ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE


PÈLERINAGE de l'AFPSJC sur la VIA de la PLATA par Élisabeth VUILLEMIN ©

Martyre de saint Jacques par Zurbaran

Martyre de saint Jacques

par Zurbaran (Prado)

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Jeudi 26 septembre 2013

Un bus nous conduit de l'aéroport à la place d'Armes de Séville. C'est dans cette partie historique de la ville que se trouve le couvent de Santa Rosalia où nous passerons deux nuits.

Une fois installés, nous entreprenons la visite de Séville, capitale de la province de Séville et de l'Andalousie. Tiens, ce grand bâtiment, c'est l'ancienne manufacture royale de tabac transformée en université  ! Nous pensons immédiatement à Carmen ! C'est en passant devant des palais, des églises, des musées, des jardins, de beaux bâtiments que l'incroyable mélange de styles nous frappe.

Nous gagnons le quartier de la cathédrale dont nous faisons le tour. Cet immense édifice fut construit à partir du quinzième siècle à la place de la grande mosquée almohade du treizième.

Des maisons aux superbes balcons en fer ouvragé encadrent les places. De nombreux bâtiments à étages, de caractère arabe, attirent notre attention. Les arcs des fenêtres sont polylobés et les murs recouverts de carreaux de faïences aux vives couleurs.

Dans les rues commerçantes, de grandes toiles de couleur écrue fixées soit à des anneaux fichés dans les murs des maisons ou attachées à de très longs mâts, protègent notre balade d'un soleil trop ardent.

Plus tard, un bar de la place Gavidia nous accueille pour le repas. L'air est doux, les conversations animées, la rue très vivante. Après le dîner (morue ou poulpe), nous nous promenons autour de la cathédrale illuminée et pouvons nous rendre compte de la beauté des ornementations sculptées de la Giralda. Cet ancien minaret est un chef-d'œuvre d'art almohade. Décoré d'arcs et d'entrelacs raffinés, converti en clocher au seizième siècle, cette tour présente dans sa partie supérieure un décor surmonté de la statue du Giraldillo, lourde girouette tournant au gré des vents, symbole de la foi chrétienne qui se diffuse dans toutes les directions de la rose des vents.

Nous nous promenons dans le quartier juif. Et pourquoi ne profiterions-nous pas de l'offre d'un cocher pour faire la visite en calèche proposée par les guides locaux ! C'est alors que serrés dans la voiture, nous faisons une visite nocturne très intéressante. Voilà le bâtiment des archives des Indes, l'hôpital, les murailles de l'Alcazar, un théâtre, des palais, l'université, les jardins de Murillo. Nous nous promenons longuement dans le parc de Maria Luisa dont la végétation est luxuriante. Ce parc a été aménagé par le paysagiste français Jean-Claude Forestier, conservateur du bois de Boulogne. La calèche nous fait passer ensuite devant des fontaines, des tonnelles, des monuments, notamment la statue de Cervantès et celle de Cortés. Nous passons devant d'anciennes murailles, près de l'un des plus remarquables bastions de défenses de la ville : la tour de l'Or, tout en longeant au petit trot le Guadalquivir aux eaux vernies par l'éclairage nocturne de la ville. Charmés par cette jolie promenade, nous dressons un petit plan pour les visites du lendemain et nous endormons paisiblement dans la quiétude du couvent Santa Rosalia.

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Vendredi 27 septembre 2013

SÉJOUR À SÉVILLE

Un bar nous accueille pour le petit déjeuner puis nous nous rendons à la cathédrale. Ce matin, très peu de monde se presse à l'entrée du monument. Entrons. Une messe va être célébrée. C'est une grand-messe. Nous sommes un peu surpris parle caractère festif de l'office concélébré par plusieurs prêtres et animé par l'orgue. Mais quelle joie d'entreprendre notre Camino de cette manière !

L'office terminé, nous profitons de la tranquillité de ce beau lieu pour le visiter, tranquillement. Le retable gothique du chœur attire notre attention. Les belles sculptures racontent la vie du Christ.

Mais, qu'est-ce, ce grand monument dans la pénombre sur le bas-côté ? C'est l'impressionnant mausolée de Christophe Colomb ! Quatre porteurs de haute taille regardent au loin. Le lourd cercueil ne semble pas peser sur leurs épaules ! Les riches ornements de leurs surplis : lions, couronnes, petites fleurs, symbolisent les royaumes de Castille, Léon, Aragon et Navarre. La dépouille du navigateur a été ramenée de La Havane en 1898, à la fin de la domination espagnole de l'île. Par son importance, ce monument veut témoigner de la puissance de la religion catholique à travers le monde.

Nous déambulons dans les cinq grandes nefs qui abritent un grand nombre de chapelles très décorées, dorées, ornées de travaux d'orfèvrerie, et garnies de peintures.

Mais il est l'heure de sortir. Nous demandons le sello de la cathédrale puis sortons rapidement. Derrière nous, les portes sont déjà verrouillées ! Les entrées payantes vont pouvoir commencer.

Vous ai-je précisé que cette cathédrale gothique porte le nom de Notre-Dame du Siège de Séville ? Sans doute en rapport avec l'histoire très compliquée de cette ville.

Et maintenant, qu'allons-nous découvrir ? Nous examinons le plan et décidons d'aller visiter le Jardin d'Espagne. C'est un grand ensemble de style baroque. La façade de ce monument s'arrondit autour de bassins alimentés par des pièces d'eau elles-mêmes agrémentées de ponts sculptés recouverts de faïences. Briques, faïences et marbres sont présents partout. Des panneaux colorés illustrent les provinces espagnoles, les éléments de la nature, ou les grandes découvertes. C'est un ensemble baroque extrêmement vivant, coloré et agréable.

En poursuivant notre visite de la ville nous traversons des parcs : tiens ! voici un bâtiment qui date de l'exposition universelle, voilà le musée de la Navigation et plus loin le musée des Arts et Traditions populaires... et une statue de Don Quichotte.

Les ruelles et les rues très animées nous indiquent que c'est l'heure du déjeuner. Un bel établissement nous attire : c'est un bar à tapas qui offre le décor d'un ancien bain maure avec ses voûtes, ses colonnes et ses faïences colorées.

Après le déjeuner, nous continuons notre découverte de la ville en admirant les boutiques qui célèbrent le flamenco à travers la présentation d'élégantes robes colorées ; d'autres magasins magnifient l'art des matadors avec de grandes et belles photographies de taureaux et de brillants toreros. L'imposante statue d'un homme prêt à affronter une bête nous rappelle que la tauromachie est très appréciée à Séville.

Nous prenons plaisir à longer le Guadalquivir, passons devant l'école française de Séville, contemplons les rives du fleuve paisible. Un peu plus loin, les boutiques de potiers du quartier de Triana où les artisans fabriquent des azulejos, offrent des céramiques aux motifs très chargés ; le bleu est très présent dans les émaux. Certes, de beaux modelages attirent notre attention, mais le visiteur se rend vite compte en passant devant nombre de boutiques fermées, d'ateliers qui attendent un nouveau propriétaire, que le secteur de la céramique est touché par la crise économique.

Un peu plus tard, nous traversons un marché couvert, reprenons à présent le pont Isabel II puis l'avenue des Rois Catholiques. Nous plongeons toujours en pleine histoire : les noms des rues nous parlent de la reconquête espagnole, de l'aventure des grandes découvertes avec leurs amiraux et leurs capitaines, les métaux précieux, la découverte de nouveaux produits alimentaires tels que le cacao, le maïs et la pomme de terre.

Il nous reste encore un peu de temps, alors allons visiter le musée des Beaux-Arts niché dans un quartier très pittoresque. Ici, le dessous des balcons est presque toujours décoré d'azulejos très colorés. Le promeneur avance en levant la tête pour admirer les céramiques sous lesquelles il passe. Jusqu'où l'aisance des propriétaires va-t elle non pas se cacher, mais se montrer ?

Le musée des Beaux-Arts est logé dans un ancien couvent "La Merced" ; ses vastes salles sont distribuées autour de trois cloîtres. On trouve ici la peinture espagnole du Moyen Âge à nos jours.

Passons d'abord dans les vastes salles consacrées au Siècle d'Or espagnol : le dix-septième qui met l'art baroque au service de la Contre Réforme. Contemplons les portraits de Vélasquez, un maître du clair-obscur, les natures mortes et les portraits de Zurbaran, les scènes et les portraits délicats de Murillo. Les peintures sont de très grande taille puisqu'elles étaient destinées à l'ornementation des églises, des monastères, des couvents, des palais pour l'édification des chrétiens. Avançons maintenant vers un tableau plus petit que les autres. C'est un ravissement. La Vierge et Enfant à la serviette, de Murillo, est une œuvre marquée par une grâce étonnante.

La Vierge, assise en retrait, se tient dans le fond et présente son enfant aux visiteurs. Dans cette peinture, Murillo a mis toute sa délicatesse. Les yeux lumineux et expressifs de l'enfant expriment le bien-être, une grande vivacité, mais aussi une intensité intérieure surprenante
Ce joli bébé
C'est ton Jésus,
Ces yeux brillants
C'est ton Jésus,
Ce sourire magnifique
C'est ton Jésus,
Ces petits bras tendus vers nous,
C'est ton Jésus,
Cette gracieuse invitation,
C'est pour Murillo, certes,
Mais, c'est peut-être aussi,
Pour nous, Marie

Nous admirons encore de nombreuses œuvres mais en voilà une, forte en couleurs, aussi large que la salle : c'est une œuvre de Gonzalo Bilbao, un peintre de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième siècle.

Ce tableau nous plonge dans une interprétation de la réalité d'un atelier de cigares fin dix-neuvième. Plusieurs secteurs de la fabrique sont représentés. Depuis la livraison des feuilles jusqu'à la fabrication des petits rouleaux de feuilles de tabac. Les couleurs vives, curieusement, éclairent magnifiquement la pause déjeuner, à droite, dans laquelle on sent vibrer la joie, la vie des cigarières. Serait-ce Carmen, cette jolie femme rieuse ? Les femmes qui travaillent sont nettement moins éclairées. Les couleurs plus sombres accentuent l'impression d'une tâche qui pèse. Les visages trahissent la tristesse, l'ennui. Ce qui est intéressant c'est de voir qu'à côté de cette œuvre, le musée a pris soin de présenter l'esquisse de ce tableau. Alors, les différences sont criantes. S'opposant à la joie des cigarières qui illuminent le grand tableau à droite, le peintre a représenté une femme vêtue de sombre enfilant les feuilles de tabac sur une grande table. Serait-ce un autre visage de Carmen ? Les joyeuses cigarières du tableau ont disparu. L'esquisse présente avant tout ce qui était probablement une tâche mécanique, monotone, aux horaires trop chargés. Le peintre détaille les différentes phases de la fabrication à travers des femmes aux visages fanés ou manquant d'expression. Pour quelles raisons le peintre a-t-il fait un choix si différent dans son œuvre définitive ? À nous de formuler des hypothèses.

Ce beau voyage dans le monde de la peinture terminé, nous gagnons la place des Armes en longeant les murs fortifiés de l'Alcazar. Après un joyeux dîner, nous passons notre dernière nuit dans la capitale andalouse. Olé !

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Cigarreras de G.Bilbao, Séville

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SAMEDI 28 SEPTEMBRE 2013.

SÉVILLE - GUILLENA.

7 h 45 ! Il fait encore un peu sombre ; de gros nuages immobiles et serrés semblent augurer la pluie. Mais nous sommes impatients de prendre le chemin ; alors, qu'importe ! Un vent léger nous souffle des parfums de jasmin. D'un pas rapide, nous passons dans la rue des Rois catholiques, gagnons le pont Isabel II, traversons le Guadalquivir dont la balustrade garnie de petits cadenas et de chaînes légères raconte les sentiments puissants des amoureux de Séville. Rappelons-nous que nous sommes dans le pays de Chimène et de Carmen ! Quelques gouttes de pluie nous mettent en alerte : vite l'imperméable et, soudain, une pluie battante s'abat sur nous. Nous trouvons des abris dans des encoignures des maisons, mais nous sommes trempés. Au bout d'un long moment, l'averse se calme et nous commençons à suivre les flèches jaunes après le pont. Les derrlières rumeurs de la ville se sont éteintes. Nous voilà maintenant pataugeant dans une décharge dont l'odeur nauséabonde nous pousse à marcher vivement. « Bon voyage ! » nous crient des passants. Ponts, entrepôts de grues se succèdent. Voilà un sentier de halage. Ici, nous respirons à pleins poumons car l'odeur des eucalyptus plantés autour d'une ferme nous rappelle, avec le jasmin, les bonnes odeurs de nos pèlerinages. Eh oui, nos pèlerinages ont des parfums.

Nous avançons au milieu de plantations d'oliviers et de coton. Le vent commence à souffler très fort mais notre pas est décidé.

Au-dessus de nos têtes, le désordre des nuages gris ne nous dit rien qui vaille. En longeant de grands espaces aux herbes brûlées, nous passons devant un vieux château, puis d'un important haras de chevaux. La route ondule maintenant. Mais, que nous signalent les panneaux devant nous ? Nous apprenons que nous traversons un secteur historique important puisque des fouilles nombreuses ont permis de dégager les sites romains d'Italica : cirque, pavages, arène. La photo de la statue de Trajan, empereur romain du premier siècle, dans un bar, nous permet de mieux comprendre encore les raisons pour lesquelles les petites villes sont assez nombreuses le long de la Via de la Plata, voie capitale pour les Romains. C'est ici que se déroulèrent des guerres et que le commerce put se développer avec les exportations d'étain, d'huile d'olive, de vin et d'or avant de gagner le nord de l'Espagne. C'est par toutes ses routes que le monde romain affirmait sa force et sa supériorité au monde qui l'entourait.

Suivons à présent l'allée de grenadiers qui nous mène à Guillena. Nous admirons les jolis fruits qui illuminent les arbres puis gagnons notre gîte pour y passer une bonne nuit.

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DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 2013.

GUILLENA - CASTILBLANCO DE LOS ARROYOS.

Le soleil commence à se lever, il est 8h15. Nous sortons de la petite ville et avançons sur une route bordée d'althæas, de rosiers et de bougainvillées. Nous franchissons un portail qui nous permet de suivre le Camino au milieu d'une vaste prairie. Les flèches jaunes sur les troncs d'arbres et sur de grosses pierres balisent la voie qui nous mène au milieu de grandes plantations d'abricotiers, d'orangers et d'oliviers qui agrémentent ce beau chemin de terre rouge. Plus loin ce sont des orangers, des palmiers et des buissons épais qui croissent sur des étendues caillouteuses et sableuses. Attention ! Avançons avec prudence car des ornières très profondes creusent le sol sur de grandes largeurs et comme la dénivellation est assez importante, progressons lentement pour ne pas glisser.

Ouf ! la partie la plus difficile a été surmontée. Maintenant, au loin devant nous, s'étire une jolie petite ville aux maisons blanches. Passons devant quelques grandes propriétés et nous voici arrivés à Castilblanco de Los Arroyos la bien nommée, puisque arroyos signifie ruisseaux et que cette étape s'est déroulée sur un sol instable.

Rendons-nous à l'auberge des pèlerins. Là, nous apprenons que Guy a glissé dans le chemin. Fort heureusement, c'est un petit accident. Le côté droit de son visage porte les marques de la chute ; des points de suture ont été nécessaires pour soigner sa main. Et Guy plaisante. Ouf ! Nous sommes soulagés !

Après avoir rangé nos bâtons, sacs à dos et chaussures aux endroits prévus à cet effet, lavons notre linge puis sortons paisiblement nous promener dans la jolie petite ville aux maisons blanches. Des faïences... il y en partout : sur les maisons, sous les balcons, sur les jardinières, sur les murets et sur la fontaine. Les ferronneries des balcons si joliment ouvragés et toujours différents attirent notre attention. L'entrée ouverte de plusieurs maisons, nous frappe par la profusion de carreaux peints de couleurs vives qui recouvrent les murs. Un peu plus haut, le clocher de l'église nous attire. Peut-être aurons-nous la chance de pouvoir visiter une église ? La façade baroque du majestueux monument est riche d'un décor de faïences qui représente une Vierge glorieuse. Mais l'édifice est fermé.

La nuit se passe agréablement et nous faisons connaissance avec un Autrichien de Bayreuth, un grand blessé. Il s'appelle Alexandre et compte effectuer les 900 kilomètres de la Via de la Plata. Quel courage !

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LUNDI 30 SEPTEMBRE 2013.

CASTILBLANCO DE LOS ARROYOS - ALMADEN DE LA PLATA

Nous prenons le petit déjeuner dans un bar où officie un patron qui fait immédiatement penser à un personnage de comédie : râblé, vif, le geste ample et théâtral, il égaie la salle par des reparties pleines de drôlerie, tout en servant jus d'oranges, thé ou café avec une joyeuse bonhomie. Pensifs, mais souriants, des habitués boivent leur premier verre d'alcool. Et nous, nous sommes tout joyeux... Deux mondes...

Il fait encore un peu nuit quand nous quittons le bar. Le ciel est vraiment très menaçant. Nous avançons sur une route monotone, bordée de grandes fermes et pénétrons dans le parc naturel de Berroal. Quelles magnifiques forêts de chênes-lièges  ! Le paysage superbe est vallonné ; le chemin bien indiqué. Tiens des empreintes de chevreuil  ? Et là, d'autres empreintes encore.

À présent nous foulons la voie romaine, puis nous enfonçons nos semelles dans la terre rouge bordée de joncs et de broussailles, de bosquets. Bientôt une rude montée, très caillouteuse serpente vers les hauteurs. Nous attaquons fermement les courbes. Et voilà deux belvédères qui nous attendent. Que nous expliquent les panneaux et les tables au dessus de ce joli paysage que nous venons de traverser ? L'un des panneaux "Mirador Cerro del Cavario" nous indique que l'immense espace des grandes carrières devant lequel nous venons de passer est constitué de carrières de marbre bleu "azul" et qu'outre la production de ce marbre particulier, les mines qui nous entourent permettent ou ont permis l'exploitation de marbre rose et blanc. La malachite, pierre semi-précieuse de couleur verte a été exploitée ici dès 3000 avant Jésus-Christ. Il est précisé que les hommes aujourd'hui sont plus sensibles au fait que les mines affectent non seulement les forêts mais elles empêchent la culture et l'élevage de bovins sur de bonnes terres agricoles. Il en résulte donc un sérieux programme de reforestation des espaces.

Les effets de cette politique sont sensibles. En effet, nous pouvons admirer de beaux massifs forestiers et de grandes étendues de cultures.

En outre, nous apprenons aussi qu'Almaden signifie "la mine" en arabe. Le gisement de mercure d'Almadén a été d'une importance considérable. Ici, en effet, on exploitait aussi le cinabre, minerai qui permet d'obtenir le mercure ; c'est un métal très précieux car, grâce au procédé de l'amalgame, il est devenu possible d'extraire l'or et l'argent des minerais. Ce métal fut d'une importance considérable dans l'histoire delEspagne.

Plus tard, nous nous retrouvons à l'albergue d'Almadén de la Plata et passons une bonne soirée. Dehors, le vent souffle avec force, l'abondante pluie se déverse sur les toits et frappe le sol. Ravis d'avoir pu lui échapper, nous nous glissons avec délectation dans nos sacs de couchage. Bonne nuit !

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MARDI 1er OCTOBRE 2013

ALAMADEN DE LA PLATA - MONESTERIO

Un coq solitaire salue notre départ de l'albergue d'un cri sonore. La ville est silencieuse sous un ciel gris éclairé de stries blanches. Quelques jeunes balancent leur sac dos en se rendant à l'école.

Bientôt le Camino nous fait passer devant de beaux espaces réservés à l'élevage de bovins, de chèvres et de moutons... et nous découvrons les fameux élevages de cochons noirs qui grognent avec gourmandise sous les chênes et les figuiers. Çà et lâ de petits abris dispersés dans les clos permettent à ces bêtes à la peau délicate de se reposer dans de bonnes conditions sans subir les ardeurs du soleil. De solides murs de pierres entourent les clos. Une haute et belle colonne en granit nous invite à prendre le chemin dans le parc naturel. D'impressionnants portails en fer forgé protègent d'immenses domaines agricoles et le chemin se poursuit agréablement dans une zone de figuiers, de chênes et de quelques champs de choux... Nous sommes frappés par l'utilisation de l'ardoise grise, noire et même de couleur rouille qui permet de réaliser de très jolis murs.

Il fait de plus en plus chaud. La menace de la pluie semble définitivement écartée et c'est avec joie que nous rangeons nos imperméables tout au fond du sac. Ravis de pouvoir goûter l'ombre légère et parfumée des eucalyptus, nous passons devant un ermitage puis, plus loin, un magasin situé à côté d'une fabrique de produits provenant des cochons, attend notre visite. Vers treize heures, un pique-nique bien sympathique rassemble quelques pèlerins au soleil, au pied de quelques ruines. Ravi, le petit groupe de gourmands goûte et partage les produits achetés dans la boutique des visiteurs.

La route que nous suivons maintenant est il longue et monotone ; il fait chaud mais notre pas est allègre. Descentes et montées se succèdent invariablement. Et bientôt, nous arrivons à Monestério. Un agréable petit hôtel nous reçoit dans cette ville dédiée au... cochon, à tel point qu'il existe ici un musée du Jambon. Écoutons le guide :

"Sachez que le jambon ibérique est une particularité de la vie économique de l'Estrémadure. C'est dans cette région que se concentre la surface de pâturages la plus importante d'Espagne... Ici, bien adaptés à la rusticité de la terre et à l'alimentation en glands durant la période dite de "montagne", le cochon ibérique vit en liberté. Les pâtures, le climat et les connaissances des maîtres du jambon produisent le meilleur jambon ibérique qui soit."

Une grande installation présente la manière dont poussent les chênes si précieux dans l'alimentation des cochons noirs et les relations qui existent entre cet élevage, la faune et la flore. En outre nous apprenons que les chênes diffusent une lumière tamisée pour que la peau fragile des bêtes ne soit pas abîmée par le soleil. Des présentoirs permettent de comprendre l'évolution des outils et des instruments, ce qui permet de bien saisir l'importance de ce secteur économique. Un petit film retrace l'abattage des cochons noirs. À propos, saviez-vous qu'une belle chair rose nacrée apparaît sous la fine couche de peau noire de la bête sacrifiée ?

Satisfaits de cette visite, nous nous rendons pleins d'espoir à la belle église Saint-Paul en briques, elle est fermée.

Fort heureusement le syndicat d'initiative est ouvert. Une superbe borne milliaire nous accueille dès l'entrée. Les salles du musée évoquent le passé tourmenté de l'Estrémadure soumise par les Romains, puis envahie par les Wisigoths et plus tard conquise par les Arabes. Les belles photos exposées mettent en valeur les voies romaines, les forteresses, les vestiges de ponts, d'arcs de triomphe, d'aqueducs, de villes fortifiées. De jolis clichés de gués et de ponts nous rappellent nos dernières étapes.

Et maintenant, voici les renseignements que nous avons pu glaner sur les fameuses bornes milliaires romaines : " Les voies romaines forment un réseau extrêmement précis qui relie les villes. Ce sont des travaux crées pour les besoins des troupes, pour les marchands et le courrier. À intervalles réguliers, sont plantées des colonnes hautes d'au moins deux mètres et large de quatre-vingts centimètres avec une solide base cubique qui permet une très bonne implantation dans le sol. Chaque borne indique la distance de la borne jusqu'à la borne suivante. Sur la partie cylindrique de la borne on peut lire le nom de l'empereur, ses titres et la distance calculée en milles romains. Cette mesure correspond à une distance de 1,481 kilomètres. "

Ce voyage dans le temps nous fait vraiment plaisir. Revenus à l'hôtel, nous sommes surpris et enchantés par les gazouillis joyeux de centaines d'oiseaux dans les platanes près de l'impressionnante fontaine devant l'hôtel. C'est avec joie que les pèlerins se retrouvent autour d'un bon repas. Après l'apéritif constitué de fines lamelles de cochon noir, nous dégustons un plat de poissons accompagné de bons légumes. Et, surprise ! Vincent nous présente une charmante photo de faon qu'il a pu réaliser au cours de l'étape. Comment a-t- il pu prendre ce cliché ! Écoutons-le  :

" J'ai vu une chevrette suivie de son petit, fuser de mon côté. Trop tard pour la photo ! Non, puisque le petit, en essayant de franchir la clôture, s'est jeté sur un pieu et a été étourdi quelques secondes."

La délicate tête du faon est ravissante. Nous sommes contents de partager cette jolie image. Dehors, dans les arbres, les oiseaux continuent à chanter. C'est enchanteur !

Et comment ne pas s'endormir paisiblement avec la délicieuse image du petit faon dans nos têtes ?

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MERCREDI 2 OCTOBRE 2013

MONESTERIO - FUENTE DE CANTOS.

Il fait à peine jour. Les oiseaux dans les platanes pépient avec autant d'ardeur et de joie qu'hier dans l'après-midi et la soirée. De temps à autre, des grappes d'oiseaux s'envolent pour changer de perchoir au-dessus de la très longue fontaine en marbre. Un nouveau concert éclate quand nous partons.

Comme il est agréable de marcher dans un bel espace planté de chênes aux gros fruits  ! Quel régal pour les cochons  !

De beaux murs en pierres sèches bien ajustées enclosent les parcs à cochons tout en bordant les sentiers. Les figuiers aux branches largement déployées nous offrent quelques fruits délicieux, la voie romaine est en partie recouverte de terre. Mais çà et là nous passons au-dessus de grosses pierres allongées, bien taillées et recouvrant toute la largeur du sentier. Plus loin, de vastes prairies accueillent de gros troupeaux de moutons... "Et voilà la pouponnière !" déclare Pascal. En effet, nos regards amusés peuvent suivre les petits sauts et les jeux d'un grand nombre de tout jeunes agneaux que les mères poussent délicatement à coups de museau... Un peu plus loin, à côté de parcs enfermant de beaux chevaux s'ébattent, de gracieux poulains. C'est vraiment joli.

Au bout de deux heures de marche, le paysage change. Ce ne sont plus de grands espaces réservés à l'élevage : d'immenses étendues de terre rouge labourée évoquent les cultures de céréales et des plantes fourragères dont les récoltes sont entreposées dans des silos impressionnants.

Le chemin monte et descend constamment. Le paysage de terre rouge n'est interrompu que par de rares cortijos dont nous pouvons deviner l'importance d'après le soin apporté aux bâtiments. Voilà aussi, à notre droite, des fortifications qui rappellent que le territoire de l'Estrémadure a vécu des conflits très importants tout au long de son histoire.

Bientôt un clocher nous annonce la petite ville de Fuente de Cantos. Des rayons de soleil réveillent et accentuent la blancheur des bâtiments au milieu desquels se dresse l'église. Le ciel bleu magnifie le contraste entre les couleurs ocre rouge de la terre et le blanc des maisons. Notre gîte "El Zaguan de la Plata" est impressionnant. C'est une demeure que les propriétaires restaurent peu à peu. De nombreuses pièces aux hauts plafonds souvent voûtés accueillent les pèlerins. La présence d'une cuisine bien installée donne envie de préparer un bon repas. Dans le jardin la partie réservée aux hôtes est très importante : elle comporte un jardin d'agrément, une piscine, une belle douche pour ceux qui veulent se laver à l'extérieur de la maison. Un pavillon au fond du jardin accueille une salle à manger bien agréable. Mais la visite n'est pas terminée ! Dans un autre bâtiment est installé un musée dans lequel les propniétaires rassemblent tous les objets, les outils, les instruments qui ont marqué l'agriculture des régions que nous traversons. Ici, des outils évoquent les bruits clairs de la forge du maréchal-ferrant ; là, des faux, des fléaux aux manches usés par d'innombrables travaux, des charrues aux socs luisants, des tondeuses pour les animaux; là-haut, en dessous de l'alignement des cornes d'animaux, contre le mur, des serpes et des serpettes aux lames usées nous disent les travaux des femmes ; au fond, accrochés au plafond, des tapis en paille, d'autres en laine qui ont dû protéger les chevaux fatigués ; des colliers et des jougs, des tapis de selle colorés annoncent des fêtes ; la belle calèche, des malles, évoquent les sorties ; des ustensiles de cuisine, des vanneries, des poteries noires et rouges expriment l'habileté des artisans, des instruments de poids et de mesures... Tout cela nous parle de la vie des paysans de l'Estrémadure.

Tout en nous promenant, nous apprenons aussi que c'est à Fuentes de Cantos qu'est né le peintre Francisco de Zurbarán dont nous avons découvert les œuvres dans le musée des Beaux-Arts à Séville.

Vite, en route pour aller visiter le musée dédié à ce peintre... mais il est fermé pour cause de restauration.

Voilà Guy. Il nous propose la messe du soir dans une jolie petite église. Vivement, nous gravissons les marches du petit édifice tout blanc dont le clocher déborde de nids de cigognes et nous pénétrons dans l'église dédiée à Notre Dame de la Beauté. De quelle beauté s'agit- il ? La beauté de Marie, la beauté de ce que nous venons de vivre ensemble, la beauté de la vie ! En tout cas, nous aimons le nom de cette église. Au cours de la célébration, nous avons le plaisir de reconnaître dans le servant, Marin, que nous croisons de temps à autre sur le chemin. Marin prêtre  ? Nous l'ignorions jusqu'à alors. En revenant au gîte, Guy nous interpelle "Regardez !"

En effet, devant nous, se déploie un magnifique décor : le ciel clair flamboie  ; les nuages diaprés nous offrent un admirable coucher de soleil. C'est somptueux.

Cette belle journée se termine par le dîner préparé par Pascal et Véronique. C'est un vrai festin ! Nous commençons par un bon apéritif suivi de filet de bœuf que Pascal excelle à nous faire rôtir selon le degré de cuisson souhaité, accompagné de salade de tomates et de chips.

Un melon bien sucré terminera ce bon et joyeux repas. La fatigue et les difficultés de la marche sont déjà oubliées. Et quelle surprise quand Guy nous présente son appareil de photos avec les beaux clichés de la caravane de gitans qu'il a croisée ? Nous l'écoutons nous raconter cette rencontre. Nous sommes heureux.

Au début de la nuit quelques oiseaux se font entendre. Et puis, tiens, on dirait qu'il pleut ? Peut-être... mais, bien au chaud, nous sommes déjà endormis.

détail de sainte Marguerite, Zurbaran

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ce détail de la
sainte Marguerite
de Zurbarán
National Gallery
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JEUDI 3 OCTOBRE 2013

FUENTE DE CAMPOS - ZAFRA

Après un bon petit déjeuner pris dans la salle des hôtes, nous reprenons le Camino. Soudain le gris du ciel se déchire et un joli nuage rose sépare les nuages sombres qui encombrent l'est. Le soleil nous accompagnera-t-il ? Oui, et nous cheminons tranquillement au milieu d'une campagne plate et monotone. Les élevages de cochons sont nombreux. De temps en temps nous passons près d'abattoirs d'où nous proviennent des odeurs fortes et des cris d'animaux.

Un magnifique taureau de combat en acier se dégage sur le ciel clair, devant nous. Que nous annonce-t il  ? Ici, c'est une des régions d'élevage de taureaux pour la féria. L'air de Carmen passe une fois de plus dans nos têtes.

Plus tard, nous passons dans des vignes. c'est un cépage dont les grappes aux grains très foncés sont très parfumées. Nous goûtons quelques grains bien mûrs avec délice.

Jusque-là, nous n'avons pas vu beaucoup de fleurs. Mais maintenant, en regardant dans la sentier et partout autour de nous, nous marchons sur des tapis de colchique mauves. C'est un bien joli automne que nous essayons de ne pas trop écraser sous nos pieds. De temps à autre, nous admirons d'énormes pierres, qui consolident sans doute le chemin depuis très longtemps. Et voilà un village où un marchand ambulant propose des churros qu'il réalise devant nous. Nous nous mêlons aux clients et admirons la facilité avec laquelle l'artisan fait couler la pâte à travers un entonnoir cannelé dans la bassine de friture. Il en fait une sorte de spirale aplatie qu'il saisit entre les deux parties d'une large pince circulaire puis il replonge la couronne réalisée dans l'huile. Quelques minutes plus tard, elle est dorée à souhait. Vite, il ouvre la pince, dépose la couronne sur le comptoir, saisit des ciseaux et clic ! coupe rapidement les churros. Coupés, sucrés, emballés, les churros se trouvent déjà dans nos mains et embaument... d'autres churros grésillent déjà dans la friteuse.

Tout en marchant nous partageons et dégustons avec plaisir cette gourmandise encore brûlante.

Notre Camino se poursuit par les prés et, en traversant un gué, Pascal ramasse une énorme écrevisse de treize centimètres, couleur lie de vin, aux pinces redoutables. Nous admirons cette prise et poursuivons le chemin.

Le soleil joue dans les feuilles d'oliviers des grandes plantations qui rythment notre marche. Entre les oliviers poussent des ceps de vignes. Bientôt, nous pique-niquons sous un petit abri et bavardons avec Mario qui s'arrête pour nous dire bonjour.

Plus tard, nous passons dans un joli village aux maisons blanches. Ici, la partie basse des maisons est recouverte de carreaux de faïence, de couleurs et de formes variées. Nous passons aussi devant des maisons plaquées de marbre, de terre cuite, de grès ou de granit. Ce qui nous frappe aussi c'est de constater que les travaux de ferronnerie ne se limitent pas seulement à de beaux ouvrages de garnitures de balcons mais aussi de grilles de protection pour les fenêtres et les portes. En effet, les grilles permettent d'ouvrir en toute sécurité les fenêtres même en l'absence des propriétaires. En outre, elles ornent et personnalisent les maisons blanches de fer forgé joliment travaillé.

De gros tracteurs chargés de grappes de raisin passent sur le chemin bordé de grands noyers. Et nous voilà arrivés à Zafra. L'albergue se trouve dans la ville. Le bâtiment, un mélange curieux de styles, probablement du dix-neuvième siècle est aménagé pour recevoir des pèlerins. Curieusement ce gîte porte le nom de "Vincent Van Gogh". Intrigués, nous y découvrons une vitrine des livres consacrés à ce peintre et surtout, nous découvrons, ce qui est unique pour nous, c'est que l'hôte, passionné de peinture, offre aux pèlerins de peindre selon leur inspiration à l'aide de crayons de couleurs, d'huiles ou de gouaches. Nous comprenons pourquoi les murs de la salle commune sont décorés soit de fresques, soit de nombreux dessins et peintures. Ces oeuvres nous disent les paysages, les oliviers, les bougainvillées, le soleil, le vent, la pluie, la boue, les jours de bonheur et les jours de difficulté; bref, la marche des pèlerins de Compostelle.

Un peu plus tard, nous passons devant l'église - fermée -. À défaut de pouvoir nous y arrêter quelques instants nous admirons les innombrables nids de cigognes sur les tours. Comment tiennent-ils ?

L'arène de Zafra où vont se dérouler les corridas annoncées est une arène moderne dont les guichets sont minuscules. Un superbe taureau au poitrail puissant, aux muscles saillants s'expose sur les affiches collées sur tous les supports disponibles. En flânant dans la ville, nous ressentons la grande fébrilité liée à la grande fête de samedi. Antonio, notre hôte, nous explique que la feria de Zafra compte parmi les plus importantes d'Espagne avec Grenade et Séville. D'ailleurs impossible de trouver un gîte ou une chambre d'hôtel lors de ces événements car ici les fêtes attirent des milliers de spectateurs passionnés.

Poursuivons notre promenade. Dans une rue très calme nous trouvons le couvent des Clarisses. L'église est ouverte ! Nous pénétrons avec joie dans l'édifice mais sommes un peu dubitatifs car ici,il s'agit de sœurs cloîtrées qui chantent l'office derrière une véritable grille. Comment peut-on chanter la gloire de Dieu derrière d'aussi épais barreaux  ? Nous ne comprenons pas cela. Une responsable des sœurs nous appose le sello sur notre credencial avec un grand sourire. Comme nous n'avons pas envie de prolonger cette visite, nous revenons vers le gîte.

Le dîner se déroule avec Joseph, un pèlerin de Lyon et notre hôte. Antonio fait vraiment tout pour nous faire plaisir. Rires, petites histoires fusent ; le repas préparé par les pèlerins est très animé... et la nuit également : la feria semble avoir commencé pour nous, cette nuit, dans les rues autour du gîte... hélas.

Mais, le lendemain, à notre réveil, Antonio nous a préparé un bon petit déjeuner ; il est même allé à la boulangerie pour pouvoir nous offrir des croissants ! Ce seront les seuls croissants du pèlerinage.

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VENDREDI 4 OCTOBRE 2013.

ZAFRA - VILLAFRANCA DE LOS BARROS

Qu'il fait bon en sortant de la ville ce matin à 8 heures ! Le chemin longe des murs de pierre d'où débordent de piquants figuiers de barbarie aux raquettes joliment garnies de fruits jaunes, roses, orange et rouges. Nous goûtons avec satisfaction un fruit mais gare aux épines !

Et c'est après une longue descente que nous rencontrons John, un Anglais qui engage tout de suite une amicale conversation. Nous comprenons qu'il attend les pèlerins et que son grand plaisir est de les accompagner sur le chemin pendant quelques kilomètres.

Cette rencontre se révèle très intéressante : John, tombé amoureux fou d'une Espagnole, a quitté sa famille anglaise et s'est installé dans le village que nous traversons. Il répond aux questions que nous nous posons :

" Pour quelles raisons ces belles maisons sont-elles à vendre ? Si la grande place et les maisons tout autour témoignent de la prospérité dans le passé, le joli village abandonné par ses habitants qui préfèrent aller vers les grandes villes pour trouver du travail. Voyez, la majestueuse église gothique est abandonnée. Seules les cigognes vivent encore sur les toits.

- Mais quelles activités étaient à l'origine de l'aisance de la population ?

- Essentiellement les activité agricoles, en particulier, la culture des oliviers et surtout celle des amandiers. Regardez ces grandes propriétés.

- Mais pourquoi oliviers et amandiers sont-ils cultivés sur les mêmes espaces

- Prenez exemple sur cette année, dans la grande propriété qui se trouve sur votre droite. Le printemps a été très froid et donc la récolte d'amandes a été compromise : les feuilles de ces arbres sont sèches, d'autres ont déjà perdu leur feuillage. Par contre, regardez les oliviers :ils sont chargés de fruits et la récolte sera bonne. L'année prochaine ce sera peut-être l'inverse. Sachez que la récolte de ces fruits se fait à la main car si on utilisait des machines, le chômage serait encore plus grave.

- Mais n'y a-t- a pas d'autre moyen de faire en sorte que l'exode rural soit moins dramatique ?

- Tenez, examinez tous ces graffitis, ces têtes de mort, sur les murets, sur les grosses pierres : ils sont témoins de violentes manifestations qui ont eu lieu récemment, contre une centrale d'épuration du pétrole établie là-bas, sur votre droite."

Effectivement, nous voyons une série de bâtiments. De la vapeur d'eau sort d'une cheminée.

"Donc, poursuit John, comme le rio Guadiana a été fortement pollué par les travaux de la raffinerie, les habitants de la région et les Portugais ont lutté contre ces installations. Ils ont commencé à les détruire afin que ce projet soit abandonné. Ce fut une période très difficile et aujourd'hui, si de la vapeur sort de la cheminée, c'est que des ingénieurs et des techniciens essaient d'utiliser les installations pour produire de l'éthanol à partir des végétaux qui croissent dans notre région. Mais est-ce rentable ?"

À 14 heures, John nous quitte. Nous le remercions de son agréable compagnie. "Ce fut un plaisir partagé", conclut-il avant de s'éloigner.

La chaleur nous accable. Mais, nous marchons allègrement sur les pistes le long de la voie de chemin de fer et nous installons à l'albergue de Villa Franca de los Barros. Après le dîner pris dans un bar, nous nous promenons dans une ville extrêmement vivante, encore à 21 heures ! Qu'il est doux de marcher dans les rues. Après la chaleur de la journée, les gens reprennent possession des places et des rues dans une joyeuse cohue. Ils se promènent, rient et devisent bruyamment. Nombreux sont les enfants, même très jeunes qui jouent sur les places. Les bars accueillent beaucoup de monde.

Quant à nous, nous allons rentrer et nous reposer pour l'étape de demain, après avoir admiré les étoiles dans le ciel.

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SAMEDI 5 OCTOBRE 2013.

VILLAFRANCA DE LOS BARROS - MÉRIDA.

La marche de ce jour se déroule sur de jolis sentiers bordés de forêts de chênes-lièges, de prairies ceintes de murets. Nous ouvrons des portails qui nous font "entrer" dans le sentier, le poursuive, pour "entrer" à nouveau dans le Camino, sur des espaces voués à l'élevage.

Mérida ! Nous traversons l'élégant pont moderne qui enjambe le Guadiana dont les eaux bleues reflètent la lumière du beau soleil d'aujourd'hui. Immédiatement, nous saisissons l'importance historique de cette ancienne cité romaine fortifiée, l'antique Augusta Emerita, construite en 25 avant Jésus-Christ. Des fouilles s'effectuent le long de la route que nous empruntons pour entrer dans la cité. Nous passons près du pont romain et débouchons sur la place de Rome avec la statue de la louve allaitant Remus et Romulus.

Nous sommes ici dans la capitale de la région d'Estrémadure dont le patrimoine historique est considérable. Naturellement, il va falloir faire un choix parmi les richesses historiques de la ville, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Nous apprenons que la cité a été fondée pour accueillir les vétérans des guerres et qu'elle devint la capitale de la province de Lusitanie. Ce sont donc ces Romains "méritants" qui ont peuplé la ville dans l'Antiquité. Le nom de Mérida vient de Emérita, ancienne appellation de la cité. Suivons quelques pèlerins dans leur visite du musée des Antiquités. Ce riche musée renferme des trésors ayant trait aux différents monuments de la ville : pont, théâtre, temple, amphithéâtre, aqueduc, cirque.

Voilà donc le pont romain qui enjambe le Guadiana. Avec ses 800 mètres de long et ses 60 mètres de large, on se rend compte que ce pont stratégique marque avec sa taille et son élégance l'entrée de la cité construite comme la plupart des cités romaines : de larges rues qui se croisent à angle droit. Le musée présente différents pavements qui ont recouvert le pont et les rues de la ville.

Tenez, voilà une belle colonne corinthienne de 20 mètres de haut terminée par des feuilles d'acanthe et qui provient du temple de Diane. Par là, vous pouvez admirer de belles statues de dieux et de déesses provenant de ce même monument mais aussi du théâtre et de l'amphithéâtre. De nombreuses statues vous font revivre la mythologie romaine.

Admirez l'art du sculpteur quia réalisé ces statues de général et de ses légionnaires.

Un peu plus loin, vous allez découvrir des sarcophages, des objets liés aux cultes tels des clochettes anthropomorphes en bronze, de la vaisselle, des petits outils, des armes. Des poteries pansues permettent d'imaginer leur contenu : eau, huile. Et, pour acheter et vendre, voilà des pièces de monnaie en bronze dans une longue vitrine.

D'élégantes amphores rappellent que les Romains vendaient et achetaient des produits comme les olives, les sauces, les huiles, les grains, le vin.

Çà et là, des fragments de murs, de grands médaillons décoratifs, des chapiteaux, des tores de colonnes, des bas-reliefs témoignent de l'importance accordée à la sculpture.

En outre, ce goût de la décoration va se manifester d'une manière vivante, colorée et variée dans les belles mosaïques du musée. Notons que Mérida possède dans son musée l'une des rares mosaïques signées : noire et blanche, à motifs de poissons, elle porte les noms de Baritto-Bonis.

Admirez ces grands tapis de tesselles de marbres qui garnissent aujourd'hui les très hauts murs du musée. Que représentent-ils ?

Des motifs géométriques variés, des tapis fleuris, des activités liées aux saisons : vendanges, chasse, pêche, et aussi les jeux. Et ce superbe conducteur de quadrige couronné est plus qu'un simple conducteur de char, c'est un héros ! Son action conduit à la gloire le spectateur qui l'admire et s'identifie à lui. Voyez comme les Romains avaient le souci de magnifier leurs champions ! De nombreux personnages de la mythologie : dieux, titans, hommes, héros, animent les tapis, entourés d'animaux extraordinaires ou de végétaux.

Un des gardiens du musée nous rend attentifs à la présentation des tableaux réalisés par la toute jeune école de mosaïstes de Mérida. À cet effet, les responsables ont tenu à présenter des travaux d'élèves sur des chevalets. Regardez ces copies interprétant divers motifs romains de Mérida ou de Naples. Nous constatons que les élèves de l'école travaillent les motifs avec de la pâte de verre vivement colorée qui contraste avec le fond formé de tesselles de marbre beige. Ce beau musée est une mine de renseignements pour le visiteur.

Nous quittons le musée. La porte monumentale qui s'élève à 15 mètres au-dessus de nos têtes s'appelle l'arc de Trajan. Elle permettait l'accès à la vallée du Bétis (l'actuel Guadalquivir). Peu après, nous retrouvons avec joie les pèlerins qui évoquent leur moisson : les uns sont allés visiter le théâtre, d'autres les aqueducs, d'autres encore le temple de Diane, et naturellement tout ce petit monde a goûté au charme des promenades le long du fleuve qu'animent des quantités de canards de variétés différentes.

Après un délicieux gazpacho pris dans un bon restaurant, une agréable promenade nocturne nous permet d'admirer les ponts éclairés, de longer les paisibles berges du fleuve avant de profiter d'une bonne nuit de repos dans le gîte nommé : "Moulin du pain chaud". Celle nuit-là, dans l'albergue au bord de la jolie rivière, saint Jacques et Guy veillent sur le précieux sommeil de l'unique pèlerine qui rêve au milieu des souffles puissants de mâles hollandais, irlandais, écossais, allemands et... français.

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DIMANCHE 6 OCTOBRE 2013

MÉRIDA - ORENSE

Après le petit déjeuner pris à la gare de Mérida, notre journée se passera en bus puis en train. Il s'agit de gagner Orense, d'où nous repartirons pour Saint-Jacques.

Le paysage qui défile devant nos yeux est vraiment très varié. Le soleil dans un ciel bleu, écrase de ses rayons de belles zones labourées ou plantée d'arbres fruitiers. D'autres paysages sont plus arides.

De grandes tours, des forteresses en ruines témoignent du passé mouvementé des régions que nous traversons.

Un peu plus tard, nous passons un décor de plateaux animé par la présence de nombreux troupeaux de vaches, de moutons ou de chevaux. Le paysage qui file devant nos yeux nous captive.

Après avoir traversé le Duero dont nous admirons les eaux brillantes dans la belle lumière de l'après-midi, nous nous arrêtons à Zamora, capitale d'une des provinces de la communauté de Castille et Léon, juste pour prendre un déjeuner léger avant de nous rendre à la gare ferroviaire. Nous filons maintenant sur Orense.

Nous arrivons à destination dans la soirée. Tiens, il fait plus froid ici. En effet nous venons de franchir 600 kilomètres qui nous ont conduits vers le nord-ouest de l'Espagne.

Après notre passage dans un hôtel, nous allons nous promener dans la ville. Les étoiles sont nombreuses dans le ciel. Le vent joue dans une atmosphère légère. Nous frissonnons un peu. Le nouveau pont dont les puissantes lumières illuminent la nuit et une partie de la ville est admirable. La recherche d'un bar pour le dîner s'avère un peu plus délicate que nous ne l'avions prévu. Difficile : le dimanche soir, les établissements sont fermés. Mais voilà un ensemble commercial où l'on nous sert un dîner fort sympathique. Après nous être restaurés, nous reprenons notre promenade et admirons le beau pont romain d'Orense dont les arches se réfléchissent dans les eaux foncées et moirées du Mino. Un beau ciel étoilé nous accompagne jusqu'à l'hôtel.

Il est déjà tard, alors, à demain ! Nous allons retrouver notre joie de marcher sur le Camino.

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SUITE : ORENSE-COMPOSTELLE

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