ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

Chemin d'hiver (camino de invierno), province de Leon

Exploitation romaine des mines d'or de Las Médulas

  1. Collecte de l'eau des torrents, loin dans les montagnes à l'est.
  2. Canaux amenant l'eau sur des dizaines de kilomètres.
  3. En haut de la zone d'exploitation, bassin de stockage de l'eau et vannes.
  4. Galeries creusées dans le gisement pour fracturer la roche lors de l'ouverture des vannes.
  5. Zone de tri des pierres et terril.
  6. Lavoirs de tamisage et récupération de l'or.
  7. Évacuation de l'eau.
  8. Site des anciennes mines romaines de Las Médulas, vue actuelle.


Traduction du texte de Pline l'Ancien (Caius Plinius Secundus 23-79) sur l'exploitation des mines d'or d'Espagne ( Histoire naturelle, chapitre sur les métaux).

La troisième méthode surpasse les travaux des géants. À l'aide de galeries conduites à de longues distances, on creuse les monts à la lueur des lampes, dont la durée sert de mesure au travail ; et pendant plusieurs mois on ne voit pas le jour. Ces mines se nomment arrugies : souvent il se forme tout à coup des crevasses, des éboulements qui ensevelissent les ouvriers. Certes, il peut paraître moins téméraire d'aller chercher des perles et de la pourpre dans les profondeurs de la mer, et nous avons su rendre la terre plus fatale que les eaux. En conséquence, on laisse des voûtes nombreuses pour soutenir la roche. Dans les deux méthodes on rencontre des barrières de silex ; on les brise avec le feu et le vinaigre (XXIII, 27, 4). Mais comme dans les souterrains la vapeur et la fumée suffoqueraient les mineurs, ils prennent plus souvent le parti de briser la roche à l'aide de machines armées de cent cinquante livres de fer (50kg) ; puis ils enlèvent les fragments sur les épaules jour et nuit, se les passant de proche en proche à travers les ténèbres. Les mineurs placés à l'entrée sont les seuls qui voient le jour. Si le silex paraît avoir trop d'épaisseur, le mineur en suit le flanc, et il le contourne. Toutefois, le silex n'est pas l'obstacle le plus difficile : il est une terre, espèce d'argile mêlée de gravier (on la nomme terre blanche), qu'il est presque impossible d'entamer. On l'attaque avec des coins de fer et avec les mêmes maillets que plus haut : rien au monde n'est plus dur ; mais la soif de l'or est plus dure encore, et en vient à bout. L'opération faite, on attaque en dernier lieu les piliers des voûtes. L'éboulement s'annonce ; celui-là seul qui s'en aperçoit est le veilleur placé au sommet de la montagne : celui-ci, de la voix et du geste, rappelle les travailleurs, et fait lui-même retraite. La montagne brisée tombe au loin avec un fracas que l'imagination ne peut concevoir, et un souffle d'une force incroyable. Les mineurs, victorieux, contemplent cette ruine de la nature. Cependant il n'y a pas encore d'or ; on n'a pas même su s'il y en avait quand on s'est mis à fouiller, et pour tant de périls et de dépenses il suffit d'espérer ce qu'on désirait.
Un autre travail équivalent, et même plus dispendieux, est de conduire du sommet des montagnes, la plupart du temps d'une distance de cent milles (150km), des rivières, pour laver ces débris éboulés. On appelle ces canaux corruges, du mot corrivatio, je pense. Là encore, il y a mille travaux : il faut que la pente soit rapide, afin que l'eau se précipite plutôt qu'elle ne coule ; aussi l'amène-t-on des points les plus élevés. À l'aide d'aqueducs, on passe les vallées et les intervalles. Ailleurs on perce des rochers inaccessibles, et on les force à recevoir de grosses poutres. Celui qui perce ces rochers est suspendu par des cordes ; de sorte qu'en voyant de loin ce travail, on croit avoir sous les yeux des bêtes sauvages, que dis-je ? des oiseaux d'une nouvelle espèce. Ces hommes, presque toujours suspendus, sont employés à niveler la pente, et ils tracent l'alignement que suivra le corruge ; et là où il n'y a pas place pour poser le pied, des rivières sont conduites par la main de l'homme. Le lavage est mauvais quand l'eau qui arrive charrie de la boue ; cette boue est appelée urium. Aussi, pour se préserver de l'urium, on fait passer l'eau à travers des pierres siliceuses et du gravier. À la prise d'eau, sur la frange des montagnes, on creuse des réservoirs de deux cents pieds (60m) de long sur autant de large et de dix de profondeur (3m). On y a laissé cinq ouvertures, d'environ trois pieds carrés. Le réservoir rempli, on ôte les bondes, et le torrent s'élance avec une telle force, qu'il entraîne des quartiers de roc.
En plaine est un autre travail : on creuse des canaux qu'on nomme egoges pour le passage de l'eau. De distance en distance, le courant est ralenti par une couche d'ulex. L'ulex est semblable au romarin épineux, et propre à retenir l'or. Les côtés sont fermés avec des planches ; et s'il y a un ravin à franchir, le canal est soutenu en l'air. La terre, conduite de la sorte, arrive jusqu'à la mer ; la montagne écroulée se dissout, et de cette façon l'Espagne a déjà reculé au loin ses rivages. C'est aussi par des canaux de ce genre que dans le premier procédé on lave les matières extraites avec un travail immense ; sinon, les puits seraient bientôt obstrués. L'or obtenu par l'arrugie n'a pas besoin d'être fondu ; il est or natif. On en trouve des blocs ; les puits en fournissent même qui dépassent dix livres (3kg). Les Espagnols nomment ces blocs palacres ou palacranes ; l'or en très petit grain, ils le nomment baluce. On fait sécher ensuite l'ulex, on le brûle, et on en lave la cendre sur un lit d'herbe où l'or se dépose.
Suivant certains, l'Asturie, la Galice et la Lusitanie fournissent de cette façon, vingt mille livres (6500kg) d'or par an. Dans cette production, l'Asturie est pour la part la plus grande. Il n'y a nulle part ailleurs un exemple d'une fécondité équivalente, étalée sur tant de siècles.

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