, elles vous regardent, ces religieux (y pourvoiront) ; comme nous avons une âme, nous vous fournirons du biscuit et tout ce que Dieu nous a accordé." Lorsque je revins à la ville, on répandit parmi le peuple, pendant la célébration du service divin, la nouvelle que le religieux arménien allait monter sur le vaisseau : "Rassemblez, (disait-on), des vivres pour le salut de vos enfants, et pour votre propre avantage."

On apporta tant de bonnes choses surtout en provisions qu'il était impossible d'en manquer. Nous entrâmes dans le vaisseau le mardi de la Quasimodo et nous parcourûmes le monde pendant soixante-huit jours (note), puis nous vînmes dans la ville de l'extrémité du monde (Muxia encore, Fisnisterre, Corcubion ?) ; nous allâmes ensuite en Antalousia (Andalousie), dans la ville qui est au milieu de la mer (Cadix ?). Nous restâmes dans cette ville pendant dix-neuf jours, parce que nous avions essuyé de grandes tempêtes et que notre navire avait éprouvé des avaries que l'on s'occupa à réparer en ce lieu. Cette ville est très jolie, petite, mais pleine de magnificence. Nous nous séparâmes en ce lieu, et j'allai à Santha Maria Gadaloup (ND de Guadalupe). Je me rendis de là à Sébilia (Séville), où je vis la reine Isabelle. (note). Je repartis ensuite et je m'embarquai ; il nous fallut dix-huit jours pour aller au pays de Magreb, à cause de la violence du vent, qui était contraire, et ...

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