ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

Voyage de Lisbonne à Saint-Jacques de Galice par Jean Baptiste Confalonieri

traduction de José Martinez-Almoyna

À SAINT-JACQUES : l'église du glorieux saint Jacques

C'est surtout l'église du glorieux saint Jacques qui est remarquable. Elle est construite en forme de croix. On pénètre davantage par les portes latérales des branches de la croix que par la principale qui fait face au maître-autel.

La partie médiane ou nef comporte trois vaisseaux avec six arcs par travée. Le déambulatoire ou demi-lune du maître-autel a trois grands arcs de chaque côté avec des grilles et sept petits en arrière. Toute l'église est voûtée. Derrière le maître-autel, il y a sept chapelles, plus la porte sainte qu'on ouvre chaque fois que la fête de saint Jacques tombe le dimanche. Le jubilé, comme pour Rome, dure de cette date jusqu'à Noël. Dans sept chapelles et au maître-autel, on garde le Saint Sacrement de sept paroisses en ville. Celle du milieu, derrière le maître-autel, est pour les pèlerins. Là, siège le cardinal pénitencier (notes 2, 3 et 4 pour les lire passer la souris ici). Il n'y a pas de pénitencier comme à Lorette et autres endroits aussi les pèlerins trouvent leurs confesseurs dans les monastères.

Il y a un baldaquin de marbre, carré, sculpté et doré au dessus du maître-autel. Il se termine en forme de pyramide et possède des petites tourelles dans les coins. Il est soutenu dans sa partie arrière par deux colonnes mais, à l'avant, il n'y en a pas pour ne pas gêner le service pendant les messes solennelles. Par contre, il s'appuie sur deux pilastres ou traverses de marbre doré mis en biais. Le tabernacle du Saint Sacrement est tout en argent avec des dorures à certains endroits mais plutot petit. Plus haut, il y a une statue de saint Jacques en marbre peint avec la croix jacquaire sur la poitrine et un bourdon à la main. Il a un collier d'argent au cou et une couronne d'argent suspendue par dessus. Tous les pèlerins qui arrivent ici montent par un petit escalier derrière l'autel pour faire l'accolade et embrasser cette statue. Ils placent la couronne sur leur tête.

Au delà de cet escalier, derrière le maître-autel, il y a une petite sacristie réservée aux chanoines cardinaux ou autres personnes qu'on autorise à célébrer près du corps du saint glorieux. En effet, au maître-autel de Saint-Jacques, personne ne peut célébrer s'il n'est évêque, archevêque, patriarche ou cardinal de cette église à qui ce privilège est concédé. La sacristie réservée est bien dotée en ornements et en vaisselle liturgique mais il n'y a pas grand chose à voir. Par contre le service y est excellent.

Il y a une autre sacristie qui s'appelle le Trésor et qui est à l'usage de tous. Elle est sur le côté du corps de l'église et aussi commode. En avant du maître-autel, il y a un lampadaire d'argent aussi haut que moi avec de grosses colonnes et tours. À l'intérieur, cinq lampes brûlent continuellement mais le tout n'est pas très beau. Quinze autres lampes d'argent, plus ou moins grandes, brûlent avec presque toutes leur plat d'argent en dessous selon la coutume. En pénétrant dans la chapelle centrale de Saint-Jacques, ceinturée d'une haute grille tout autour, on monte une première marche puis, à quelques pas, quatre autres marches et enfin, près de l'autel, deux.

Sur les côtés de la chapelle, sous la coupole et vers les stalles du coro, il y a deux pupitres, tout en laiton, le balustre, le pied et tout.

Devant la chapelle du chœur, au milieu de l'église, mais laissant le transept dégagé se trouve le coro (note, passer la souris ici) fermé de toutes parts. Sur le côté, se trouve le bourdon de saint Jacques à l'intérieur d'une gaine en bronze décoré. On s'aperçoit qu'il est grand car on ne parvient à toucher que le fer qui mesure un demi empan (10cm). Les stalles sont en noyer et le premier siège est celui de l'Archevêque. Au sein du coro, il y a deux autels pour chanter les messes courantes quand les Cardinaux sont absents. S'ils sont là, on célèbre au maître-autel. Il y a deux grands buffets d'orgue dans le coro. Il y a deux autres emplacements pour les trombones et clarinettes. La musique est excellente et on chante au milieu des stalles.

Adossé au coro, vers le portail de la grande nef, il y a un Crucifix qui, selon la tradition, est apparu là, le jour de Carnaval. Ses bras sont très étirés. Sur un côté, contre un pilier voisin, il y a une image de Notre-Dame enceinte, très vénérée, avec autel et quatre lampes. À la périphérie de l'église, il y a douze croix en l'honneur des douze apôtres. Elles sont en marbre, dans des cercles, comme celles qu'on utilise pour la consécration des églises et je crois qu'on les a faites dans ce but. Face à elles, les pèlerins récitent un Notre Père, un Ave Maria et le Credo. On estime, selon la tradition, que les indugences sont nombreuses. L'Archevêque a accordé 40 jours. Il y a des panneaux d'information.

Les pèlerins effectuent encore de nombreux gestes de dévotion et de visites d'images et de croix dans le cadre de leur pèlerinage. Ils disent qu'il y a de nombreuses indulgences et c'est la réalité dans cette sainte église. Il y a sept autres chapelles, petites et grandes et, un peu à l'écart, s'en trouve une autre très remarquable qui est siège de la confrérie de tous les pèlerins. À elle seule, c'est une église (Santa Maria de la Corticela). Une autre chapelle importante, avec accès par l'église, est très haute. Elle a été fondée par un archevêque qui la dota de quatre chapelains avec obligation de célébrer une messe pour lui chaque semaine. Il est enterré au centre, dans un tombeau de marbre.

Il y a enfin une chapelle ou un espace à l'extrémité de la grande nef, où le chapitre délibère. C'est un endroit d'une grande noblesse.

Dans un clocher, il y a cinq grandes cloches et deux petites. Dans une autre tour, deux cloches gigantesques qui provoquaient l'avortement des femmes enceintes. Aussi les scia-t-on sur un côté. Elles furent données par un roi de France, elles furent volées par les maures et quand le roi Ferdinand III les soumit, il les obligea à les ramener sans l'aide d'animaux (il y a confusion, ce ne sont pas les mêmes cloches). C'est ce qu'on voit retracé autour du maître-autel sur la partie arrière avec toute l'histoire de Saint Jacques (n'existe plus depuis le 18e).

La façade extérieure de la grande entrée, façe au maître-autel, est en pierre, avec des sculptures à l'ancienne. Elle a trois portes face aux trois nefs. Celle du centre est très large avec en son milieu une colonne qui la divise en deux. Son plan est ainsi 0  o  0. Au dessus, il y a deux fenêtres et, plus haut, un grand oculus et deux petits avec vitraux. Au dessus des portes des nefs latérales, il y a aussi des petites fenêtres et oculus mais qui ne servent pas. Sur les côtés, il y a deux tours très grandes et massives, l'une plus haute que l'autre. Les sommets sont carrés avec des créneaux. Dans la plus grande, se trouvent les deux grosses cloches (la façade a été remodelée depuis, au 18e). Par ici, on descend de nombreuses marches pour rejoindre l'Hospital Mayor (Rois Catholiques) et la rue ou le parvis qui se trouve devant.

Sous l'église, il y en a une autre, dont une bonne moitié est condamnée pour protéger le Corps Saint. Anciennement, on voyait l'urne mais, à présent, on n'aperçoit que le bout de l'église.

Les façades des portes du transept sont du même style mais plus petites. Sur chacune, deux portes contigües avec oculus et fenêtres sur les côtés. Pour l'une, il faut monter six ou huit marches, pour l'autre, où on trouve les marchands de rosaires et de jais (azabache), nom d'une pierre noire, il faut descendre. Du côté par où on entre habituellement (Platerias) se trouve la grande tour avec les sept cloches mentionnées auparavant (tour de l'horloge). Tout à côté, on voit la superbe façade des dépendances capitulaires qui n'est pas encore terminée sur un de ses côtÚs. Il y a un cloître très beau, carré, avec cinq arcs par aile, à l'usage des chanoines et avec entrée par l'église. Au dessus du cloître, il y quelques créneaux et rien de plus.(?)

Au voisinage de la sacristie, se trouve une autre pièce qui abrite de nombreuses reliques et notamment le reliquaire du crâne de saint Jacques le Mineur, en argent, avec d'autres os de cet apôtre. On célèbre sa fête très solennellement. Une grande croix d'argent, ancienne, avec un crucifix rempli à l'intérieur du bois de la Très Sainte Croix dont la taille est supérieure au majeur de la main ; une autre, avec de la vraie Croix aussi ; une épine de la couronne du Christ, la plus grande que j'ai jamais vue, très grosse et longue. À la pointe, on y voit le sang. Elle est placée dans du cristal avec de l'or et de l'argent. Il y a en plus des reliques des Onze Mille Vierges et d'autres non documentées. Le retable de l'autel où on les montre possède de nombreuses images de saints et saintes dans une belle décoration. Il y a en plus des corps saints dans l'église, le corps du bienheureux saint Jacques le Majeur, sous le maître-autel, dans une urne et, sur les côtés, dans deux urnes distinctes, les corps de saint Athanase et de saint Théodore, ses disciples. Dans la chapelle des reliques, le corps de saint Sylvestre. Dans d'autres chapelles, les corps de saint Cucufat et de saint Fructueux, archevêque de Braga. Et dehors, dans une église proche, le corps de sainte Suzanne, portugaise qui fut lapidée. Cette église est voûtée avec une petite coupole et quatre longues verrières.

On compte 58 charges ecclésiastiques procurant des prébendes (revenus : c'est un monde bien étrange et ma traduction bien incertaine !) dont celles des archidiacres de Nendos, Trastamara, Cornado, Salnés, Luou, Reina et Sar. En plus, le Doyen du Chapitre, le Chantre, le Maestrecuela, le Prieur de Saint-Jacques, le Prieur de Compostelle et le Trésorier. À part ces "Dignitaires", il y a les sept Cardinaux qui n'ont d'autre privilège que le titre ou le nom de cardinal. Ils sont coiffés d'une mitre et portent chape pontificale. Ils peuvent célébrer la messe au maître-autel. Par ailleurs, dans les stalles du chœur, ils sont placés plus bas que le Doyen, que l'Archidiacre et que quelques autres. De plus, le Grand Cardinal m'a dit qu'ils n'ont pas le privilège de porter cape, habit et barrette rouge mais il est vrai qu'anciennement ils avaient droit au violet. À présent, ils sont comme les autres chanoines, en surplis à l'espagnole et rien de plus. Au total, il y a vingt mitres, c'est-à-dire, vingt titres qui donnent droit à la mitre. Dans les processions, ça a de l'allure. Comme chanoines, on compte en plus 20 chapelains et 12 prébendés qui percoivent 200 écus chacun. Les chanoines perçoivent 1.000 à 1.200 écus. Les dignitaires beaucoup plus, certains la moitié, d'autres moins, d'autres plus (?). Les nouveaux chanoines occupent pendant quatre mois les stalles basses des chapelains. L'Archevêque a son siège dans le chœur et on le laissa à Monseigneur, notre Patriarche, couvert de brocarts. L'Archevêque est absent. Son revenu est de 50.000 écus. L'église est très bien tenue. Le Pape Calixte II, venant incognito à Saint-Jacques, entra un jour où l'on récitait l'office d'un martyr. Le livre était grand ouvert dans le chœur. Il fallait entonner l'antienne Ecce sacerdos magnus et plus on corrigeait ... plus on criait Ecce sacerdos magnus... S'apercevant de cela, le Pape se résolut à se dévoiler et il fut accueilli comme tel et institua dès lors les cardinaux signalés plus haut.

Autour de l'église, il y a un grand cimetière avec de nombreuses sépultures en pierre car, à l'intérieur de l'église, on ne peut enterrer que les chanoines.

Il n'y a pas de séminaire. Il y a l'Inquisition et il y a une Université où on enseigne la Grammaire, le Droit, le Droit canonique, les Arts et la Théologie.

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