ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

Voyage de Lisbonne à Saint-Jacques de Galice par Jean Baptiste Confalonieri en 1594.

traduction de José Martinez-Almoyna

De PORTO à SAINT-JACQUES

Jeudi 28 avril, allons déjeuner au Monastère de Moreira (Moreira da Maia) à deux lieues de Porto (12km). Ce sont les mêmes moines de la Sainte Croix. On est en train d'en construire un nouveau. Son revenu est de 5.000 écus qui sont en grande partie affectés à l'hôtellerie car en ce lieu il n'y a que le Monastère. L'église est très petite mais on va en faire une nouvelle. Le Monastère possède dans une chapelle un trésor inestimable : un morceau du bois de la très Sainte Croix de N.S. gros et long comme le petit doigt de la main. Sans coussin, il est fixé sur un crucifix d'argent doré. Il fait continuellement de très grands miracles. Vers lui convergent de partout des possédés qui guérissent. De même pour toute sortes de maladies. Tous les revenus de cet endroit proviennent des dons faits à ce très saint Lignum comme on peut le lire dans maints testaments et comme une très vieille tradition l'atteste. Lors de l'exorcisme de certains démons, on les força à témoigner qu'il s'agissait d'un morceau du bois de la vraie Sainte Croix : "Licet ille qui hoc fecerit sit confessus et postes illemet mihi hoc diperit". Les miracles les plus récents sont :

Il y a de nombreuses confréries de ce Saint Lignum. Le Père Général de la Sainte Croix me fit grâce d'une parcelle et je l'ai placée dans mon reliquaire sur l'Agnus Dei. À présent, on ne peut plus en avoir sans le consentement de la Congrégation entière mais moi, je l'ai obtenu avant.

À une lieue (6km) de Porto, on passe le fleuve qu'ils appellent Lethe dont parlent tant les poètes ; encore que certains disent qu'il s'agit plutôt du Lima. Noter le nid de cet oiseau. (? "Nota il nido di quel ucello")

Nous déjeunâmes à Moreira. Après le repas, sommes passés par la paroisse de San Juan de Mandelo avec de nombreuses baraques agglutinées et non des maisons. Ensuite Azurara, hameau sur le territoire de Porto, très beau et agréable, avec une belle grande église et de bonnes maisons. La population est nombreuse. Il doit y avoir plus de 500 foyers. Le site est splendide, implanté sur une colline en bordure de mer avec, en bas, un fleuve. À l'opposé, sur une autre colline, une ville encore plus belle. Le cours d'eau se nomme Ave. Là où nous sommes passés au retour, il y a deux ponts pour les deux bras de ce fleuve qui convergent ici. L'un s'appelle Este, l'autre Ave. Ici, on ne parle que d'Ave car c'est le plus important. Il alimente des moulins et rend toutes sortes de services. Il est question de faire un grand pont qui réunisse les rives de ces deux villes sans les inconvénients du bac.

L'autre ville se nomme Vila do Conde. Un juge y siège et c'est l'une des principales villes du Portugal avec 1.000 foyers. Il y a le monastère de nonnes le plus noble du Royaume, ancien et riche. Avant les religieuses possédaient toute la zone. Ce sont des clarisses et elles ont 15.000 écus de revenus. Maintenant la ville est au Roi. L'église des sœurs est grande et bien tenue. Il y a également en ville une église qui a la réputation d'être la plus belle du royaume sur le plan de la grandeur, de la beauté et de l'équilibre de ses proportions. Elle fut construite par le roi Manuel sous le vocable de saint Jean Baptiste, quand, se rendant à Saint-Jacques de Galice, il tomba amoureux de l'endroit à cause de sa situation en bordure de la mer océane, où accostent pour s'approvisionner les navires qui viennent de l'Inde. C'est un lieu qui respire la noblesse et l'urbanité. Y abondent belles maisons, belles rues, jardins et coins frais avec des fontaines. L'église possède un plafond voûté, tout de cèdre, bois qu'on fit venir de l'île de Madère. Pareil pour la porte de l'église.

Vendredi 29 avril. Une fois la messe dite à San Francisco, petit monastère où logea Monseigneur chez les moines, nous passâmes par la paroisse de San Pedro de Rates. Vieille église de sept cent ou huit cent ans comme le montre le travail de certaines pierres. Une rente de 1.000 écus lui est attachée bien que le curé n'en récupère pas plus de 150. Il y a environ 90 maisonnettes. Là se trouve le corps de saint Pierre, premier disciple de l'apôtre saint Jacques le Mineur (le Majeur ?) et de nombreuses autres reliques. Ce saint fait de nombreux miracles notamment au profit de femmes qui souffrent d'un accouchement difficile. Barcelos, ville du Duc de Bragance, vient ensuite. Elle est entourée de murailles, possède un très grand pont avec des arches très longues au dessus du fleuve Cavado. En avant et en dehors de la ville, il y a un très beau chêne vert, puis des faubourgs. Ses maisons sont petites, la plupart de terre. La partie haute dépasse et forme comme des portiques. Rues larges, longues et rectilignes. Nous allâmes déjeuner à Ponte de Tabuas, ce pont "de planches" sous lequel passe une rivière est tout de même en pierre. Ce matin nous avons parcouru 5 lieues (30km) interminables, huit heures avec à peine une masure pour s'abriter.

Note sur la région entre Douro et Minho (Duero et Miño en espagnol) : À chaque instant, on rencontre des sources et des rivières. Le climat est tempéré. Il y a quelques bois, des monts pelés et aussi des terres aptes à produire mais personne pour les cultiver. J'ai rencontré un bœuf qui, avec la patte, se lançait de la terre sur le dos pour chasser les mouches. On était en pleines semailles du millet : il y avait un homme qui labourait, un second qui semait et un dernier qui recouvrait en aplatissant le terrain avec une paire de bœufs et une sorte de plateau. En avançant sur le chemin, on ne rencontrait plus que de l'avoine pour les chevaux.

À 4 heures de l'après midi, nous partîmes pour Correlha, village avec un petit pont sous lequel coule la rivière Correlha. Nuit à Ponte de Lima, ville agréable avec un pont de 40 arches petites et grandes. Construit par Junius Brutus, tout de pierre et manifestement romain. Appartient au roi. En banlieue, il y a un couvent de capucins où s'arrêta Monseigneur et devant les plus beaux chênes verts qu'on puisse voir. Huit lieues (36km). Samedi, dernier jour du mois d'avril, déjeuner à la Venta de Pica qui ne possède qu'une seule petite maison. Les montures et le gros des bagages restent dehors. Il y passe un ruisseau. Mauvais chemin.

Note : dans cette région, on répand les coupes de genêts sur les chemins pour qu'ils pourrissent et servent ensuite d'engrais.

Ici commencent les Monts Labrujo, mauvais à franchir. À 3 lieues (18km) se trouve Ponte Cerdal et ensuite Valença aux confins du Portugal. Ville fortifiée située sur une colline. On y enregistre les avoirs en monnaie et devises ainsi que le train de cavalerie. Longue rue de petites maisons. Un petit faubourg à l'entrée et devant la porte un porche monumental. Au bout d'une descente, on traverse le fleuve Minho (ou Miño) et comme pour Vila do Conde, de l'autre côté du fleuve, on trouve immédiatement Tui, la ville et le commencement de la Galice. C'est une petite place forte, pauvre et peu peuplée. La cathédrale est grande et s'y trouve le corps de saint Telmo (Elme, celui du phénomène météorologique dit feu de saint Elme), défenseur des marins. Bien que non canonisé, il y possède une chapelle où on le vénère. Aujourd'hui, 8 lieues (48km).

Dimanche 1er mai. Une fois la messe dite dans la chapelle signalée ci-dessus, nous allâmes à Porriño, petite ville où se tenait une foire. Deux lieues (12km) plus loin, paroisse de Mos. Repas à Redondela, ville de grande extension de 2.000 âmes. Il s'y trouve un bras de mer avec beaucoup d'eau qui s'étend sur environ une demi lieue. On s'habille à la mode galicienne comme indiqué plus loin au paragraphe général sur la Galice avec diadèmes ou turbans sur la tête, grands pendentifs, surjupes. Ils sont sales et laids. Après le déjeuner, chemin pénible, plein de cailloux, collines fastidieuses et boueuses jusqu'à Pontevedra. Il s'agit d'une ville fortifiée, une des meilleures de Galice. Elle a un pont en pierre de 13 arches sans compter les intermédiaires carrées... On y ressent la marée et il y a de nombreux navires dans le port. Fontaine comme celle de Viterbe. Sur le blason de la cité figure un tabernacle du Saint Sacrement car un prêtre en retrouva un quand la ville fut libérée des maures. Il avait été caché à l'époque de la conquête.

Des bateaux arrivent jusqu'ici, y compris de Séville grâce à la marée qui a une très grande amplitude. Aussi quand la mer se retire, une grande partie de la ria reste à sec. L'église San Francisco est vaste mais mal couverte. Il y a deux autres belles églises. Les maisons, comme d'habitude, sont petites, presque toutes avec une façade proéminente de bois sur des rues étroites.

Les femmes comme déjà indiqué, vont pieds nus, manteaux courts avec revers, diadèmes, pendentifs ou turbans... Environ 4.000 maisons. Aujourd'hui, 8 lieues (48km).

Lundi 2 mai 1594. Allons à Portela, quatre bicoques. Officiellement une lieue qui en valent trois en vérité. Coto de Arcos de Santa Maria qui possède un moulin à huile et quatre maisonnettes. Déjeuner à Caldas de Rey, petit bourg ou village sans murailles constitué de maisons de style galicien et 200 ou 300 foyers. Il y a un pont solide avant et un autre après qui s'appelle puente de Caldas. On pêche des truites dans cette rivière (rio Bermaña).

Après le repas à Bambendella (?), Ponte de Barca (Ponte Valga ? Pontecesures ?) et pour la nuit, Padron à trois lieues (18km). Deux centaines de maisons et un superbe pont de 17 arches. La rivière s'appelle Padron (non, Sar). Les marées s'y font sentir. Il me semblait être à Rome et voir le Tibre. Chemin en meilleur état aujourd'hui et presque plat.

Mardi 3 mai 1594. Francos (Rua de Francos), composé de quatre maisonnettes et Compostelle. Quatre lieues (24km).


Pour la ville et l'église de Saint Jacques voir ci-dessous.

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