En 1951, Léon Degrelle parcourt le chemin de Saint Jacques à pied et arrive à Compostelle.


Si vous ne savez pas qui était Léon Degrelle, renseignez-vous !

  • Le 20 juin 1951, Léon Degrelle part seul du col de Roncevaux.
  • Presque chaque soir ensuite, il décrit sa journée de pèlerinage.
  • Le 1er juillet, il est à Burgos.
  • Le 6 juillet 1951, il marche de Carrion à Sahagun. Milieu du récit.
  • Le 21 juillet 1951, il arrive à Compostelle.
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LE 6 JUILLET 1951. Entre Carrion de los Condes et Sahagun. 14e étape.

... Puis je tombai sur l'antique calzada de gros galets bruns : lisses (oh les pieds ! ) sur lesquels, à la moindre distraction, on butte avec vigueur.

Mais combien de kilomètres avant d'atteindre la vraie route ? J'aperçus tout de même un paysan :

- Quatre kilomètres.

C'était réconfortant. Mais une heure après, je hélais, au bout de l'horizon, un autre paysan (le second aperçu de la matinée.)

- Al menos, ocho kilometros !

Zut et zut ! Chaque fois que je me retournais, j'apercevais l'énorme masse de l'église de Carrion sur son éperon. Dans ces pays plats, on les voit pendant vingt kilomètres ! On a l'impression de marcher avec une cathédrale collée au derrière. C'est encombrant.

Mais ma route ?

Enfin trois montures très loin devant moi, entre les blés, elles approchent : paysans en velours noir, aux selles de chevaux multicolores.

- Quantos kilometros ?

- Quantos ? Doce, al menos !

Et mes trois "Sancho Panza" disaient juste. Il y avait 22 à 23 km, en tout, avant d'atteindre la grand route où je comptais m'arrêter un peu.

C'était au village de Calzavilla de la Cuerza, célèbre jadis aujourd'hui misérable double ligne de maisons - des huttes plutôt - de torchis, couleur café au lait, fait de terre et de débris de paille habituels. Ajoute dans chaque "pueblo" les cavernes, les "cuevas", trous infects dans les coteaux argileux

Mais ma surprise aujourd'hui ne fut point d'ordre architectural (pauvre journée pour cela) mais... d'ordre olfactif ! Ce pays est connu pour ses parfums de fleurs sauvage : Parfois, il est tout violet. Mais son triomphe c'est la "manzanilla", une toute petite marguerite qui présente un parfum adorable...


SANTIAGO ! LE 21 JUILLET 1951. Fin de l'aventure ! 1030 kilomètres.

Arrivée brillantissime, en toute grande forme. ]e me suis baigné, ai "bien mangé et bien bu", ai reposé une heure et me sens complètement "nuevo". Je suis ravi, enchanté de cette grande aventure, dure parfois, car les conditions de voyage étaient exceptionnellement rudes et les relais abominables, mais je me suis fait la preuve à moi-même que ma machine. humaine était toujours capable de tout.

À l'aube, je démarrais, levé à quatre heures et demie, comme toujours (papa de Bouillon réincarné). Il n'y avait plus, comme hier, de faible lune éclairant encore des monts bleus, presque irréels, mais un brouillard profond qui me couvrit (j'en louais Dieu) jusqu'à onze heures, mais faillit bien (j'implorai Santiago) se convertir en pluie (déja les premières gouttes tombaient). Finis les grands champs de choux, hauts comme des lances, cultivés dans les vallées pour nos seigneurs les cochons. Partout des sapins, maigrement plantés. Quelques hameaux : dans l'un deux - trouvaille - des gerbes merveilleuses de petites roses enrobant, par milliers, la moitié inférieure d'un grave cyprès (à retenir !).

Derrière moi, les bornes kilométriques voltigeaient comme des plumes d'oiseaux. À onze heures moins le quart, j`avais abattu trente-cinq kilomètres. J'approchais, ému, du fameux Mont de la Joie, le Monte del Gozo. Déjà j'avais traversé la rivière et le "pueblo" Labacolla où les pèlerins se lavaient, se changeaient, afin d'apparaître, frais, devant la ville sainte. Je montais. Longue montée. Quelques vaches brun-clair, poussées par un enfant. Dans les landes de fougère, un chariot grinçait sur ses roues pleines, les bœufs unis par un joug joliment taillé, orné de charmants dessins géométriques. Silence. Et gravité. ]'arrivai en haut du mont, le cœur haletant. Et la ville m'apparut, petite, noire, avec les trois bulbes gris de la cathédrale se détachant sur le fond gris, presque bleu pâle, des longues montagnes, à mi-côte, comme posée à peine sur un monde imaginaire. Ici, les pèlerins s'agenouillaient, chantaient le Te Deum, pleuraient... Moi, j'ai tiré mes grosses godasses, et sur mes pieds las de ces mille kilomètres d'efforts et nus j'ai fait la dernière lieue qui restait. Étrange impression de déséquilibre, car tout le corps était habitué depuis un mois à ce contrepoids de quatre kilos de mes lourdes bottes; brûlure aussi, car cette route - longue descente, longue montée - faisait mal.

]'ai encore eu le temps, mais dévoré par des puces, d'aller m'agenouiller au tombeau de Saint Jacques et de visiter un peu déja la cathédrale. Je suis heureux. Tout mon être chante la joie d'avoir vaincu, d'avoir vécu des semaines élevées spirituellement, d'avoir fait des provisions de beau.

Source : Mon chemin de Saint-Jacques ISBN 2-912104-16-5.


calzada : chaussée

Al menos, ocho kilometros! : au moins 8km !

Quantos kilometros ? : Combien de kilomètres ?

Quantos ? Doce, al menos ! : Combien ? 12, au moins !

manzanilla : camomille

pueblo : village


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ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE