ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE


Aux archives de la cathédrale de Cordoue, en Andalousie, figure le récit anonyme d'un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Le titre du document manuscrit est "Diario del Viage de Santiago", Journal du voyage à Saint-Jacques. Il est sans date, ni auteur. Traduction non savante de José Martinez Almoyna.
itinéraire

Journal du voyage à Saint-Jacques.

2 - De Salamanque à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Lundi 13 (février 1612) à Salamanque. J'allai à l'église primatiale qui est maintenant disposée comme les autres cathédrales d'Espagne : sanctuaire dans le chœur, avec des grilles, carré du transept et stalles pour le chapitre (*). Pas comme elle était auparavant. Tout a été bien ordonnancé par l'évêque que j'allai voir peu après la prière. Il me reçu très bien. Il insista beaucoup pour que je m'arrête chez lui. Je refusai et eu du regret d'avoir finalement accepté.
* capilla mayor, entrecoro, coro.

Mardi 14, je fis des dépenses dans les librairies. Le Juge ecclésiastique de Cordoue se montra ce jour là, magnifique avec moi. Il est le Colegial de l'archevêque, il m'accompagna ces deux jours. L'après midi, je pris congé de l'évêque. Je l'avais peu vu ces deux jours car il partait méditer à la campagne.

Mercredi 15, nous quittâmes Salamanque en laissant sur la droite Los Villares (de la Reina). J'allai à El Cubo (de la Tierra del Vino, à 35km) où le muletier (*) prit une voie secondaire pour humilier les gens du village. Il laissa le chemin direct de Zamora et nous ne vîmes pas le Valparaiso (**). Nous fîmes un détour de près d'une lieue et ayant traversé tôt certains endroits, je parvins à Zamora avec de la fièvre. Toute la nuit, je délirai sans avoir dîné. Je me levai avec de la température bien que le froid fût intense et que je logeai sur le fleuve Duero près de son beau pont. Vu mon état, ce n'était pas un bon voisinage. Quoiqu'il en soit, j'allai à la paroisse Saint-Ildefonse (San Idefonso) (jeudi)
* C'est la première fois que notre pèlerin nous parle de son "équipage" comme on disait. ** Vallée d'un ruisseau qui à 7km au nord de Cubo se dirige vers le NE.

Jeudi 16, je rendis visite au tombeau de ce très glorieux saint qui est placé en hauteur avec ses lampes d'argent et une grille très solide. Le grand autel où je dis la messe se situe en dessous. Après m'être reposé un peu, j'allai mieux et cette après-midi là, par un vent très fort, j'allai rendre visite au Corregidor - qui avait déjà été en fonction à Malaga - et à sa femme. Ils sont tous les deux de Cordoue. Ils me reçurent fort bien, à la mode cordouane. De là, je me rendis chez M. l'Évêque mais la visite n'eut pas lieu à cause de ses ennuis de santé. Je passai à la maison de l'archevêque de Saint-Jacques qui a dans cette ville une paroisse qui dépend de lui. Elle lui sert, dit-on, de résidence quand il se rend à Valladolid, aux procès de son église. Il me reçu chaleureusement et m'informa sur le chemin qui conduit à Orense. Il me dit le danger qu'il avait couru au col du Cebreiro. Étant resté un bon moment avec son Illustre Seigneurie, je parti et trouvai un message de M. l'Évêque. J'y allai et le trouvai debout mais souffrant beaucoup des pieds. Il fut chaleureux, nous parlâmes de son Excellence son frère et d'Andalousie. Plus tard je parti et vins me reposer à l'auberge où son illustrissime seigneurie m'envoya un grand cadeau, dans tous les sens du terme. M. l'Archevêque me fit appeler pour manger avec lui. Je m'excusai pour ne pas perdre de temps et ensuite, je le regrettai car ma décision me coûta cher.

aller en haut de la page

clic

Vendredi 17 (février 1612). Nous quittâmes Zamora avec un vent glacial d'une violence incroyable. À la suite de mauvais choix, nous perdîmes deux fois notre chemin. Dans un endroit minable, un homme couvert d'une peau de mouton se montra et nous demanda si nous étions écervelés pour cheminer un jour pareil ? Les rivières, les ruisseaux, les flaques, tout était gelé. Nous allâmes à la grande rivière Esla qui descend des montagnes de Léon et nous la franchîmes en bac. De là, nous arrivâmes tard à Carbajales (de Alba). Le froid et les rafales de vent avaient perdu de leur violence. Nous fîmes là une pause puis, étant passés par le village de Vegalatrave qui est situé sur la berge d'une rivière qui était complètement gelée par plaques, nous parvîmes très tard à Valer. L'endroit est minable au milieu de rochers, une mauvaise auberge, un mauvais refuge et aucun lit. Nous passâmes une mauvaise nuit en ayant très froid dans la paille de l'écurie.

Samedi 18, nous allâmes à Mahide, meilleur bourg que Valer et mieux achalandé. De là, à Robledo et, tard dans l'après-midi, à Puebla de Sanabria qui se trouve sur une hauteur avec son château. En bas, se trouve une belle rivière et son pont. Là, nous allâmes loger à la maison de Saint-jean-de-Dieu. Il doit s'agir de Saturne ou d'un autre qui fût aubergiste (*). Ici se trouve l'octroie et nous y eûmes des sueurs froides à propos de l'enregistrement des attelages. Il doit être réalisé avant de s'arrêter et on aurait du l'avoir fait à Carbajal. La chose se conclu avec de l'argent car c'est ce qu'ils voulaient dans ce dernier coin de Castille.
* Les saturnales, fêtes en l'honneur du dieu Saturne se terminaient en orgies, dit-on. Le samedi soir, c'est encore aujourd'hui souvent en Espagne, un chambard énorme. Ça chante, ça parle fort, sans vergogne.

Dimanche 19, le jour se leva avec des nuages et un peu de bruine. Nous partîmes à dix heures terrorisés comme si nous avions à pénétrer dans le golfe. Quand nous parvînmes au lieu-dit Requejo, premier bourg de Galice, il commença à neiger (il n'avait pas neigé avant). Nous passâmes vite jusqu'à Lubian en franchissant le col de Padornelo. Nous nous pressâmes d'avancer avec bien de la peine car la tempête de vent et de neige recouvrait progressivement le chemin. Nous fûmes aidés par le guide et aussi par les charettes et les muletiers qui franchissaient le col. Avec cette bourrasque, nous le passâmes aussi grâce aux relais de poste puis nous arrivâmes à Padornelo, un bon endroit. Nous eûmes à grimper à un autre col du même genre : la Canda. Beaucoup de neige et pas moins de vent à Vilavella, en bordure d'une rivière avec ses moulins. Nous passâmes devant, à travers ces montagnes parsemées de bourgades. Il faisait déjà bien nuit ; nous avions très froid et étions bien mouillés. Nous parvînmes à Pereiro à sept lieues de la Puebla. Ils équivalent à plus de neuf car les lieues de Galice sont plus longues que celles d'Andalousie. Nous trouvâmes un bon hébergement dans une pièce au plafond haut, tout noir de fumée mais tapissé de bois. L'aubergiste nous reçu très agréablement en nous fournissant un bon service impeccablement propre. Il neigea tout au long de la nuit avec un vent énorme.

Lundi 20, de bonne heure, nous partîmes avec du meilleur temps mais un grand froid. Sur les grandes montagnes, il y avait de la neige partout. Après avoir marché deux lieues, nous fûmes à un bon village qu'ils appellent Gudiña où on enregistra le papier de la Puebla de Sanabria. Nous eûmes à descendre de grandes pentes et dans une vallée profonde où se trouve un endroit qu'ils nomment Campobecerros. Il est misérable. Les maisons sont recouvertes de lauses et d'autres de paille. Ici commence à se manifester la grande pauvreté de la Galice. Durant l'après-midi, grandes montagnes avec rivières et villages. En vue de Monterei (?) et des montagnes du Portugal nous aboutîmes à Laza qui se trouve dans une superbe vallée avec de grandes plaines arrosées par très beaux canaux et parsemées de multiples bosquets. Laza comporte trois hameaux et compte plus de deux cent habitants. Ils dépendent de deux seigneurs. Nous trouvâmes là un bon hébergement qui avaient des chambres faites de bois comme dans un navire ce qui est très ordinaire en Galice. Il y avait, à cet endroit, de nombreuses treilles le long des rues.

aller en haut de la page

clic

Mardi 21, bien tôt, nous allâmes à un autre endroit qui se trouve à une lieue de Laza. Il s'agit de Soutelo (Verde). Nous grimpâmes ensuite sur les montagnes très hautes couvertes de neige où régnait le froid et le vent. Après les avoir parcouru nous arrivâmes à Ponte Ambia où on traverse une bonne rivière sur un pont. Nous fîmes la halte de mi-journée à cet endroit. L'après-midi, étant passés à d'autres endroits, nous parvînmes à Seixalbo, un bon endroit, à une lieue d'Orense. À travers de nombreuses vignes nous arrivâmes de bonne heure à Orense qui est une ville où abondent les orangers et les citronniers. Elle est en bordure du fleuve Miño avec un fameux pont qui est une des trois choses remarquables de cette ville. L'autre est la figure du Christ Notre Seigneur Crucifié qui se trouve dans une très bonne chapelle de la Cathédrale. C'est un bon et somptueux temple où je me rendis ensuite. Le Trésorier de cette Sainte Église enleva sa cape de chanoine et revêtit son étole. Avec d'autres membres du chapitre et de nombreuses torches allumées, chantant un motet à l'orgue de la chapelle, il retira les voiles couvrant le Christ. Celui-ci est source de grandes dévotions et très ancien. Il portait une riche étoffe chatoyante pleine de (fils) d'or que la reine précédente avait offerte. Ni le Trésorier, ni même l'évêque qui me recommanda de ne pas manquer cette très sainte reproduction, ne me dirent ce qu'en avait écrit Don Mauro. Il s'agit, selon une tradition, d'une des représentations que fit Nicodème. En mettant la main dans la bléssure du côté on touche le cœur. Cet auteur cite souvent Flavius Dexter dont l'Histoire dit qu'on l'apporta d'Allemagne et parmi les disciples de saint Jacques, il nomme Cinturio Malacinatus. La troisième chose sont les "burgas d'Orense" avec des fontaines d'eau chaude. L'une si chaude, que personne ne peut le suporter. Elle arrache les sabots d'une vache, en très peu de temps. Une autre l'est moins et on m'en apporta un pot. Au bout de plus d'un quart d'heure, bien qu'il fit un froid notable, je ne pu tenir les mains dedans. Toute la ville vient à ces sources pour laver et nettoyer à l'eau bouillante tout ce qui en a besoin dans une maison. Ils en emmènent pour en faire réserve car elle est très utiles pour toutes sortes de choses sauf les bains qu'ils ne pratiquent pas d'ailleurs l'aménagement ne si prête pas. Il y a d'autres sources de ce type en bordure du Miño près de la ville. On les appelle "caldas". Ptolemée en situe plusieurs ici.
* Notre pèlerin site plusieurs auteurs plus ou moins sérieux.

Mercredi 22, le temps ayant changé, nous partîmes sous la pluie par le grand pont sur le Miño puis par un chemin très pentu. Nous passâmes par de nombreux endroits. L'un d'eux fut Santo Domingo, Cudeiro, un autre. Nous allâmes manger à Lanteiro. Cet après-midi, avec de grosses averses, nous passâmes par des bourgades distantes d'une lieue et moins. La nuit venue, nous parvînmes à Laxa où nous eûmes hébergement dans une tourette - On lui donne ce nom parce que c'est un quart plus haut que la maison - avec des planches toutes noires de fumée. Ils nous fournirent là, des lits raisonnables et un abri.

Jeudi 23, nous partîmes tôt le matin et allâmes à deux lieues à Rives de Deza, bon village de l'Archevêque comme le sont la plupart des bourgades de cet archevêché. Sous la pluie nous continuâmes notre chemin ; à main droite nous découvrîmes la haute colline qu'on appelle Pico Sacro qui a, au sommet, un château et des bâtiments ruinés. On dit que c'est la forteresse et ville de la reine Lupa qui reçue les disciples de saint Jacques . Il s'y trouve une grotte qui dit-on va jusqu'à la rivière Ulla qui passe très loin (*). L'ayant dépassé en l'ayant sur la droite, nous descendîmes par une bonne pente jusqu'au fleuve Ulla qui est très large et a un beau pont. À proximité, il y a un bon village avec de nombreuses auberges et d'agréables endroits. Toutes les rives de ce fleuve sont couvertes de bosquets (**). Tout au long du chemin entre Orense et Saint-Jacques, en haut des collines on découvre de très longues et larges vallées avec d'innombrables champs clôturées et de nombreux hameaux qui rendent le paysage magnifique. On croise de nombreux ruisseaux et rivières, des bosquets, tout est soigné et exploité. Les rivières et les ruisseaux pourvus de bons ponts. Pour les maisons, certaines ont des tuiles mais la plus part sont recouvertes de lauses et d'autres de chaume. Les gens sont très pauvres et mal habillés. Les jeunes-gens sont comme des cochons, gros et sales. Ils ont tous de petits troupeaux et des herminettes et ainsi ils vivent avec du pain de seigle sans huile et s'il y a du vin, pas de vinaigre.
* Notre pèlerin reprend les racontars les plus éculés. ** La vallée de l'Ulla est avant le Pico Sacro.

aller en haut de la page

clic

Durant l'après-midi, sous la pluie, nous arrivâmes à Compostelle, ville du glorieux apôtre. Avant, il y a une petite rivière (le Sar) et à sa proximité un bon monastère. La ville est ceinturée d'une muraille de pierre. L'archevêque Juan de San Clemente les a réparées. Il doit y avoir mille cinq cent habitants (*). Les rues sont toutes recouvertes de dalles de pierre et il y a des arcades car la pluie est continuelle. Il y a de nombreux bâtiments remarquables. Le principal est la cathédrale, ancienne et toute en pierre de taille. Elle a cinq nefs, celle du milieu plus large, deux latérales étroites. Les deux autres comportent des chapelles. L'église est très longue. Le chœur est bien et on circule derrière par les deux nefs colatérales. Le grand autel n'a pas de retable mais une banquette surmontée d'un petit ostensoir d'argent doré où se trouve le Saint Sacrement. Après l'ostensoir il y a une statue de taille moyenne de saint Jacques en pierre revêtue de dorure et dont seul le visage porte de la couleur. On grimpe au niveau de cette statue par des marches qui se trouvent derrière le grand autel. Tous les pèlerins et gens d'ici se pressent pour y monter. Ils embrassent et baisent le visage de la Sainte image. Il la couvrent de leur chapeau et font tant de choses qu'il est nécessaire de la redorer deux fois chaque année et la repeindre car ils l'usent. Çà m'émerveille qu'ils ne l'aient pas consumée. Ils montent côté épître (**) et descendent côté évangile .
* Semble faible. ** côté épître = côté droit. Avant Vatican II le prêtre disait la messe le dos au public.

Personne ne peut dire la messe au grand autel sauf les évêques ou les sept cardinaux qui existent dans cette Sainte Église. Ces derniers peuvent porter la mitre à toutes les processions qui ont lieu les jours de fête. Pour Noël, Pâques, la Saint Pierre et Saint Paul, la Saint Jacques, Notre Dame du mois d'août, il y a des processions où tous les dignitaires (ils sont quinze) et les Cardinaux portent mitre, même si l'archevêque n'est pas dans l'église, ou ne dit pas la messe. Les cardinaux ont leur siège au milieu des dignitaires et font partie du châpitre comme les chanoines. Les dignitaires non, s'ils ne sont pas chanoines, et le châpitre ne les enterre pas quand ils meurent. Les racionaires bien qu'ils aient droit à la cape sont sur des sièges bas. Ils lisent les épitres. Les chanoines même dignitaires , lisent les évangiles. Les bénéficiaires de prébendes sont nombreux et nombreux les chapelains. La musique est excellente et les salaires élevés.
Voir notre traduction du pèlerinage de Nicola Albani, qui est aussi prolixe sur l'organisation hierarchique de la cathédrale.

Le coro est étroit parce que la nef centrale n'est pas large. Les stalles sont fort bien et richement travaillées. Les offices divins sont dits soigneusement et ponctuellement. Il y a des ornements très riches et de l'argenterie. En arrière des petits escaliers qui montent à la statue de l'Apôtre il y a un mur qui divise le chœur avec, au-delà un demi cercle qui est l'extrémité de la nef centrale. On y trouve des tiroirs avec les habits ornementaux qu'on revêt pour la grand-messe. Il y a aussi un petit autel qui correspond au grand autel et au tombeau de l'Apôtre. On y dit les messes de dévotion. Quatre jours je les ai célébrées là et j'ai réalisé ce que j'avais promit aux pères du Collège de Marchena et ce que je devais à ceux envers qui j'ai des devoirs, comme le Duc et Madame la Marquise. L'église a un cloître de belle facture avec des dépendances très grandes dont de nombreuses salles et des écuries.

Il y a près d'une des portes de l'église donnant sur une place une galerie qui sert de vestiaire où se trouvent de nombreuses tapisseries somptueuses dont un dais avec tentures assez grand pour le chœur. Toutes ces toiles sont cousues d'or avec des fleurs en fils d'or et des couleurs chatoyantes en brodures. C'est le Duc de Florence qui les a envoyés à la Reine qui elle, les a envoyé à Saint-Jacques. On les évalue à dix mille ducats. Il y a une fortune d'ornements.

24-25-26-27 Je séjournai quatre jours à Saint-Jacques. Vendredi, samedi, jour de la saint Mathieu où je fus rešu dans les stalles du chœur. On m'attribua un siège après le cardinal le plus ancien. On célébra la messe très solennellement avec six porteurs de cape. Il n'y eu pas de sermon. Dimanche et lundi, je fis mes recherches. Je découvris que le marquis de Sarria, Don Fernan Ruiz de Castro, bisaïeul de Don Francisco et grand père de sa mère et du Comte d'Altamira ... marié avec la sœur de M. Don Garcia de Toledo. Ainsi, je pense qu'il est ... C'est pourquoi ils sont parents de ma Marquise.
(Affligeant, non ! J'ai fait des coupures...)

aller en haut de la page

clic

sommaire du site

clic

images du site

clic

autres textes et traductions

clic
SUITE : retour de Saint-Jacques
clic