ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE


LE CAMINO DEL MAR par Élisabeth Vuillemin ©
Seize pèlerins de l'AFPSJC suivent le Camino del Mar, d'Oviedo à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Samedi 29 septembre 2012.
deco

Arrivés à l'aéroport des Asturies à 9 h 30, nous avançons sous une bruine que nous sentons à peine. Après une courte marche, nous prenons un bus pour gagner Luarca, située 50 kilomètres plus loin. José, l'organisateur de ce périple, doit nous rejoindre en route. Mais où allons-nous le retrouver ? Le car effectue un tournant et, soudain : "Tenez, regardez sous l'abribus !" Voilà José, tout sourire. "Tout le monde est là !" Les visages sont détendus, les conversations se nouent. Nous sommes prêts à entreprendre ce nouveau camino, le chemin d'octobre 2012. Ultreia !

Nos premiers pas sur le chemin de Saint-Jacques nous font découvrir de larges et profondes vallées occupées par de gros villages, de beaux massifs boisés, de vastes zones vouées à l'élevage. Tout en cheminant, nous constatons que l'ardoise est ici largement utilisée comme couverture des maisons mais aussi pour embellir de hauts murs. Il arrive que des clôtures de propriétés soient constituées du même lourd matériau. Plus loin, nous passons près des ruines d'une très ancienne église des Asturies. C'est un très vieux monument, puisque le panneau explicatif nous indique qu'il date du haut Moyen-Age et que des références documentaires attestent l'existence de cette église et de son cimetière au onzième siècle ! Les curieux peuvent encore y découvrir de gros murs, une très belle voûte d'entrée et l'amorce voûtée de l'unique nef.

Arrivés à Luarca, joli petit port de pêche, nous déjeunons de fruits de mer ou de poissons. Le pèlerinage s'annonce bien !

Ensuite, après 6 kilomètres de chemins souvent très pentus, nous parvenons à Otur, située en bordure d'une grande plage. La mer est agitée. En avançant sur les passerelles, nous faisons s'envoler des groupes bruyants de mouettes. Qu'il est agréable de lire dans le sable blond, si lisse, les délicates empreintes des oiseaux, seuls occupants de l'espace en ce mois d'octobre, gris et venteux !

Arrivés à l'hôtel, nous faisons la connaissance d'une nouvelle pèlerine : Ursula. Quant à Jean et Mimi, nous savons que nous les retrouverons dans deux jours.

Au cours du joyeux dîner, Guy nous présente le chemin de la journée de dimanche.

À demain !

Dimanche 30 septembre 2012. OTUR - CARTAVIO.
deco

Une superbe pleine lune du matin nous tient compagnie au départ. Le soleil commence à poindre à l'est. Nous gravissons des collines herbeuses, des broussailles et nous nous glissons dans des sentiers garnis de hautes bruyères et de ronces. Genêts et digitales colorent le chemin. Peu à peu, la température augmente. Tout à coup: " Voyez-vous briller la mer au loin ?" Le chemin est de plus en plus beau. La route ondule avec collines et vallons. Les mouettes tournoient dans le ciel bleu. Nous avançons sous le soleil. Un souffle léger passe avec un bruit de papier froissé dans les grands champs de maïs que nous longeons.

Plus loin, ce sont de grandes zones d'élevage. De vastes étables abritent les bêtes. Nous traversons de petits villages aux maisons solides, bien construites d'où émergent les silos à maïs. De temps à autre, un peu perdues dans ces hameaux, des maisons plus hautes, au plan curieux, bien différentes de celles qui les entourent, attirent notre attention. À qui appartiennent-elles ? José nous explique que sont des maisons d' "Indianos", c'est à dire d'habitants de ces villages, qui, revenus dans leur village après une longue période d'émigration, essaient de montrer, d'une manère visible, leur aisance matérielle et leur réussite à ceux qui n'ont pas osé tenter l'aventure. "Tiens, voilà le bar "Chez Pépé !" Là, nous pourrons peut-être entendre un des ces migrants, assis avec ses amis autour d'une bouteille de vin vert, évoquer sa vie de labeur et d'économie de l'autre côté de l'océan ? Écoutons-le. " Vous vous le rappellerez peut-être... en tout cas, votre père certainement... En effet, en 1930, mon père ne reçut pour tout héritage qu'un minuscule lopin de terre qui ne lui aurait jamais permis de vivre de la terre. Ici, dans les Asturies et plus encore en Galice, la terre est ingrate. Or, l'un des oncles de mon père, parti au Brésil depuis plusieurs années, venait de lui envoyer une lettre l'incitant à le rejoindre. Cet oncle, avec sa formation de charpentier, avait pu monter, petit à petit, une entreprise florissante. Mon père l'appelait toujours avec affection et fierté l'Indiano. Ses lettres faisaient le tour du village, apportant l'exotisme, le rêve à chacun.

"Mon père ressentit un vif désir de partir. L'oncle du Brésil lui fit parvenir un billet pour le voyage en bateau et un contrat dans lequel il lui promettait de bonnes conditions de travail, un salaire correct et un logement. Précisons que ce départ lui permit d'échapper au service militaire fort long et surtout à l'engagement dans l'une des terribles guerres coloniales de l'époque : Maroc et Cuba. Arrivé au Brésil, mon père commença une belle carrière de compagnon charpentier près de Recife.

" Malheureusement, il ne put se fixer dans ce pays, car sa fiancée, ma mère, ne voulait pas quitter la Galice. Par conséquent, au bout de dix ans, mon père revint d'au-delà de l'Océan, épousa ma mère et, avec ses économies, il put construire une vaste, belle et solide maison à étages, dont l'entrée est ornée d'un superbe portail en fer forgé. La magnifique grille en fer forgé qui s'arrondit si joliment près du petit pont que vous avez traversé pour venir jusqu'au bar, n'a pas pu vous échapper : c'est l'œuvre d'un ami ferronnier, revenu au pays, lui aussi, pour se marier. Quant au bâtiment central, surmonté d'une petite tour qui domine la propriété, elle lui rappelait les demeures des maîtres dans les haciendas qu'il avait tant admirées là-bas.

"Mais, les habitants du village n'ont pas bien réagi à la vue de la réussite de leur compatriote. Ils estimaient mon père plein de morgue. En outre, faut-il le souligner ? Pendant l'absence de mon père, le village a, lui aussi, bien changé. Aussi, mon père souffrit-il de ne plus retrouver l'ambiance chaleureuse qu'il avait connue avant son immigration. Il apprit avec peine que le curé était mort et que la jolie petite église en granit, avec son clocher, son beau portail sculpté, était fermée depuis longtemps ! Quant à son équipe de foot, celle qu'il évoquait sans tarir d'éloges à ses compagnons au Brésil... eh bien ! Cette équipe de foot renforçait tout simplement l'équipe du village d'à côté. Les temps avaient changé !

" Voyant que je m'intéressais à l'agriculture, mon père décida de m'envoyer à l'âge de seize ans dans le lycée agricole de la ville. J'en sortis, muni d'un diplôme de conducteur de machines agricoles.

"Donc, après la Seconde Guerre mondiale, comme toutes sortes de difficultés économiques et politiques s'annonçaient dans cette partie de l'Espagne, je décidai à mon tour de trouver un avenir meilleur que celui qu'on m'offrait dans cette partie du pays où le morcellement des terres et le rude climat m'empêchaient d'imaginer un bel avenir. Je savais qu'avec mes diplômes, je pourrais être accueilli en Argentine. Un ami de mon père était prêt à m'employer dans son exploitation car il lui fallait un technicien pour travailler sur ses terres. Ce projet et le salaire proposé emportèrent mon adhésion. J'obtins facilement mon passeport. Je partis par le port de Gijon avec une dizaine d'autres émigrants. Après un long voyage, je fus accueilli à Sao Paulo, puis conduit dans la région de Cordoba où se pratiquent la grande agriculture et l'élevage extensif. Tout m'émerveillait : le climat, les larges espaces, les troupeaux, la richesse de la terre... Très vite, je pus m'installer près de la ville de Cordoba, dans une grande ferme très moderne où l'on pratique la culture de céréales et l'élevage de bovins.

" Si je suis revenu au village pour vous rencontrer et vous donner des nouvelles de l'enfant du pays que je demeure toujours, c'est parce que j'ai pris la décision de soutenir une fondation galicienne au profit de l'éducation et de la scolarisation dans les zones rurales. Je me rends bien compte que la crise financière actuelle appauvrit encore un peu plus mes compatriotes. J'essaie donc de les aider, non pas pour les pousser à émigrer, mais à faire en sorte qu'ils soient plus à même de trouver un emploi dans les secteurs de la mécanisation et du développement de l'agriculture. C'est un challenge, certes, mais qui sait si une formation de qualité, un courage tout neuf ne peut arriver à rendre cette jolie région plus attractive sur le plan économique ?"

Nous venons d'entendre un témoignage fort intéressant. Mais, notre halte a déjà un peu trop duré. Nous nous levons, prêts à poursuivre notre chemin de pèlerin. "Bon voyage !" nous lancent amicalement les clients du bar.

Nous sommes ravis, car nous venons de comprendre un aspect de réalité économique de ces régions que nous traversons.

Les villages semblent bien assoupis en ce dimanche après-midi ! Nous marchons dans de belles forêts, au milieu de grandes étendues de fougères rousses. Bientôt, nous arrivons près de la mer, à Cartavio près de La Caridad.

aller en haut de la page

clic

Le soleil envoie ses doux rayons du soir. Il fait très bon. La grande place, embellie par des maisons style art nouveau, construites durant la première guerre mondiale, nous charme. Nous nous retrouvons dans un bar en plein air. Nous sommes un peu fatigués. Les rumeurs de conversations nous parviennent. Certains d'entre-nous se retrouvent à l'église pour la messe du soir. Et, un peu plus tard, un bon repas de poisson va nous réunir et satisfaire notre gourmandise. À demain, à Ribadéo

Lundi ler octobre 2012 : CARTAVIO - LA CARIDAD - RIBADÉO.
deco

8 h 30 ! Nous voilà partis d'un pas décidé pour une longue étape. Le jour est encore sombre. Nous passons le beau pont de l'estuaire du Porcia dont la solide construction nous frappe par la beauté de l'appareil en granit foncé. Plus loin, les prés accueillent d'importants troupeaux de vaches et de chevaux. L'ombre épaisse et boisée de la chaîne des monts Cantabriques se profile sur notre gauche.

Illuminées par le soleil, des barques aux couleurs vives attirent nos regards : oui, la pêche est une activité importante ici !

Tout est calme. Mais pas pour longtemps car, en plongeant dans d'impressionnantes forêts d'eucalyptus, nous découvrons une autre activité : celle des bûcherons. Le bruit des tronçonneuses brise le silence. Des arbres couchés à terre libèrent le parfum suave de leur sève. Au-dessus de nous, d'innombrables mouettes criardes et de grands goélands nous rappellent la présence de la mer. Nous nous arrêtons pour déjeuner et nourrir nos yeux et nos oreilles d'un splendide paysage de forêts et de mer.

Un peu plus tard, nous passons sur des passerelles et ne pouvons nous arracher à la contemplation de l'immense étendue de mer à nos côtés. De magnifiques plages ourlent la mer. Des oiseaux se posent par bandes, puis s'envolent et criaillent.

Et soudain, nous sommes témoins d'une scène tout à fait inattendue : il s'agit de prises de photos pour un mariage. La scène se déroule au ralenti, comme sur un large écran de cinéma, sur une plage totalement déserte : imaginez une splendide mariée qui s' avance avec grâce vers la mer ; sa robe immaculée frôle la passerelle ; une délicate ombrelle blanche la protège des légers coups de vent. Gracieuse, elle laisse flotter une longue traîne légère derrière elle. Voici le marié, en costume sombre. Grave, il rejoint sa fiancée puis, ensemble maintenant, tous deux s'avancent sans se hâter sur la longue passerelle d'abord, ensuite sur le sable fin de la plage. Des photographes, placés en divers endroits de la plage, suivent la marche silencieuse du couple. Le soleil illumine doucement la scène. Les vagues de soie bleue se jettent sur la grosse pierre sur laquelle s'assoit à présent la mariée. La traîne de mousseline blanche entoure élégamment le rocher. L'homme, debout près de sa fiancée, la regarde. La rumeur douce de la mer anime la scène. C'est un moment de grande beauté.

Stop, le film s'arrête.

Le temps passe si vite... La réalité du chemin qu'il reste à parcourir cet après-midi nous rattrape. Le charme de la scène se rompt. La mer commence à charrier de très grosses vagues. Les nuages nous menacent. Ravis d'avoir assisté à une prise de vue de cette qualité, dans un cadre enchanteur, nous continuons notre étape.

Un peu plus tard, nous traversons la campagne, belle, elle aussi. Figuiers hirsutes et pêchers de vignes aux fines branches désordonnées offrent leurs fruits juteux et parfumés aux marcheurs. De temps à autre, une volée d'embruns éclate sur nos visages. Nous nous sentons vraiment bien.

Arrivés près du majestueux pont de Ribadeo, nous sommes époustouflés : en effet, ce pont impressionnant enjambe l'estuaire et réunit les deux parties de la ville. Le paysage au-dessous du pont est un réel ravissement. Comme il nous est difficile d'arracher nos regards de la mer d'un bleu profond, magnifiée par le soleil couchant, des petits bateaux qui l'animent, des maisons blanches, des jardins luxuriants qui grimpent sur les côtés ! C'est magnifique !

Plus tard, voilà Ribadéo ! Aimablement Guy nous guide vers l'hôtel. Nous admirons les riches maisons art nouveau qui ornent la grande place. Peut-être aurons-nous un jour le plaisir de visiter l'une d'elles ? Qui sait ?

Les cloches de l'église nous appellent pour la messe. Nous terminons cette belle journée par un très bon repas, de viande ou de poisson accompagné de frites.

Demain ? "Ce sera encore une belle et grande journée !", nous promet Guy.

aller en haut de la page

clic
Mardi 2 octobre 2010 : RIBADÉO - FOS.
deco

Nous cheminons sur le territoire qui relie les Asturies et la Galice .

Arrêtons-nous devant les magnifiques paysages des cathédrales marines (playa Catedrales) et évoquons ensuite une ancienne activité : les viviers de crustacés à Cetaria de Rinlo. Le paysage marin que nous découvrons en avançant sur des chemins, puis sur des passerelles se caractérise ici par une multitude de pics, de caps, d'escarpements anguleux, de petites criques en bordure de la mer.

Des falaises noires, de gros rochers nus, cassés, fracturés, coupés en tables anguleuses, donnent de la grandeur à la beauté sauvage de ce lieu. Nous descendons les escaliers qui mènent sur les plages. Débarrassés de nos sacs à dos, nous nous promenons sur de magnifiques étendues de sable fin où nous enfonçons avec délices nos pieds un peu meurtris.

LE VENT GLISSE SUR NOS JOUES ; LES EMBRUNS LES RAFRAÎCHISSENT.

Tout à coup, devant nos yeux admiratifs s'arquent, noires, abruptes, vernies par les eaux des colonnes qui dessinent des arches d'entrées monumentales.

De minuscules moules noires et vernies, des arapèdes, grosses comme des têtes d'épingles blanches forment le ciment qui joint les masses rocheuses déchiquetées.

Avançons dans une de ces nefs grandioses qui s'ouvre devant nous.

Les lourdes colonnes de schiste sombre s'élevant à notre droite et à notre gauche, soutiennent la voûte du plafond. Impressionnés, nous avançons sur le sable mouillé du sol de cette nef et comprenons pourquoi l'on parle ici de cathédrales.

Nous progressons ensuite sur un épais tapis de galets secs qui s'entrechoquent, cliquettent et roulent sous nos pas. En retournant vers la sortie, nous regardons les corneilles noires, les pies qui se posent et tapent vivement de leur bec les lourdes tables de pierres noires. Quelques petits oiseaux ébouriffés, blottis dans d'anguleuses anfractuosités, se tiennent immobiles dans le vent.

De grandes étendues d'eau turquoise s'ouvrent devant nous et laissent ruisseler leur excédent d'eau dans de petits sillons de sable tout plissés ou encore dans de petits entonnoirs qui l'aspire.

La mer jette des vagues écumeuses contre des écueils. Les lames bouillonnent avec violence et se brisent.

LE VENT GLISSE SUR NOS JOUES ; LES EMBRUNS LES RAFRAÎCHISSENT.

Silencieuse, notre marche, se poursuit. Nous sommes profondément touchés par le spectacle et par la majesté du lieu. Nous ramassons de belles coquilles vides, des bouts de filets de pêche, un joli galet que nous rendons à la plage quelques minutes plus tard. Émerveillés par la liberté et la paix que nous ressentons, nous laissons vagabonder nos pensées.

LE VENT GLISSE SUR NOS JOUES ; LES EMBRUNS LES RAFRAÎCHISSENT.

Plus tard, le bon état d'une petite route qui serpente vers la mer avive notre curiosité. En effet, un panneau nous apprend que ce site, désormais abandonné, a été très actif à partir de 1904. Il s'agit des ruines d'un ancien vivier de crustacés.

Ceinte d'un mur épais, crevé d'énormes brèches, l'entreprise, composée de plusieurs bâtiments, abritait d'énormes piscines pour l'élevage des crustacés, principalement de homards et de langoustes. Regardez les hauts murs du bâtiment central qui supportent encore - on ne sait comment - de larges tables d'ardoise ! Cette solide couverture pend lamentablement à présent. Cet établissement n'est plus qu'une lande de cailloux avec quelques murs, des tas de pierres et les ruines d'un transformateur. Un chenal profond, creusé dans le roc et consolidé par de lourdes pierres taillées, permettait aux bateaux d'arriver directement sur le site, ou de repartir vers la mer. Ce passage marqué par la présence de deux énormes blocs rocheux est à présent un lieu où se sont posés des grands cormorans, hiératiques et imperturbables malgré l'assaut de vagues sur leurs rochers.

Voyons, pour quelles raisons ce site a-t il été abandonné ? Voici ce qu'explique le panneau, c'est la pourriture des algues, maladie contre laquelle il était impossible de lutter à cette époque, qui a entraîné la fin de cette entreprise.

Et maintenant, le vent, les tempêtes, la mer, la pluie, détruisent inexorablement l'oeuvre de ceux qui ont certainement cru à un beau projet.

Seuls, les oiseaux marins donnent encore un peu de vie à ce site. Quelques fleurs rampent et se glissent, dérisoires, entre les cailloux et les maigres touffes d'herbes.

Nerveuses, les vagues claquent contre les rochers. Dans le ciel gris fer criaillent des goélands. Le vent se plaint et souffle avec force sur cet espace qui lui appartient maintenant.

Il est temps pour nous de repartir.

Plus tard, nous découvrons une forêt clairsemée où domine une végétation basse d'ajoncs épineux, de ronces et d'arbres rabougris. Quelques chênes rendent ce bois agréable. Nous gagnons tranquillement notre pension à Fos.

Et demain ?

"Si cela vous convient, vous pourrez peut-être visiter l'abbaye de Saint-Martin ", nous précise Guy. "Elle est très intéressante. Peut-être aurez-vous la chance de pouvoir la visiter ?" Naturellement, nous nous endormons avec l'idée que nous aurons cette chance-là.

aller en haut de la page

clic
Mercredi 3 octobre 2012 : FOS - BURELA.
deco

Nous marchons dès 8 heures sur une route tiède. Des chemins forestiers interrompus par de vastes prairies passent devant de grandes fermes cachées par de solides murs de pierre qui témoignent d'une certaine opulence. Des villages aux maisons égayées de plates-bandes fleuries reposent sous le soleil. Les séchoirs à maïs et les fenils attestent que nous sommes toujours dans une zone d'agriculture et d'élevage de bovins mais parfois aussi de moutons... Les bordures d'hortensias bleus accompagnent notre marche... Nous nous laissons emporter par le rythme allègre de la marche, quand, soudain :

" Tournons à gauche ! "

Un clocher surmonté d'une coupole a attiré notre attention. C'est sûrement l'église. D'étranges et nombreux petits cônes de pierre ou de ciment surmontent les toits. Que signifient- ils ? Est-ce une façon de se protéger de la malveillance de détestables créatures ou sont-ils liés à une crainte superstitieuse des éléments de la nature ?

Arrivés près de l'église romane de Saint-Martin de Mondoñèdo (San Martiño), nous sommes subjugués par la solide bâtisse... fermée. Mais, si nous attendions un peu ? Patience. Voilà la guide ! Quelle chance ! Suivons-la et écoutons-la :

" Construite entre le dixième et le treizième siècle, cette église était une ancienne cathédrale. Admirez l'appareil de pierre qui constitue les murs ! Il est formé de pierres blanches, blondes et brunes, parfois noires. Voyez comme l'édifice est beau sous la douce caresse du soleil ! Le chevet dressé sur le rocher est soutenu de quatre énormes contreforts sombres. De rares et étroites ouvertures laissent passer le jour dans le monument. Des frises lombardes ornent élégamment les arcs des fenêtres et l'arrondi du chevet. Tout le long de la toiture court une corniche sculptée : remarquez la légèreté des petits arcs de soutien dans lesquels s'arrondissent des personnages aux positions curieuses et variées, des végétaux souples stylisés et des têtes d'animaux que vous allez reconnaître très facilement : chevaux, bêtes aux têtes compliquées, petits monstres.

" Examinez maintenant le portail principal. Là, vous marchez sur les pierres tombales disposées devant l'entrée ! En levant les yeux, vous pouvez admirer les voussures décorées de frises qui se développent au-dessus du tympan. Le tympan, constitué d'une très grosse poutre en pierre ornée d'une croix représentant la paix de Christ, est surmonté d'un appareil de pierres de remplissage soigneusement jointes. Un agneau de Dieu figure sur sa partie supérieure.

"À présent, entrez par la porte latérale car le portail principal est condamné."

C'est saisissant ! La nef est de belle hauteur ; d'énormes poutres en bois forment un plafond droit.

"Dirigez-vous vers le chœur. Là, de très beaux chapiteaux s'offrent à vos regards. Ces colonnes sont magnifiques. Parfaitement conservé, le décor inscrit dans la corbeille de chaque chapiteau permet de lire et d'admirer des scènes variées : cavalier tirant sa monture, la tentation d'Adam et Ève, une représentation symbolique du bien et du mal ; un animal fantasmagorique et un sage ; la résurrection de Lazare ; une splendide scène de banquet avec la danse de Salomé ; la décollation de Jean-Baptiste ; des griffons ; des personnages aux attitudes curieuses et puis naturellement des végétaux"

C'est vraiment très beau : le vrai, l'imaginaire et le fabuleux se mêlent ici avec légèreté. Une belle harmonie se dégage de ces sculptures admirablement conservées

"Enfin, tournez-vous vers l'autel. Ici, vous trouvez une scène unique de l'art roman galicien. Elle représente, sculpté sur une grande pierre tendre, Dieu le Père dominant des anges, des saints, des monstres, des hommes d'église et des animaux."

L'ensemble est étrange et fascinant car l'archaïsme des sculptures, la simplification des traits, donne impression de savoir-faire remarquable servi par une foi profonde et une grande sensibilité.

"Et ce n'est pas tout : il vous reste tant de choses à admirer, notamment les fresques du seizième siècle et la rarissime peinture de la voûte du clocher, mais... ce sera pour une autre visite ! "

Ravis et comblés par notre passage dans cet édifice, nous rendons hommage à saint Martin et d'une allure ferme nous poursuivons le chemin. Les forêts d'eucalyptus se font plus rares. C'est avec plaisir que nous marchons à présent dans des bois de pins et découvrons une forêt plus sombre de chênes-liège.

Les échappées sur l'océan sont de toute beauté. Le vent souffle, apporte parfois des embruns. Et même si le chemin est parfois un peu difficile, nous marchons d'un pas allègre vers Burela. Nous savons que les pèlerins nous y attendent.

Et demain ? "Si vous avez le temps, promenez-vous sur la prèsqu'île !", propose Guy. Naturellement, nous aurons le temps...

aller en haut de la page

clic
Jeudi 4 octobre 2012 : BURELA - VIVEIRO.
deco

Le soleil est à peine levé et nous voilà en chemin. Nous montons. Le ciel s'éclaircit et nous permet de découvrir un majestueux lever de soleil. Nous suivons une belle route "en balcon" (c'est une jolie expression de Gilbert) et admirons le panorama. Les vagues mugissent, éclatent ; la mer change sans arrêt et nous ne pouvons que difficilement nous arracher à la contemplation des vagues brillantes aux tons rosés, jaune pâle et argentés. Nous nous coulons dans un sentier forestier, traversons des hameaux endormis, des villages où dorment de modestes maisons mais où dominent aussi de très grandes bâtisses. Ici encore, les blasons sur les murs extérieurs témoignent d'un riche passé. Une fête se prépare dans des hameaux : des calicots où alternent le mot "euro" et des petits drapeaux galiciens se balancent au gré du vent. Une dame affable nous propose de l'eau. Comme nous lui expliquons nos difficultés pour nous repérer, elle nous explique que la voie ferrée que nous cherchions vainement est désormais une voie souterraine : elle passe sous la colline que nous venons de quitter.

De jolies et fraîches maisons forment un ensemble harmonieux autour du port de San Ciprian (San Cibrao en galicien). Nous marchons jusqu'au phare. En revenant sur nos pas, nous sommes impressionnés par l'immense étendue qu'occupe une usine d'aluminium. Deux grosses cheminées fument, attestant une grande activité. Des constructions en fer occupent le site. De gros bateaux chargent des lingots qui vont être traités ailleurs. Des vraquiers viennent ici décharger leur cargaison de bauxite en provenance d'une ancienne colonie espagnole : la Guinée équatoriale. Une petite sirène en bronze, assise sur la plage, contemple avec mélancolie ce paysage de forte industrie : le ciel est gris, le sable aussi. Les vagues se balancent au gré d'une houle légère. Un peu plus tard, en avançant sur le chemin, nous passons près d'un barrage constitué par les déchets du minerai. Et, bientôt, nous avançons dans une magnifique forêt d'eucalyptus. Des sentiers très étroits et imprécis nous perdent parfois. Nous traversons des hameaux mais aussi de gros villages où l'ensemble étonnant de maisons achevées mais inoccupées, en construction mais inachevées, en voie d'achèvement mais abandonnées à l'exubérance de la nature nous amènent à réfléchir aux raisons qui poussent l'homme à entreprendre tant de travaux et de les arrêter brusquement : projet trop audacieux ? Augmentation brutale des prix des matériaux ? Impossibilité de payer les ouvriers ? Crise bancaire ?

Mais le paysage qui associe la mer, les forêts, la montagne nourrit notre regard. La route nous mène à Viveiro ; nous rejoignons le groupe. Arrivés près du petit port, nous nous attardons encore un peu pour regarder les pêcheurs réparer leurs très longs filets. Déroulés à partir d'une poulie, les filets sont alignés sur de très grandes longueurs sur le sol. Un palan soulève petit à petit le filet et, attentifs, les ouvriers raccommodent vivement les déchirures. Une poulie située beaucoup plus loin enroule le matériel vérifié et réparé. à la pension, un très bon dîner nous réunit joyeusement dans la soirée.

Et demain ? "Peut-être rien que la mer...", nous promet Guy.

aller en haut de la page

clic
Vendredi 5 octobre 2012 : VIVEIRO - PORTO ESPASANTE.
deco

Tôt ce matin, la petite gare de Viveiro accueille les pèlerins. Les sept premiers kilomètres se font dans le petit train qui longe un littoral profondément échancré. Quatorze pèlerins occupent le wagon. Ce sont des voyageurs bien silencieux !

Après ce court voyage, nous suivons les indications de notre guide, en l'occurrence Pascal, pour avancer. Après une marche d'une heure ponctuée par des cris d'oiseaux, nous arrivons à l'estuaire de l'Esteiro. Cette zone est constituée de larges lagunes plantées d'herbes et de grandes zones sableuses. Nous passons le pont qui enjambe la lagune, pénétrons dans une belle forêt où dominent les eucalyptus. La marche est délicieuse. Un vent léger caresse les longues feuilles tombantes des grands arbres qui, en bougeant, nous évitent aujourd'hui l'ardeur d'un chaud soleil d'automne. Certes, les montées sont souvent assez pénibles, mais quel plaisir de pouvoir cheminer avec, en bruit de fond, les lames agitées par la houle !

Tiens, voilà des tables en granit qui nous attendent pour le pique-nique ! Tout en mangeant, nous contemplons la mer. Nous suivons du regard un homme muni d'un bâton qui fouille dans la vase et dépose le fruit de sa récolte dans un grand sac. Un peu plus tard, nous reprenons notre marche dans un cadre de falaises et de plages magnifiques. Arrivés à l'hôtel vers treize heures, nous nous débarrassons de nos sacs. Vivement, nous nous rendons sur la belle plage déserte. Pieds nus, nous marchons tranquillement dans le sable. La caresse du vent sur nos jambes et nos bras nus nous réjouit. Les vagues turquoise vont et viennent dans la douce rumeur du flux et du reflux. Le jeu des flots nous invite au repos, à la paix, à la méditation. La rumeur des vagues nous enveloppe. C'est un moment magnifique et délicieux. Le soir, nous nous retrouvons dans un joli jardin public. Nous fêtons la Saint-François avec, en entrée d'apéritif, un plat de délicieux champignons. Nous bavardons, rions, échangeons des informations. Peu après, nous dînons dans un excellent restaurant : le "Masqueiras". Nous avions raison de nous réjouir pour ce dîner : le repas de poissons est exquis. Heureux, nous retrouvons nos lits avec plaisir.

Et demain ? Nous sommes déjà endormis !

aller en haut de la page

clic
Samedi 6 octobre 2012 : PORTO ESPASANTE - CEDEIRA.
deco

Une pluie fine tombe. Il fait encore nuit quand nous arrivons à la petite gare. Une chouette hulule. Le train nous emmène à Ponte Méra. De là, nous attaquons la marche.

Sortis de la ville, nous découvrons des bornes gravées d'un trait rouge qui représente un poisson stylisé. Que signifient ces bornes ? Il s'agit des indications pour le pèlerinage de Saint-André, très populaire dans cette région d'Espagne. Nous allons suivre ces bornes nous aussi, jusqu'au monastère de Saint-André, but d'un pèlerinage bien plus ancien que celui de Saint-Jacques de Compostelle.

Le ciel se couvre. Il fait sombre. Des rafales de vent emportent les feuilles de pommiers et de noyers. Nous ramassons quelques noix et des pommes. L'océan s'étend sur notre droite.

Nous avançons en silence. La route est dure. Soudain, un bruit étouffé derrière nous... Vivement, nous nous retournons et c'est à cet instant qu'une masse de feuilles dorées dégringole, avec un bruit d'eau vive, d'un grand érable. On aurait dit une cascade ! Des feuilles volettent encore de ci, de là. Les nombreuses branches presque entièrement dénudées, allégées du lourd fardeau des feuilles tombées, se redressent avec grâce. Ce spectacle est magnifique ! Nous en oublions un peu les côtes longues et difficiles !

Au bout d'une étape harassante au fort dénivelé, nous arrivons au monastère Saint-André-de-Teixido (San Andres de Teixido) où se déroule une fête. Difficile d'entrer dans l'église car une foule compacte se presse sur l'esplanade et dans l'édifice ! Nous attendons la fin de l'office pour y entrer et sommes frappés par les ex-voto en cire, très réalistes, représentant des membres. En effet ce saint est invoqué pour la guérison des malades, des blessés, des accidentés. Des centaines de bougies éclairent le transept. Au-dessus de l'autel, se dresse une statue de saint André sur sa croix en forme de X. Sous le martyr, une statue d'un saint Jacques souriant, alerte et vaillant, attire nos regards. Deux colonnettes au décor de pampres de vigne le rendent bien sympathique.

Le ciel s'assombrit. Les marchands rangent leurs produits : couronnes de biscuits secs à l'anis, miel, et petits objets de dévotion en bois, pâte à sel ou plastique. La grisaille nous pèse. Il pleut. Aurons-nous le courage de poursuivre la route ? Certains d'entre nous vont finir l'étape en taxi.

Nous nous retrouvons à la pension "Brisas de Cedeira". Un bon repas réunit le groupe un peu las. Et demain ? " Soyez prudents, car les indications seront rares ", nous prévient Guy, après avoir exposé le programme.

aller en haut de la page

clic
Dimanche 7 octobre 2012 : CEDEIRA - NEDA.
deco

II est 8 h 30. Le temps est doux et nous cheminons sous un ciel voilé de gris. Un joyeux ruisseau alimente un lavoir restauré où deux laveuses s'activent sur du linge. L'eau sale du grand bac court dans un fossé qui s'élargit et longe des jardinets où poussent des choux et quelques pieds de tomates, des salades et des fleurs.

Nous marchons dans les hautes herbes, respirons l'odeur de terre humide et de champignons. Arrivés au haut d'une colline, nous admirons le port de Casanova, avant de plonger dans une très belle forêt comme l'aiment les pèlerins. La température est douce. Le soleil et l'ombre jouent avec les feuilles. Devant nous roulent des cailloux et quelques grosses pierres de remblai. Le chemin disparaît dans la forêt de châtaigniers et il nous arrive d'avancer sur d'épais tapis de châtaignes dont les fruits luisants commencent à glisser hors des bogues hérissées de piquants.

Écoute ! Le son d'une cloche d'église s'égrène dans l'air. Serions-nous près d'un village ? Nous ne le saurons jamais.

Nous continuons à avancer. Cultures de légumes et petit élevage alternent. Nous suivons le fléchage indiqué par de rares bornes jacquaires que nous découvrons toujours avec joie. Vous en devinez certainement la raison.

Une belle côte avec ses avancées aux formes aiguës attire les pèlerins. Décidément, nous ne nous lassons pas de contempler l'océan ! Nous redescendons vers la mer. Maintenant, une longue promenade borde un très grand jardin arboré. En examinant les panneaux, nous apprenons qu'il s'agit d'un conservatoire d'espèces particulièrement résistantes à la chaleur des zones méditerranéennes. Il s'agit notamment de bouleaux, de chênes-lièges, de pins maritimes et de pins de Monterey (un peu plus aérés). Les panneaux insistent - en galicien et en catalan - non seulement sur la façon dont ces espèces peuvent se multiplier dans un climat difficile mais encore sur l'intérêt économique que ces arbres représentent. Tiens, il n'est pas question d'eucalyptus ?

Puis c'est de nouveau un très joli chemin d'hortensias et de fuchsias. Nous sommes ravis d'avancer tout en goûtant des figues et en ramassant des noix. Après avoir longé un beau terrain de golf, nous retrouvons de grands espaces cultivés d'eucalyptus mais aussi de chênes et de bouleaux. Les fougères aigle, de couleur fauve, bordent avec bonheur le chemin. L'odeur de l'humus est forte. Puis, le paysage devient à nouveau plus agreste avec ses petites routes qui grimpent le long de villages, de fermes ou de maisons isolées.

Le ciel se couvre de plus en plus, mais nous avançons avec enthousiasme... le long d'une plage superbe... jusqu'au moment où : " Mais... voyons, il semblerait que nous sommes revenus sur nos pas... "

Nous sommes perplexes devant les quatre possibilités qui s'offrent à nous. " C'est vrai, mais quelle direction prendre ? - Oui, quel chemin ? "

Hésitants cheminements, doutes, tentatives incertaines, aimables mais incompréhensibles explications en espagnol, inutiles réflexions, vains essais de repérage... Eh oui, notre camino, c'est cela aussi ! Notre courage flotte un peu, notre fameux sens de l'orientation se révèle inutile, la boussole nous désole, alors, nous décidons à contrecoeur de prendre un taxi pour terminer cette étape avant dix-huit heures. Et tout s'éclaire, grâce à notre chauffeur. Nous nous étions vraiment trompés : nos pas nous ont conduits vers le nord, c'est à dire dans la direction opposée à Néda.

Or, il nous semblait bien que... et que... En tout cas, arrivés à Néda, nous sommes contents. Nous trouvons l'albergue dans une zone inondée, une réserve d'oiseaux ! Ce lieu nous plaît. Nous franchissons d'un pas joyeux les passerelles en bordure du grand parc à oiseaux et retrouvons le groupe au gîte. Ouf !

C'est encore une petite fête ce soir ! Nous sommes heureux. Un chaleureux apéritif réunit joyeusement tous les pèlerins avant le repas. Et vous ne devinerez jamais ce que nous allons déguster ce soir...

Quelques cris d'oiseaux éclatent dans la nuit. Et demain, qu'en sera-t-il de notre camino ?

" De très beaux chemins forestiers... Mais attention à ne pas vous perdre. "

Et bien entendu, comme nous sommes persuadés de toujours faire attention, nous nous endormons tranquillement.

aller en haut de la page

clic
Lundi 8 octobre 2012 : NEDA - MIÑO.
deco

Départ de l'albergue vers 8 h 30. Nous entrons dans la petite église dédiée à saint Nicolas et y prenons un court temps de méditation.

Le temps est gris et pluvieux. Nous traversons des hameaux et saluons des lavandières occupées à faire leur travail dans un grand bac alimenté par une source qui dégringole d'une pente sur notre gauche, disparaît sous le chemin et reparaît, calme, sur notre droite, dans le grand bac du lavoir. Le chemin grimpe. Le soleil et l'ombre jouent dans les feuilles de châtaigniers. Quelques rangées de vignes, des figuiers, des pommiers et des pêchers longent les petites routes qui grimpent et serpentent vers... Saint-Jacques Les délicieuses petites pêches de vigne sont irrésistibles ; un lourd citronnier nous invite à ramasser un fruit tombé par terre. Le citron parfumera notre eau du pique-nique composé de pain, d'une pomme, de crème de gruyère et de quelques noix.

Au fur et à mesure que nous avançons, les bornes jacquaires sont plus nombreuses. Quelle sécurité pour le marcheur de pouvoir suivre les coquilles ! À présent de très belles plages de sable clair suivent une côte très découpée. Nous passons tantôt dans de gros villages marqués par une grande activité commerciale, tantôt dans des petites villes très pentues, comprenant des places étagées et très animées. De temps à autre, nous suivons les coquilles en bronze qui éclairent les trottoirs des rues étroites. Nous prenons le temps d'admirer les remarquables balcons en fer ouvragé, aux riches décors.

Puis la route devient chemin et le chemin sentier forestier. Les épaisses bordures d'hortensias agrémentent le paysage. Le vent de la mer nous ébouriffe et gonfle nos imperméables. De minuscules sources mouillent nos chaussures. Ensuite ce sont de nouveau d'immenses espaces d'eucalyptus aux "troncs-colonnes" rouge foncé. Mais nous découvrons aussi avec plaisir une grande forêt de bouleaux aux troncs couleur de cendres et, un peu plus loin, de claires forêts d'érables au feuillage de lumière.

Des coups sourds hachent le silence. Sont-ce des bûcherons ? Un eucalyptus tombe tout près de nous dans un fracas de branches éclatées ou brisées. énorme, un camion s'avance creusant de profondes ornières que nous enjambons prestement. De puissants engins de levage et des tracteurs le suivent, écrasant le fouillis des frondaisons.

Tous ces troncs d'eucalyptus, à qui vont-ils servir ? Nous apprenons que ce bois sert essentiellement à la production de pâte à papier et d'éthanol. Nos observations permettent d'affirmer que les régions des Asturies et de la Galice doivent être de gros producteurs de bois car nous traversons des étendues de plantations intensives dans ces deux régions. Au pied des arbres, d'épaisses fougères forment une couette d'automne qui enveloppe un premier étage de végétation : au-dessus ondoient les feuilles souples et allongées des eucalyptus. Les maisons des villages et les hameaux que nous traversons nous frappent par leurs clôtures constituées de larges et lourdes plaques de granit rose bien jointées, de hauteur inégale certes, mais agencées avec goût. Elles ornent un espace solidement clos. Un peu plus loin, à côté d'une belle croix jacquaire... n'est-il pas surprenant cet abribus constitué d'épaisses plaques de cette même pierre ? Arrivés à Miño, une bonne surprise attend les pèlerins un peu fatigués : Guy est venu à leur rencontre. " Inutile de chercher le gîte. Il n'est pas loin, vous verrez, c'est un endroit très calme, ça va vous plaire !" Après un joyeux apéritif et un repas réconfortant, nous allons nous coucher. Des cris d'oiseaux déchirent de temps en temps la nuit.

Mardi 9 octobre 2012 : MIÑO - BETANZOS
deco

Notre départ s'effectue sous un ciel chargé d'une flottille de nuages gris. Mais les trottoirs sont si jolis avec leurs couleurs jaune, rouge, ocre et vert, bordés de pierres émaillées dont les nuances rappellent le bleu des vagues de la mer ! Puis le joli camino disparaît dans une forêt de châtaigniers et de noyers. Arrivés sur une hauteur, nous découvrons un petit village et son église des onzième et douzième siècles dédiée à saint Pantaléon del Vino. Effectivement, nous sommes passés près de vignobles importants, ce qui explique ce nom. Le solide édifice roman en granite est de taille moyenne.

Arrêtons-nous devant le portail d'entrée surmonté d'un clocher ouvert à deux cloches. Une frise en relief orne la rosace au-dessous de laquelle s'ouvre un très beau portail enrichi d'une voûte polylobée. Curieusement, la partie supérieure des montants du portail comporte deux têtes inclinées, asymétriques, de belle facture. On dirait des têtes de femmes. Nous admirons le beau travail des sculpteurs. L'église étant fermée, nous ne pouvons visiter l'intérieur.

Un peu plus loin, nous passons près d'un grand cimetière entourant une chapelle dédiée à saint Martin. Ensuite ce sont des villages, des lavoirs désertés, des fontaines, des ponts... et toujours de gaies bordures d'hortensias bleus.

Arrivés à Betanzos, nous nous reposons un peu à l'hôtel avant d'aller visiter la ville. L'office du tourisme nous propose un plan. De larges places accueillent les touristes, les magasins sont bien achalandés. Nous admirons le bel ouvrage des ferronniers qui ornent les maisons du dix-septième et du dix-huitième siècle.

Bientôt, nous arrivons près d'un pont roman qui enjambe le rio Mondeo. Pourquoi ce petit pont nous intéresse-il tant ? Tout d'abord, il est de taille modeste. Ensuite, l'un des parapets en beau granit s'évase à deux reprises pour former des sortes de corbeilles, avec un siège en arrondi, comme à l'opéra ! Le second parapet est orné d'un grand écusson en relief. L'ensemble est vraiment particulièrement joli.

Un peu plus loin, nous voilà devant l'église Santa Maria del Azogue dans laquelle nous pouvons admirer des sculptures de scènes de chasse au sanglier dans le chœur. Dans une chapelle latérale, un gisant masqué nous frappe beaucoup. Nous nous perdons en conjectures au sujet de la raison qui a pu pousser le commanditaire à faire réaliser une telle oeuvre. Nous aimerions en savoir davantage aussi sur présence d'un bas-relief représentant un cochon de belle taille dans le transept gauche. Sous la grande entrée, deux très gros cochons en pierre supportent un gisant richement vêtu. Étranges, tout ces cochons ou sangliers dans ce bel édifice !

En sortant de ce bâtiment, nous nous trouvons tout près de l'église des Franciscains. Nous la visitons avec plaisir avant de bavarder avec une religieuse des Franciscaines missionnaires. Cette femme joyeuse nous impressionne par sa vivacité et la pertinence de ses propos quand nous évoquons les problèmes de l'église catholique actuelle. Revenus à l'hôtel, nous nous occupons de notre linge mouillé. L'établissement extrêmement confortable nous propose des séchoirs dans les salles de bains. Quel luxe !

Le soir, un somptueux apéritif offert par un pèlerin nous réjouit. Puis, le repas pris dans un restaurant de poissons comble notre gourmandise : nous nous régalons de délicieux crustacés et de poissons variés.

Et demain ? " Demain, il va falloir être très vigilants pour ne pas se tromper de chemin, car les indications seront rares ", nous prévient Guy gentiment. Inconscients des difficultés prévues pour le lendemain, nous nous endormons rapidement.

aller en haut de la page

clic
Mercredi 10 octobre 2012 : BETANZOS - BRUMA.
deco

Nous gagnons le camino Inglès por Terras das Mariñas. Nous sortons de la ville à 8 h 30 en nous engageant sur le très joli petit pont romain avant d'avancer sur des raidillons bordés d'hortensias bleus.

Nous avançons d'un pas alerte dans le silence et la solitude du chemin.

Mais, là-haut, sur le coteau, cette silhouette.... cape, chapeau, bâton, un doigt qui montre le chemin... N'est-ce pas un pèlerin qui nous fait signe ?

En effet, c'est un ouvrage en métal représentant un pèlerin de belle stature qui se dresse au-dessus de nous.

Voyons, qu'en sera-t-il de notre journée ?

" Avancez vers la belle forêt touffue qui va avaler cette petite route. L'étroit sentier vous fera passer sur de jolis petits ponts comme vous les aimez : ponts enjambant des rivières, ponts du petit train qui vous suit depuis plusieurs jours, ponts de routes, ponts passant au-dessus de petits ruisseaux ou de larges rivières.

" Quand vous serez dans la forêt, soyez attentifs car en ce début d'automne les oiseaux s'en donnent à coeur joie : écoutez leurs cris d'allégresse, leurs sifflements, leurs soupirs. Vers midi, toute cette animation prendra fin. Et les denses ronciers qui ourlent le chemin cacheront en partie le sentier.

" Attention, le chemin va devenir très boueux et surtout très bruyant. Les remorques des tracteurs lourdement chargés de grumes avanceront en élargissant le sentier mais aussi en creusant d'impressionnantes ornières. Nous sommes dans une grande période de travail pour les bûcherons. Les cris de la scie électrique, le bruit de moteur de la tronçonneuse, le fracas de branches brisées et éclatées briseront le silence de la forêt. Plus de cris d'oiseaux !

" Ensuite, vous allez passer près de fermes isolées, de hameaux silencieux. Vous avancerez sur des tapis de feuilles mortes, des tapis de châtaignes, sous une fine pluie qui va vous rafraîchir. Plus loin, vous retrouverez les paysages de pâturages aux douces ondulations. Vous longerez des hameaux silencieux. Et, pour votre plus grand plaisir, vous allez pouvoir vous délecter de quelques baies de raisin : des baies noires, juteuses, sucrées et très parfumées.

" Bien entendu, vous allez devoir encore fournir des efforts, car de longues côtes et de grandes descentes vont vous conduire à l'albergue où vous serez les bienvenus.

" Ultreia ! Que saint Jacques vous protège ! "

En effet, nous avons bien besoin de protection aujourd'hui car la pluie devient de plus en plus forte. Et l'imperméable ne suffit plus ! Les chaussettes commencent à être mouillées !

Parfois ce sont de véritables cataractes qui rendent le chemin difficile. L'eau ruisselle sous nos pieds, emportant fleurs arrachées, feuilles lacérées, petites branches hachées par la pluie. Les rigoles débordent en formant de larges trous d'eau difficiles à éviter. La terre du sentier devient boue visqueuse. Les flaques d'eau s'élargissent... Nous glissons... La pluie redouble de violence, fouette les branches souples de figuiers et de lauriers, masque les maisons. Qu'il est difficile de se repérer !

Enfin le gîte ! Nous sommes rassurés. D'ailleurs, à droite de l'entrée, chante une joyeuse petite source qui déborde d'entrain. C'est joli, ça fait sourire, même sous l'averse, même si nous sommes un peu engourdis par le froid, même si nous nous sentons un peu las, même si notre bonne humeur nous a quittés pour quelques instants ! Car, au fond, quelle joie de se retrouver ! D'aimables paroles réconfortent les plus fatigués.

Nous nous préoccupons du séchage de nos chaussures, chaussettes, imperméables et, joyeusement, envisageons le menu du dîner. Nous ressentons toujours une grande joie quand nous préparons nos dîners ensemble, dans les gîtes. Est-il nécessaire de préciser que des champignons parfumeront finement notre plat ?

Conversations, rires. Guy nous donne des précisions sur notre chemin du lendemain... Nous nous endormons, recrus de fatigue, mais heureux.

aller en haut de la page

clic
Jeudi 11 octobre 2012 : BRUMA - SIGÜEIRO.
deco

Ce matin, un film grisâtre cache le ciel. Une pluie fine nous accompagne. Tiens des sculptures en plein air ! Le granit gris rend bien la puissance d'une très grosse tête de cheval ou la force d'une statue d'un saint Jacques de bonne facture mais un peu lourde. Un arc en ciel accompagne nos pas sur la route bitumée. Puis, ce sont à nouveau sentiers herbeux et mouillés, des chemins de boue ou de pierres concassées. De jolies forêts de chênes alternent avec des bois de lauriers. L'air est moite. Nous sentons des odeurs de terre, de laurier, de feuilles trempées. Nous passons de nombreux petits ponts sous lesquels bondit une eau joyeuse. De temps à autre un calvaire attire nos regards. Nous le saluons en passant.

Après une légère accalmie, la pluie retombe, implacable. Le vent redouble de violence, donne de rudes coups aux eucalyptus. Les fossés se remplissent d'eau. Nous cheminons... Tiens, mais que contiennent les sacs en plastique que portent avec tant de précautions les pèlerins ? Ouvrons délicatement l'un d'eux : hum.. quel parfum ! Bolets, coulemelles, girolles, mousserons et coprins chevelus constitueront un succulent apéritif ce soir.

Nous traversons maintenant de vastes espaces couverts de pins et la présence d'érables au feuillage jaune d'or flammé de rouge rend la forêt belle et lumineuse. De jolies petites églises en granit gris attirent nos regards. Nous prenons le temps de tourner autour de ces édifices et avons la chance d'observer à plusieurs reprises un décor d'animaux fantastiques soutenant les deux piliers du portail d'entrée. Les deux cloches au-dessus de l'entrée sont muettes depuis longtemps. Nous quittons toujours ces lieux de rassemblement avec un peu de peine, car nous aurions aimé nous y arrêter un instant, ne serait-ce que parce que nous faisons partie d'une si longue compagnie de pèlerins.

Notre pèlerinage continue... Toujours plus loin, en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle.

De temps à autre, nous passons devant des affiches présentant les candidats pour les élections prochaines. Les hauts-parleurs des voitures diffusent les messages concernant les élections locales, ils invitent les gens à aller voter. Nous nous souvenons que cette partie nord-ouest de l'Espagne, reconnue comme nation historique à l'intérieur de l'état espagnol, bénéficie d'un statut d'autonomie depuis 1981.

Arrivés à Sigüeiro, nous passons dans un grand parc urbain dans lequel poussent les espèces végétales rencontrées en chemin et surtout un tapis surprenant de coprins chevelus. L'endroit est charmant, même sous la pluie. Les coquilles Saint-Jacques largement incluses dans les pavés du jardin permettent de trouver rapidement notre lieu de repos. Un excellent apéritif offert par un pèlerin, suivi d'un dîner réconfortant, nous réunit tous. Nous sommes contents. Dehors la pluie tombe avec force. Qu'importe ! Demain, nous arriverons à Saint-Jacques !

aller en haut de la page

clic
Vendredi 12 octobre 2012 : SIGÜEIRO - SANTIAGO.
deco

Nous sommes prêts à accueillir cette dernière journée de pèlerinage. Le petit matin est blême. Des brumes épaisses s'accrochent aux arbres le long des chemins de boue, de pavés, de goudron, de pierres ou de sable que nous suivons. Nous longeons des murets mangés par des mousses et des ronciers, ornés de belles toiles d'araignées. L'air est tiède. Des nuages sombres s'attardent dans le ciel. Tout est silencieux.

Soudain éclatent des cris persistants et bizarres. Un animal pris dans un piège ?

Nous poursuivons le chemin. Le brouillard se dissipe. Peu à peu, le roulement des voitures sur l'autoroute devient plus fort. La ville n'est plus très éloignée. Pascal nous fait observer les montagnes devant nous et nous rappelle la présence du fameux Pico Sacro. Nous nous remémorons la fantastique légende de ce lieu que nous avons visité l'année dernière.

Soudain, le soleil commence à percer les nuages et, émus, nous distinguons une tour, puis les deux tours de la cathédrale. Sans vraiment nous en rendre compte, notre pas s'accélère. Nous avançons un peu plus vite, puis encore un peu plus vite et... Nous y voilà !

L'arrivée à Saint-Jacques est grandiose ! Nous nous rassemblons près de l'église Sainte-Claire.

Peu à peu le groupe se reconstitue. Exclamations, petits silences, rires, questions, réponses, remarques légères, petites conversations impromptues. La joie se lit sur tous les visages. Mais si nous sommes vraiment heureux, nous nous sentons parfois gauches, parfois maladroits dans nos remarques ou dans nos réponses. Pourquoi ? Peut-être l'ivresse de la marche ne nous a-t-elle pas encore quittés ?

" Tout le monde est là ! " Cette brève constatation, cette touchante interrogation aussi, c'est Guy. Nous l'avons souvent entendue. Elle nous a toujours rassurés.

Nous entrons donc dans la ville, à la queue leu leu. Les tours de la cathédrale deviennent de plus en plus visibles. Nous passons près du monastère Saint-François, puis près d'un très joli restaurant avec son jardin en terrasse. Enfin, nous voici sur le site de l'imposante cathédrale de Saint-Jacques. Le silence sur la place nous surprend. Oui, ce sont les notes grêles de l'Ave Maria de Gounod qui s'échappent de l'énorme balalaïka d'un trio de musiciens russes. C'est un silence de notes légères, certes, mais aussi de légers raclements de pieds, de bruits métalliques des bâtons, de grisaille, et de bonheur. Touchés par cette atmosphère, nous gagnons, silencieux, la cathédrale que nous traversons avant de nous rendre chez Suso pour y déposer sacs et bâtons. Paisibles et contents, nous allongeons la file d'attente des pèlerins qui attendent la compostela.

À 14 heures, le restaurant du grand séminaire de Saint-Martin Pinario nous accueille pour un bon repas. Nous ne manquons pas d'admirer l'architecture de ce bel édifice, en particulier la somptueuse voûte de la salle à manger.

Le soir, nous apprécions l'apéritif du repas d'adieu offert par un absent de ce pèlerinage, Marcel. Un peu plus tard, nous nous rendons dans un restaurant pour goûter la queimada offerte par Mimi et Jean. Qu'ils trouvent ici le témoignage de la reconnaissance des pèlerins car, sans leur présence et leur camping-car, le chemin aurait été plus difficile. En outre, sans leur gentillesse, aurions-nous préparé de si bons plats de champignons ?

Un orchestre de jazz anime la soirée. Nous aimons cette musique.

Voyez-vous ces seize silhouettes noires dans la nuit, un peu lasses, qui gagnent l'hôtel Suso ? Il se fait bien tard ! Bonne nuit.

Et demain ?

aller en haut de la page

clic
Samedi 13 octobre 2012 : SANTIAGO.
deco

" Qui veut venir au marché couvert de la ville ? "

Nous sommes plusieurs à arpenter les beaux étals colorés. Ravis de sentir, toucher les produits de la région, nous sommes dubitatifs.

Achèterons-nous des herbes aromatiques ?
Des piments de Padron qui débordent des gros paniers des vendeuses ?
Nous laisserons-nous tenter par des boutures d'hortensias rangées dans un coin ?
Rêverons-nous de belles récoltes devant de gros sacs de graines de piments, d'ail ?
Prendrons-nous quelques gros morceaux de jambon de porcs nourris de châtaignes pour régaler nos parents, nos amis ?
De la morue sous vide ?
Un beau morceau de ce beau pain aux raisins ?
De ce bon chorizo ?
De la tarte de Santiago ?
Du fromage de la région ?
Pourquoi pas ces gros melons-cotons ?

Oui, mais... il va falloir porter tout cela ! Nous réfrénons nos désirs d'emporter tout ce qui nous fait plaisir... Et nous nous retrouvons tous à la messe des pèlerins.

Déjà, une foule compacte remplit la nef et le transept. Quelques accords musicaux nous font vite comprendre que nous allons participer à un bel office.

Pendant que la foule s'installe et se calme, éclatent les notes brillantes de l'Alléluia de Haendel ; un Miserere Dei suit ce chant. Puis, l'orgue enchaîne sur un Ave Verum. Durant la célébration, l'orchestre de Tolède avec sa chorale et ses solistes interprète quelques pièces de la Messe du Couronnement de Mozart. Nous écoutons avec ravissement le célèbre Agnus Dei de cette messe. Nous sommes recueillis. La messe s'achève sur la note joyeuse du botafumeiro que l'assistance salue dans un silence impressionnant. Tout le monde est ravi. Quand le balancement de l'encensoir géant prend fin, des applaudissements éclatent, les appareils de photos crépitent. La voix profonde de l'orgue qui a accompagné le botafumeiro dans ses oscillations soutient à présent, de sa voix profonde, les cris de joie des pèlerins.

L'émotion se lit sur tous les visages de ces hommes et femmes. C'est impressionnant.

Peu après, nous allons à notre rendez-vous habituel, dans la chapelle des Français. Accompagné d'un prêtre, Guy évoque avec des mots simples mais forts notre camino et la joie de le voir accompli. Les pèlerins qui n'ont pu se joindre au groupe sont nommés. Le prêtre nous adresse des paroles de bienvenue. Un moment de silence, puis la lecture d'un poème d'un ami de Gilbert précède la prière des pèlerins dans laquelle nous nous reconnaissons. Nous terminons ce moment d'action de grâce avec le Notre Père.

Nous quittons la cathédrale et nous nous rendons au séminaire pour partager un bon déjeuner.

aller en haut de la page

clic
Dimanche 14 octobre 2012 : SANTIAGO - SAR - AÉROPORT.
deco

Il nous reste encore un peu de temps, alors, si nous allions revoir la collégiale de Santa Maria de Sar ?

Arrivés sur l'esplanade devant le monument, nous admirons le sombre édifice en granit, datant du douzième siècle. Sa forme rappelle les basiliques romaines avec son porche, ses trois nefs parallèles et ses trois absides. Les solides arcs-boutants qui renforcent les murs extérieurs sont de construction plus récente.

Cette année, nous avons la chance de pouvoir visiter le cloître. La partie supérieure des colonnettes des ouvertures est richement ornée de motifs végétaux ; les frises au-dessus des arcs attirent aussi notre attention. Le grand bac de forme semi-sphérique qui marque le centre de l'espace est une œuvre magnifique dans sa simplicité. Nous apprenons que maître Matéo (douzième siècle) a laissé son empreinte dans ce cloître. Où donc avons-nous entendu le nom de cet architecte ?

Devant la cathédrale Saint-Jacques ! En effet, c'est ce grand maître qui a réalisé le superbe porche de la Gloire de la cathédrale Saint-Jacques !

Calme, sobre et beau, ce cloître est bien un lieu propice à la méditation. Nous nous interrogeons aussi sur le travail des sculpteurs de granite - une pierre très dure, formée de cristaux et de ce fait très difficile à travailler - matériau de base de tous les monuments que nous avons pu admirer au cours du chemin.

Un peu plus tard, un déjeuner nous réunit chez Manolo, sur la place Cervantès. Puis, nous nous chargeons de nos sacs à dos avant de prendre le bus qui nous conduit à l'aéroport de Saint-Jacques.

À 20 h 15, nous atterrissons à Roissy.

Et maintenant, revenus de notre périple, regretterons-nous le temps qui ne nous était pas mesuré ? Et le silence, ce silence de lumière, de terre, d'eau, d'air, de parfums... de vent, d'oiseaux et... d'amitié ?

Guy, José, Anne-Marie, Jean et Marie-Cécile, Pascal et Véronique, Nine, Alin, François, Bernard, Gilbert, Ursula, Pierre, Vincent, notre migration annuelle d'octobre 2012 vient de se terminer !

Ultreia, avec saint Jacques, pour la prochaine.

aller en haut de la page

clic

sommaire du site

clic

légendes jacquaires

clic

images du site

clic

itinéraire

clic

autres textes et traductions

clic