ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

Voyage de Lisbonne à Saint-Jacques de Galice par Jean Baptiste Confalonieri

traduction de José Martinez-Almoyna

À SAINT-JACQUES

Le mardi 4 mai 1594, nous parvînmes à Saint-Jacques de Galice. Saint Jacques donne son nom à toute la ville. Elle appartient à l'archevêque sur le plan spirituel et sur le plan temporel. Elle compte autour de 1.500 foyers. L'archevêque a sous sa juridiction quelques 40.000 âmes. La ville est petite et se situe sur une colline stérile. En général, toute la Galice et principalement cette zone est constituée de collines qui ressemblent à des vagues de la mer, pelées, presque sans arbres. Au total, c'est une terre fraîche où l'eau abonde. Dans cette ville, il ne fait jamais très chaud. C'est plutôt frais ou tempéré que chaud. Il pleut fréquemment. Le pain ne manque pas. Il est blanc, souvent mal cuit sauf ceux qui font 20 ou 12 livres qui sont très savoureux. Le vin du pays est doux, la viande maigre. Les poulets quand ils atteignent un bon prix se vendent un réal, les œufs : 24 pour un réal, les chevreaux, deux et demi et tout le reste en proportion.

Cela se doit à la cherté de l'argent et en outre ces choses souvent ne se peuvent acquérir. Les gens de cette ville se révèlent civils. Parmi la noblesse, il y avait le Comte d'Altamira qui en douze ans avait eu 20 enfants. Encore vivants, tous. Son domaine lui rapportait 14.000 écus de rente. Les maisons sont petites, étroites, basses, mal construites. La plupart ont une façade de planches et façade et toit forment un angle qui remonte. Le tout tellement en saillie qu'ils forment des passages couverts. Les gens sont bien habillés, mais les femmes de Galice portent des vêtements extravagants et sont laides. Elles portent sur la tête des serviettes enroulées comme turbans, parfois hautes, parfois basses, parfois tellement protubérantes qu'elles semblent porter un diadème. Aux oreilles, elles ont des pendentifs d'argent doré si grands qu'ils devraient déchirer les lobes. Aussi sont-ils rattachés aux cheveux. Ils sont en forme de 3 avec de nombreuses clochettes ou boutons. D'autres femmes utilisent de très grands triangles d'argent ou de gros pendentifs dans leurs oreilles perforées. Et il est remarquable que même les vieilles décrépites et monstrueuses portent ces bagatelles. Plus elles sont vieilles, plus elles se pavanent. Tu croiseras des mendiantes qui en portent et tu en verras même avec des pendentifs de quinze écus car c'est le prix des moins chers. On en voit avec des colliers de 12 ou 13 écus qui vont pieds nus dans la campagne. Et sans honte, non seulement elles vont pieds nus, mais avec la jupe retroussée. Elles sont sales et négligées à la maison et dans leur tenue. Leurs vêtements ont des manches très larges... Enfin ce sont des gens qui ont quelque chose de gitan, de morisque, de barbare et de teuton surtout avec leurs sacs et leurs trousseaux de clés qui pendent.

En général, les Galiciens sont très pauvres. Peu d'endroits offrent du confort. Les maisons ont des toits percés qui permettent de compter les étoiles de son lit. Ce sont des gens peu industrieux qui, disposant d'eau, ne s'activent pas à produire des fruits et des légumes. Ils cultivent peu de blé mais plutôt du seigle et du millet... Il faut noter que les Galiciens sont bien élevés. Ils saluent dans les termes suivants : Loué soit Jésus-Christ. Dans ces zones sévit la lèpre ou mal de saint Lazare. Pour cette raison, les hôpitaux sont partout à l'extérieur des villes. Le pays est plein de fous. Les chariots que tirent des bœufs sont bas et petits. Ils n'avancent qu'en grinçant sans arrêt.

La ville de Saint-Jacques bien que située sur une colline, dispose d'égouts et d'un réseau public d'eau. Ainsi il y a en ville de nombreuses fontaines de bonne eau. Elle dispose de pierre excellente pour la construction mais on l'utilise peu. Elle est grise comme notre peperino mais plus dure. On en fait des statues.

Il y a de nombreux monastères tel celui de Saint-Dominique, Saint-François, des Pères Bénédictins ou moines noirs. Ceux-ci ont un superbe monastère très commode avec de nombreux cloîtres et 14 ou 15.000 écus de rente. Il abrite 40 moines. Ils construisent en ce moment une église où ils investiront 200.000 écus.

Il y a aussi un collège de Jésuites avec peu de pères, dans un monastère vieux et délabré qui dispose de 2.000 écus de rente. Pour tous, ils donnent des leçons de cas de conscience. Pour les Pères, de la théologie scolastique. Ils ont de nombreuses reliques, notamment une grande croix d'argent qui contient un morceau de la très sainte Croix et une petite Épine qui a un trait de sang de haut en bas, bien visible et de couleur rouge. Ici logea Monseigneur le Patriarche.

Il y a aussi une Université avec de nombreux étudiants habillés de couleur fauve. On y enseigne Grammaire, Rhétorique, Philosophie, Théologie, Scolastique, Droit Canon et Droit Civil. Il n'y a ni Médecine ni Chirurgie. Le nombre d'étudiants à la Saint Luc, quand commencent les cours après les vacances d'août et septembre, atteint 1.200 ou 1.300, au maximum 1.400. Il n'y a pas de séminaire. Il y a un tribunal du Saint-Office.

L'Hospital Real est remarquable, construit par Ferdinand III (note 1.) dans un très bel édifice doté de revenus élevés. La porte, sculptée avec les douze Apôtres et devant une rangée de colonnes reliées par une chaîne. À l'intérieur, quatre cours : deux avec cloîtres bien travaillés et deux sans. On y reçoit les enfants bâtards abandonnés. Il comporte quatre hôpitaux : un pour les religieux, prêtres et moines avec son autel et sa chapelle à part. Un autre pour le commun des mortels. Un troisième pour les blessés et les incurables. Un quatrième pour les femmes. Les trois derniers ont la forme d'un T, c'est-à-dire que les trois convergent sur un autel et chaque malade a le visage orienté en direction de l'autel. On ferme quand on veut la chapelle et cette disposition est très belle. Il y a une bonne herboristerie ou pharmacie. La charité anime l'administration. À tous les pèlerins, on assure l'hébergement durant trois jours, le couchage et le chauffage et rien de plus. Les lits des malades sont installés entre des cloisons, proprement et avec de bons matelas. Tandis qu'en Italie, on dispose les lits en travers dans les salles, ici on les met dans le sens longitudinal.

C'est surtout l'église du glorieux Saint Jacques qui est remarquable...

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