MON PÈLERINAGE AU COURS DE L'ANNÉE SAINTE 2004 ENTRE NARBONNE-PLAGE ET LOURDES SUR LA VOIE JACQUAIRE DU PIÉMONT PYRÉNÉEN.

par Pierre Genin
Président de l'Association Belge des Amis de Saint Jacques de Compostelle (A.S.B.L.)

C'est par la prière que le pèlerin donne un sens véritable et profond à sa démarche. J'ai "tenu" pour Christophe, âgé de 25 ans et atteint de la sclérose en plaques. Sa Maman m'avait demandé de prier pour lui. Je suis sûr qu'il va guérir complètement. À Fanjeaux, dans le monastère des Dominicaines, une femme s'approche de moi et me dit : "Vous êtes pèlerin ?" "Oui !" répondis-je. "Alors, priez pour Yolande, mère de trois jeunes enfants, chez laquelle on vient de déceler un cancer." Ces deux malades m'ont sans doute permis de continuer ma route aux moments de doute ou lorsque c'était trop dur.

En quinze jours de marche, j'ai parcouru 380 kilomètres. Ce qui fait une moyenne de 25 kilomètres par jour. C'est amplement suffisant et cela permet de profiter positivement de la démarche pèlerine sans s'abrutir et sans fatigue excessive. À l'heure où Lance Armstrong vient de remporter sa sixième victoire au Tour de France, je termine discrètement mon pèlerinage que je viens, moi aussi, à ma façon, de réussir. Lui est un champion entrant dans la légende et l'histoire du Tour, un héros connaissant la gloire, riche et adulé, entouré de ses gardes du corps, moi pauvre pèlerin ayant couru pour une couronne impérissable, méconnu de tous et loin des caméras, sur un chemin d'humilité. "Tous les athlètes s'imposent une ascèse rigoureuse ; eux, c'est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable." 1 Co 9,25.

Note ajoutée quelques années plus tard : Lance Armstrong a perdu ses titres et ses maillots jaunes pour dopage. Il a également été radié à vie de toutes compétitions sportives.

Et pourtant dans les jours précédents le départ, quelle trouille ! Jusqu'au matin même du départ ! Quelle angoisse... cette panique métaphysique qui fait douter le pèlerin du sens même de son entreprise. Je crois que tous les pèlerins la connaissent, cette peur viscérale qui vous vide de l'intérieur. D'autant plus quand on connaît la dureté de la démarche, ses difficultés aussi. Avec ses éternelles rengaines qui assaillent le pèlerin : " Mais qu'est-ce que tu vas aller faire là-bas ? Marcher, mettre un pied l'un devant l'autre ! ça, c'est malin, hein ? N'aurais-tu rien d'autre à faire plutôt que de t'investir dans une démarche tellement banale ? Tu vas devoir te démener pour trouver ta nourriture, un lit, un toit. Et puis, le soleil caniculaire des mois d'été et la pluie qui te tombera dessus ! Et les kilomètres qui font plus de 1000 mètres  ? Ne préfères-tu pas rester chez toi où tu as l'eau chaude et l'eau froide en quantité, ton frigo est toujours trop rempli. Tu bénéficies d'un confort qui te convient et tu vas te placer dans un inconfort permanent. Non, je ne comprends vraiment pas ce que tu vas faire en pèlerinage ! "

Et pourtant il part, le pèlerin. Il ose ! Il entame son aventure ! Il se lance à l'eau, sans être absolument sûr d'arriver de l'autre côté de la rive ! Il a l'audace des aventuriers qui se lancent dans leur périple sans trop réfléchir, sans trop compter. L'espérance qui l'habite est plus grande que la grande tentation de la sédentarité.

Chemin de dépouillement aussi : mon sac à dos pesait 6,6 kilos sans l'eau et la nourriture. Mais mon rêve, c'est de ne pas devoir porter de sac à dos. Je n'avais ni appareil photo ni carnet de route.

À Narbonne-Plage, je trempe mes pieds dans la Méditerranée et ne peux m'empêcher de penser à l'Océan Atlantique où les pèlerins font le plongeon en rite de purification en vue de se régénérer. À Lourdes, pour la première fois de ma vie, je sacrifie au rite de la piscine, de son eau glacée : ce fut certes un grand moment.

Le pèlerin est très seul sur la voie du Piémont entre Narbonne et Lourdes. Ainsi est-il face à lui-même. Il ne peut être que vrai. Les rencontres y prennent un sens et une valeur accrue. Échanges de paroles, rencontres au sommet, le pèlerin se livre un peu et repart avec les éternels : " Priez pour nous à Compostelle  !  " Chemin de solitude où le pèlerin se forge un caractère à toute épreuve. Nourri au silence du chemin, ses rencontres sont d'autant plus vraies que ses paroles riches et enrichissantes.

Après quatre jours de marche et ses seulement 80 kilomètres, je suis à Carcassonne. J'ai la tête dans les talons et les ampoules me font mal. Je décide d'abandonner. Après mûres réflexions par une fin d'après-midi beaucoup trop chaude, je vais à la gare pour acheter un ticket de train pour me rendre à Lourdes, but espéré de ma pérégrination. En trois heures de train et pour moins de 30 Euros, le tour était joué ! Mais j'abandonnais... Le lendemain matin à 8h30, je suis assis dans la gare face au guichet et suis intérieurement tiraillé. Continuer ou ne pas continuer : telle est la difficile question que je me pose. Je m'approche du guichet, je recule et vais me rasseoir. Puis je réfléchis : " T'es venu ici pour marcher, pour prier, pour accomplir un pèlerinage  ! Tu savais que ce serait dur. On ne t'a jamais dit qu'une telle démarche est facile " Aux Amis de Saint Jacques, les informateurs disent : "N'abandonnez pas sauf pour raisons de santé !" Une phrase me traverse l'esprit comme un éclair : "  Lève-toi et marche !  " Je me lève, j'approche une nouvelle fois des guichets et je revends mon ticket... Marche, pèlerin, c'est ça la vie ! Tu es fait pour la route. Pas une seule fois par la suite je n'ai regretté d'avoir poursuivi mon aventure pèlerine. Au contraire, l'épreuve de la tentation de l'abandon surmontée, je me suis senti plus fort pour poursuivre ma pérégrination à pied jusque Lourdes et sans beaucoup de difficultés.

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Peu de temps après mon départ, j'entre dans une église pour profiter de la fraîcheur et prier un peu. Voici la prière que j'y ai trouvée et que je récitais de temps en temps tout au long du pèlerinage. Elle est signée par André du Burkina Faso pour les Oeuvres Pontificales Missionnaires.

Seigneur, que ce jour soit lumière  !  Qu'avec d'autres, je participe à la construction d'un monde plus humain. Donne-moi le courage et l'entrain pour faire le premier pas vers les autres. Pour donner ou recevoir un sourire, pour dire ou recevoir un bonjour, pour plaisanter avec les autres. Rends-moi heureux et d'une humeur communicative. Que d'autres, grâce à moi aient plus de cœur à vivre. Et que moi, grâce à eux, j'ai plus de cœur à vivre. Père, accorde-moi ton Esprit pour qu'à travers ce que je fais ce soit Toi qui te révèles...

Entre Carcassonne et Fanjeaux, je rencontre une pèlerine : Laurence. Elle va à grands pas et à grande vitesse jusqu'à Compostelle. Jusque Lourdes, je la croiserai plusieurs fois dans la joie des amitiés pèlerines. Elle aussi aura des ampoules au talon, à un tel point que je croirai l'avoir lâchée... En fait , nous avons, à peu près, parcouru les mêmes étapes, logeant, sans le savoir, dans le même village sinon dans les mêmes refuges, hôtels ou bâtiments. À Lourdes, elle restera au Foyer Hospitalet Ave Maria le temps d'une nuit, avant de continuer vers Santiago par le col du Somport. Volontaire, je suis sûr qu'elle y arrivera !

C'est cœur ouvert à lui-même, aux autres et à l'Absolu qui habite en lui que le pèlerin évolue et progresse sur son chemin de pèlerinage. Développant une sensibilité et une émotivité à fleur de peau, il est alors prêt à rencontrer ses soeurs et frères pèlerins pour échanger en profondeur dans un cœur à coeur sincère et nourri de l'intérieur.

Pendant ces trois semaines de pèlerinage, j'ai eu tous les temps : canicule entre Narbonne et Carcassonne ; gris, maussade et pluie entre Carcassonne et La Barthe-de-Neste. Froid du côté de la région des ours du Cagire. Et violent orage à Saint-Jean-Pied-de-Port. Heureusement, j'avais deux armes secrètes : mon parapluie attaché à mon bourdon et un pull glissé au fond de mon sac à dos.

À Fanjeaux, patrie de saint Dominique, je suis impressionné par ce petit village perché sur une colline aperçue déjà 10 kilomètres plus tôt, dès la sortie de Montréal où je ne loge pas. Je suis remarquablement accueilli par Sœur Marie-Agnès. Au moment du petit déjeuner, je rencontre Sœur Marie-Elisabeth, religieuse à Lourdes que je reconnais grâce à son pin's représentant la Sainte Vierge. C'est elle qui m'invitera au Foyer l'Hospitalet Ave Maria et qui me retiendra une chambre pour trois nuitées. Cette religieuse s'est spécialisée dans l'accueil des pèlerins de Saint-Jacques voulant séjourner à Lourdes. Elle met le tampon sur les crédenciales et les délivre également. Rencontre providentielle s'il en est une ! Je suis attendu à Lourdes : cela aussi m'aidera à avancer. Au forum d'informations des sanctuaires, on y délivre également la crédenciale et les tampons. 180 pèlerins ont été recensés en l'espace de 4 mois.

À Cazaunous, je suis hébergé chez Monique et son fils Jean. L'auberge de la fin d'étape prévue était fermée. Le maire a refusé que je m'installe dans la salle municipale. Je poursuis ma route et entame l'étape du lendemain. Monique et Jean m'accueillent remarquablement comme si j'étais de leur famille. Discussion, rencontre, repas et pique-nique du lendemain me sont grâcieusement offerts. Merci à tous les deux ! Merci pour cette rencontre providentielle qui m'a certainement aidé à avancer. Le lendemain, je n'ai pas rencontré l'ours du Cagire, récemment réintroduit dans les Pyrénées, il y a quelques années déjà. De toute façon, il aurait eu à bien se tenir  !  J'avais mon bâton...

À Saint-Just, je visite l'église où une vitrine contient bourdon et coquille d'un pèlerin retrouvé au cimetière de l'église. Oui, oui, je suis bien sur une voie jacquaire où la mort est parfois présente. Je prie le Frère Marc Delville décédé lors de son premier jour de pèlerinage en juin dernier alors qu'il venait de quitter sa communauté de Ciney, 30 kilomètres après son départ en route pour Compostelle.

À Saint-Bertrand de Comminges et sa monumentale église, je logerai à l'ancien hôpital chez Madame Uchan. Saint Benoît-Joseph Labre y a logé quinze jours en 1773 suite à une injustice commise à son égard. En effet, alors qu'il soigne auprès d'une source une personne violentée, les gendarmes lui tombent dessus et l'accusent de coups et blessures. Le vagabond Benoît est mis au cachot de la bourgade. C'est la personne molestée qui témoignera, peu de jours après, que Benoît, en bon Samaritain, la soignait. Une statue du saint se trouve à l'intérieur de l'église et un espace vert lui est consacré au lieu de l'ancienne source.

Chemin de prière. Le pèlerin qui transcende sa prosaïque démarche du pied devant l'autre répété indéfiniment tiendra jusqu'au bout de celle-ci. C'est vrai que la prière permet d'avancer et de donner un sens aux kilomètres parcourus. Ceux-ci paraissent même parfois plus faciles, plus rapides et moins longs et pénibles à assumer.

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À Lourdes devant la grotte, terre sainte d'apparition, je pense à un autre sanctuaire cher à mon cœur : Compostelle. Les pèlerins touchent de leur main la grotte des apparitions. À Compostelle, ils effleurent l'arbre de Jessé où trône saint Jacques en majesté. La foule de Lourdes me fait penser à la foule pèlerine de Compostelle. C'est de Lourdes qu'en 1990, j'étais parti pour accomplir mon premier grand pèlerinage jusqu'à Compostelle. La boucle est bouclée ! Là, à Lourdes, cité de la foi, je m'y sens bien. Marie, Mère du Christ, y est vénérée et aimée par tous les croyants.

À Lourdes, l'Église souffre : que de malades sont présents, aidés par les nombreux soignants dévoués et bénévoles. À Compostelle, arrivent seulement les forts : ceux qui ont géré leur pèlerinage et qui l'ont réussi assumant, au jour le jour, dans une quotidienneté d'une rare banalité, une multitude de journées. À pied ou en vélo, ils en ressortent grandis : une volonté à toute épreuve, une endurance et une persévérance s'inscrivant dans la durée, aidés de la prière permanente, les pèlerins réussissent leur pèlerinage.

Au moment des apparitions, la Vierge a dit : "Lavez-vous !" Le pèlerinage n'est-il pas un grand moment de ressourcement où le pèlerin, comme un saumon qui remonte le courant, descend à la source de son cœur pour s'y abreuver. Il a soif de l'eau divine qui coule en lui. Le pèlerin n'est-il pas semblable à la Samaritaine qui dit au Christ : " Donne-moi de cette eau afin que je n'aie plus soif ! "

À Lourdes, je prends le train pour Saint-Jean-Pied-de-Port pour aller à la rencontre des pèlerins. Entre Bayonne et Saint-Jean, ils sont une quinzaine dans le même wagon, très lourdement chargés. Paniquant à mort, se demandant ce qu'ils étaient en train de faire là. Angoissés comme tous les pèlerins à l'aube de leur aventure. Qui n'a pas connu cette angoisse ne sait peut-être pas ce que pèlerin veut dire ! Ils ont besoin de réconfort et de paroles rassurantes. Je leur dis : " Oui, c'est possible. Tu vas le faire, toi aussi !" C'est possible ! N'est-ce pas cela finalement le message que notre association jacquaire fait passer auprès de toutes celles et ceux qui nous approchent en venant aux informations.

À Saint-Jean-Pied-de-Port, les pèlerins sont là, fraîchement débarqués du train, jetés sur le Camino au pied des Pyrénées, éberlués d'être là, mais là tout de même. Ils ne savent pas encore qu'ils vont vivre une des plus belles aventures de toute leur vie. Une démarche complète dont ils auront tant de mal à se remettre. Dans le secret de leur cœur et de leurs motivations, les pèlerins se mettent en route pour une expérience de vie dont ils ne soupçonnent nullement toute la richesse et les conséquences à long terme. L'aventure pèlerine va prendre une telle place dans leur vie que ce pèlerinage deviendra bientôt l'expérience de leur vie.

Telle Irène, la jolie Italienne, qui panique et qui ne se sent pas capable. Elle pressent sans doute que ce pèlerinage qu'elle entame n'est pas une expérience banale, mais une expérience qui risque de changer sa vie. C'est pour " se reconstruire " qu'elle est là au pied des Pyrénées, sans donner d'autres explications que je ne lui demande par ailleurs pas. Je lui dis : " Oui, c'est possible ! Tout à fait possible !" Elle réussira, j'en suis sûr, car elle a l'humilité des forts qui entreprennent et réussissent leur expédition pèlerine en se sachant déjà dépassés par leur démarche.

À Saint-Jean-Pied-de-Port, je n'ai pas résisté au plaisir suprême d'aller à la rencontre des pèlerins. Pour raccourcir la traversée des Pyrénées, beaucoup n'hésitent pas à se rendre jusqu'au refuge de Hounto, à huit kilomètres du village, pour y passer leur première nuit. Les autres préfèrent attendre le lendemain matin dès l'aube, pour entamer, par la Route Napoléon, la plus belle étape de tout le Camino. J'aime le bruit des pas et des bâtons qui martèlent les pavés de la rue principale du vieux village encore endormi. Je loge chez l'habitant au 24 rue de la Citadelle et, réveillé par ces bruits de martèlement, je salue, à leur passage les pèlerins par un "Buen Camino" et un "Vaya con Dios ! ".

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À Saint-Jean-Pied-de-Port, je vais rendre visite au curé : le Père François Garat. Il me reconnaît. Nous nous étions rencontrés vers Portomarín alors que nous étions sur le point de terminer notre pèlerinage. C'était en 2001. Incognito, il achevait son pèlerinage. Il m'annonce que la paroisse a hérité d'une maison à condition de la convertir en refuge pour pèlerin. Ils auront besoin d'hospitaliers. Je lui demande de me tenir au courant pour d'éventuels futurs hospitaliers belges. Par ailleurs je lui parle du projet que nous avons, au niveau de l'Association belge, de tenir un refuge à La Bessenoits, 18 kilomètres après Conques sur le GR65.

Je vais également au refuge de la Citadelle tenu par l'Association des Amis de Saint-Jacques des Pyrénées-Atlantiques. Les hospitaliers sont débordés : gérer les touristes qui viennent aux informations et les pèlerins qui débarquent du train qui en quête d'une crédenciale, qui en quête d'un refuge pour y passer la nuit. Ils ne savent plus où donner de la tête. Ils cherchent des hospitaliers, eux aussi. J'y rencontrerai leur président qui me donnera la procédure à suivre pour devenir hospitalier... Refuges et chambres pour pèlerins chez l'habitant se sont multipliés dans la rue principale de Saint-Jean-Pied-de-Port.

Cheminer ! Oui, c'est cela qu'ils font les pèlerins de saint Jacques. Et cheminer, n'est-ce pas, par une démarche extérieure, faire un petit pas de plus vers l'intérieur de soi-même où l'homme d'aujourd'hui a tant de mal à se tourner ? Cheminer, c'est prier avec ses pieds. Cheminer, c'est avancer sur le chemin de la sainteté, toute pèlerine, certes ! Cheminer, c'est progresser vers l'intérieur de soi-même ! Cheminer, c'est aussi se tourner vers les sœurs et frères pèlerins rencontrés sur la route, mais aussi vers ce Dieu de vie, que trop souvent, nous laissons sommeiller au plus profond de nous-mêmes.

Par la solitude parfois difficile à assumer, par la prière toujours imparfaite, le pèlerin progresse sur un chemin d'humilité qui le fait grandir aux yeux de Dieu. Par la marche lente, le pèlerin redécouvre de nombreuses valeurs dont notre société, dite moderne, est si peu friande. Je pense à l'effort gratuit et désintéressé, au silence qui permet le cœur à cœur avec soi-même et avec l'Absolu, la disponibilité aux autres rencontrés dans un dialogue court et profond où chacun échange et partage le meilleur de lui-même. Que de confidences ainsi échangées et partagées ! Que de secrets ainsi portés ! Que de "Priez pour nous à Compostelle " entendus sur le chemin de Saint-Jacques... Chargé de mission, le pèlerin chemine, avance, progresse d'ultreia en ultreia, d'horizon en horizon vers plus grand que soi  !

À propos du topo-guide que j'ai suivi : il est bien fait et est fiable. Il emprunte malheureusement beaucoup trop de petites routes goudronnées sur lesquelles le pèlerin a bien du mal à avancer. Le chemin n'est pas balisé sauf exception régionale. Les auteurs sont Véron Jacqueline et Georges. Le titre est Le Chemin du Piémont pyrénéen vers Saint-Jacques-de-Compostelle, De la Méditerranée à Roncevaux, chez Rando Éditions. Vingt-quatre étapes permettent de parcourir les 552 kilomètres, soit une moyenne de 23 kilomètres par étape ; distance que tout pèlerin doit pouvoir, en moyenne, assumer quotidiennement.

À mon retour dans mon courrier, une carte postale de Puente la Reina écrite par deux anciennes élèves informées au Gallego (1) qui m'écrivent : " On vous maudit car on a les pieds en compote mais on vous remercie de tout cœur car on passe un super voyage !" Un mot qui résume à lui seul la démarche jacquaire.

C'est sûr, ce pèlerinage a encore accru ma passion pour saint Jacques et son beau pèlerinage. Mon souhait est que les pèlerins soient de plus en plus nombreux sur tous les chemins de Saint-Jacques et qu'ainsi, ils vivent, à leur tour, une expérience de vie exceptionnelle. Cela ne me dérange nullement que sur les " pérégrinautoroutes " les pèlerins se bousculent... Que les autorités civiles et religieuses ainsi que les autochtones profitent du passage des pèlerins pour les aider le mieux possible à vivre au mieux leur grande aventure. L'inconfort vécu par ces milliers de pèlerins est fortement compensé par tout ce que la démarche leur apporte en profondeur. Et puis, pour les solitaires ou ceux qui ont besoin de solitude pendant leur pèlerinage, il y a tellement de chemins alternatifs qui conduisent à Compostelle : Le Chemin de Séville, celui du Nord ou de la Côte, celui de Madrid. En France, la Voie d'Arles et la Voie historique de Vézelay sont de bonnes alternatives au chemin du Puy-en-Velay fort fréquenté : les topo-guides sont au point et les refuges de plus en plus nombreux. Le chemin de Tours est encore méconnu ainsi que la Voie du Piémont que je viens de parcourir jusqu'à Lourdes.

Par ce pèlerinage, j'ai brisé la routine de la vie de tous les jours. J'ai vécu des vacances actives : 1000 jours de pèlerinage plutôt qu'un seul jour allongé sur une plage à faire bronzette. Mais là aussi, à chacun son chemin  !

La seule façon de réussir un pèlerinage, c'est finalement de le gérer au mieux. Ne pas vouloir faire trop de kilomètres par jour. S'arrêter avant que l'overdose kilométrique n'arrive. Gérer son alimentation en mangeant de la façon la plus équilibrée. Veiller à sa santé et soigner les ampoules et gerçures toujours possibles... Savoir partir tôt, avant la grande chaleur. Ne pas se laisser impressionner par le mauvais temps (canicule ou pluie) ou les kilomètres qu'il reste à parcourir. À chaque jour suffit sa peine  ! Peut-être aussi accepter de ne pas vouloir tout gérer en laissant une belle place à l'imprévu et à la Providence.

Ce pèlerinage marial jusque Lourdes à partir de Narbonne-Plage fut, pour moi, une grande grâce au cours de cette année jubilaire et compostellane 2004. J'en remercie saint Jacques, sainte Marie, tous les saints et leur patron : le Seigneur Jésus-Christ. Ce nouveau "petit" pèlerinage de 400 kilomètres, j'espère l'avoir accompli grandement  ! En tout cas, pour moi, ce fut un grand moment.

Ce pèlerinage sera-t-il le dernier  ? Je n'en sais rien  ! Je répondrai par le poème d'Aragon : "Et si c'était à refaire, referais-je ce chemin ?" Je garde la réponse au plus secret de mon cœur !

Ultreia !

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(1) Lieu oú l'ASBL tient des permanences à Bruxelles.

©Pierre Genin


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Association Française des Pèlerins de Saint Jacques de Compostelle