ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

André Mabille de Poncheville raconte la légende de la fondation de l'hôpital d'Aubrac.

pages 53 et 54 de son Chemin de Saint Jacques (1927)

Adalard, vicomte de Flandre... traverse la forêt d'Aubrac en compagnie de vingt chevaliers, quand les assaille une troupe de ces bandits organisés qui terrorisent le pays et massacrent les pèlerins. Ils la dispersent, poursuivent leur route, atteignent Santiago ; puis, s'en revenant par le même endroit, une tourmente de neige les jette au fond d'un précipice, et ils n'échappent une seconde fois à la mort que grâce à l'apôtre de Compostelle. Adalard renouvelle alors un vœu formé lors de l'attaque des brigands : il fondera à Aubrac une maison de refuge pour ceux qu'on nomme les Jacobites, du nom du saint qu'ils servent.

Mais rentré en Flandre, il l'oublie jusqu'au jour où une effrayante vision lui montre les têtes sanglantes d'un grand nombre d'entre eux entassées dans la caverne de la forêt qui est le repaire des bandits. Profondément troublé, il repart vers le Rouergue avec ses compagnons. La croix est plantée par eux dans une clairière de la forêt, et un rudimentaire abri bâti pour les pèlerins tant de Santiago que de Rocamadour.

Bientôt des constructions en granit remplacent ce dernier : l'une est la cuisine voûtée où les voyageurs pourront se restaurer et se réchauffer en passant . l'autre, un hôpital proprement dit, accosté d'une chapelle. Les bonnes volontés surgissent autour des courageux fondateurs. Chevaliers-hospitaliers, leur rôle pourra désormais se restreindre à assurer la défense du refuge, car des prêtres se rangent auprès d'eux sous la règle des ermites de Saint-Augustin. et, - troisième communauté installée à côté des deux autres, - de grandes dames se font religieuse pour soigner les pauvres Jacobites.

La nuit, pendant les longs mois et les courts jours d'hiver, la cloche du monastère d'Aubrac sonne incessamment pour guider les malheureux qui errent au dehors dans la lande ou la forêt recouvertes de neige, et des feux s'allument en haut des tours. À toute personne qui se présente, la porte dite de la Miche est ouverte, et des centaines de pains y sont distribués. Selon la règle, en outre, les frères et sœurs "doivent préparer des lits propres pour les pauvres et les pèlerins leur laver les pieds avec de l'eau chaude, les essuyer avec des linges et les baisers comme les membres du Christ, secouer leurs vêtements au-dessus du feu afin de les débarrasser de toute vermine....(1)

(1) cité par l'abbé Deltour dans Aubrac, son ancien hôpital, ses montagnes, sa flore.


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