ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE


Monseigneur Louis Duchesnes publie en 1900, dans les Annales du Midi, un article sur Saint Jacques en Galice. En voici la conclusion (pages 178-179)

  1. La croyance à l'apostolat espagnol de saint Jacques remonte, en dernière analyse à un remaniement latin des catalogues apostoliques rédigés en grec vers le commencement du VII° siècle. Ces catalogues ne sont, à aucun degré, des documents traditionnels sur lesquels on puisse faire fond.

  2. Vers l'année 830, on découvrit, sur le territoire d'Amaea, dans le diocèse épiscopal d'Iria Flavia, une tombe antique qui fut considérée comme celle de saint Jacques. Le culte dont elle fut bientôt entourée est attesté par le martyrologe d'Adon, compilé en France en l'année 860.

  3. Vers le même temps, c'est-à-dire vers le milieu du IX° siècle fut rédigé un récit de la Translation de I'apôtre de Jérusalem en Galice. D'après cette pièce, le corps aurait été rapporté par les sept saints des environs de Grenade, que l'on présente comme des disciples de saint Jacques ; Ce récit suppose la prédication de l'apôtre en Espagne.

  4. Vers la fin du IX° siècle, on fabriqua une lettre du pape Léon, non de Léon III mais d'un Léon imaginaire, qui aurait été contemporain de saint Jacques. C'est le premier document galicien où les catalogues apostoliques ont laissé une trace littéraire évidente, la mention des arcus marmarici.

  5. Au déclin du XI° siècle ou au commencement du siècle suivant, la lettre de saint Léon fut l'objet d'un remaniement grave, qui écarta le rôle des sept saints et produisit pour la première fois les deux disciples assesseurs, Athanase et Théodore ; en même temps fut éliminé le terme sub arcis marmaricis, que l'on remplaça par l'appellation Liberum Donum.

  6. L'Historia Compostellana, terminée en 1139, relève de ce remaniement et le consacre. Depuis lors, la tradition peut être considérée comme fixée.

  7. De tout ce que l'on raconte sur la prédication de saint Jacques en Espagne, la translation de ses restes et la découverte de son tombeau, un seul fait subsiste, celui du culte galicien. Il remonte jusqu'au premier tiers du IX° siècle et s'adresse à un tombeau des temps romains, que l'on crut alors être celui de saint Jacques.

Pourquoi le crut-on ? Nous n'en savons rien. L'autorité ecclésiastique intervint; on peut croire qu'elle ne se détermina que sur des indices graves, à son estimation. Ces indices ne nous ayant pas été transmis, nous n'avons pas à les apprécier. Les connaîtrions-nous qu'ils échapperaient peut-être à notre compétence.


Texte intégral disponible sur le site Persée

Mgr Duchesne, 1843-1922. "Historien ecclésiastique français ... dont les thèses ne furent pas toujours appréciées par le Saint.Siège" (Le Robert).


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