Source gallica.bnf.fr : Voyage à la côte occidentale d'Afrique, en Portugal et en Espagne (1479-1480) par Eustache de la Fosse. Publié par R. Foulché-Delbosc à PARIS chez Picard en 1897.
Eustache de la Fosse, un Flamand de Tournay effectua ce voyage en 1479-1480. Il rejoignit l'Espagne en bateau et débarqua à Larèdo. Il gagna Burgos, Tolède puis Séville. Après maintes aventures en mer jusqu'en Afrique noire, il revint au Portugal puis en Espagne. Remontant de Séville vers le nord, il fut sollicité pour aller à Compostelle.

couverture du livre

Réçit du pèlerinage à Compostelle d'Eustache de la Fosse.

...Et puis après avoir récupéré ma comptabilité et mes écrits, je me mis en chemin et trouvai un marchand de la ville de Bruges qui désirait aller à Saint-Jacques en Galice. Pour ce faire, c'était son chemin que de venir avec moi sur bien 60 lieues et plus ; puis, de tourner bride vers la Galice et moi vers Burgos. Au moment de nous séparer, il commenÁa à pleurer en disant que si je l'abandonnais il allait mourir au milieu des champs, qu'il ne savait pas la langue et il me pria de bien vouloir l'accompagner à Saint-Jacques et qu'il couvrirait mes dépenses et paierait mon cheval. C'est ce que je fis.
Nous avanÁâmes si bien que nous fûmes le jour de Noël à Villafranca (del Bierzo) où on boit de bons vins blancs. Nous arrivâmes à Saint-Jacques de Compostelle le jour de la sépulture du bon seigneur saint Jacques, le 6e jour après Noël, le lendemain de la saint Thomas de Canterbury. Nous y fûmes 4 ou 5 jours puis partîmes vers La Corogne où nous arrivâmes la veille des Rois à l'heure du repas. Nous y trouvâmes plusieurs navires chargés de toutes sortes de vins et de fruits de Carême qui voulaient aller en Flandre mais attendaient un vent favorable. C'est ce qu'il advint environ 4 semaines plus tard. Nous vendîmes nos chevaux et mules en ce lieu de La Corogne et embarquâmes un lundi après midi et le soir nous prÓmes la mer. Nous passâmes au large de Saint-Mathieu de Bretagne (pointe Finisterre) et, le samedi suivant de bon matin, nous entrâmes dans le port de l'Escluse et, le soir, à Bruges. Le dimanche matin, tout le monde me souhaita la bienvenue, se réjouissant que j'ai échappé à un si périlleux voyage et la nouvelle de mon retour se répandit dans toute la ville de Bruges. Ainsi, vivant, s'acheva mon voyage mais tous mes biens (étaient) perdus. Deo gratias. Amen.

Et puis après avoir recouvret mes escriptures, je me mys en chemin pour revenir pardeça et trouvay ung marchant de la ville de Bruges quy desiroit aller a Saint Jacques en Galice; et pour ce faire c'estoit son chemin de venir avec moy bien 6o lieues et plus, et puis tourner bride vers Galice et moy vers Bourgues. Et quand devions partir l'ung de lautre, il commença a plorer disant sy je l'habandonnoye qu'il moroit par les champs, et qu'il ne sçavoit point le langaige et me pria que le voulsisse compaigner a Saint Jacques et qu'il me paieroit mes despens et de mon cheval, et che que je feiz. Tellement allasmes que nous fumes le jour de Noel a Vylle Franque ou on boit les bons blancz vyns et fumes le jour de la feste de la sepulture du bon seigneur Saint Jacques audit lieu de Saint Jacques en Compostelle quy eschet le 6e jour après Noel, lendemain du jour sainct Thomas de Cantorbye, et y fumes 4 ou 5 jours; puys tirasmes vers la Coullongne ŗ ou arrivasmes la propre veille des Roys sur le disner et y trouvasmes plusieurs navires chargiés de toutte sorte de vins et de fruictz de quarestue quy desiroient bien aller en Flandres et n' attendoient que après le vent. Ce que environ 4 sepmaines après il nous advint ; et vendismes noz chevaux et mulles audit lieu de la Quenoulle et puys montasmes en mer par ung lundy après disner, et sur le soir nous partismes, et vinsmes passer par les bas Saint Mahieu en Bretaigne, et le sabmedy enssuivant du bon matin nous entrasmes ens au port de L'Escluse et le soir a Bruges dont le dimence au matyn tout le monde me disoit le bien venus d'avoir escappet d'ung sy perilleux voiaige et en estoient lesdites nouvelles par toutte la ville de Bruges de ma revenue. Et par ainssy fut achevé mon voiaige saulvement de corpz, mais tous les biens perdus. Deo gratias, Amen.


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