ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

Partant le 23 août 2012, deux septuagénaires marseillais vont accomplir ce pèlerinage. L'un d'eux, Jean-Baptiste, nous a gentiment donné l'autorisation de publier ses croquis et son carnet. Qu'il en soit ici remercié. En plus de l'appréciation des illustrations et du plaisir de la lecture, nous y retrouverons, pèlerins lecteurs, de quoi raviver quelques chers souvenirs. Voici la seconde partie : de Rabanal à Compostelle.


DE RABANAL À SANTIAGO À VÉLO

par JEAN-BAPTISTE MAURIN ©.

LUNDI 3 SEPTEMBRE

- Nous partons au petit jour pour cette ascension de la Croix de Fer, point culminant du Camino Francés. il fait bon, ça monte facile au début. On monte à la même allure ou à peu près que le marcheur moyen. Henri monte plus vite et il m'attend à Foncebadon où il y a maintenant au moins trois gîtes. Il y a des cars de touristes.

À la Croix de Fer, je dépose le morceau de marbre de Maurin que je porte avec moi depuis le départ. Beaucoup de monde et surtout beaucoup de cyclistes, peut-être plus que de marcheurs. Un peu plus loin, à Manjarin, nous nous arrêtons chez le "dernier templier vivant". En 2007, nous étions seuls avec Roland et pour attirer notre attention, il avait sonné de sa cloche. Aujourd'hui, il y a foule. Nous faisons tamponner nos credencials et Henri et moi faisons tous deux l'acquisition d'un tee shirt représentant un chevalier du Temple en armure, priant, appuyé sur son épée Henri le blanc et moi le noir. La descente sur El Acebo puis Riego de Ambrós est très rapide. La piste est impossible pour les vélos. Même la route est dangereuse ; je n'ose pas imaginer la rupture d'un câble de frein...

On dépasse beaucoup de marcheurs alors qu'il est encore tôt. C'est à se demander à quelle heure ils sont partis.

Nous arrivons à Molinaseca pour nous arrêter, avec d'autres cyclistes, devant l'épicerie de Ramôn qui a disposé devant sa boutique des bancs et des chaises. On se restaure complètement et on repart vers Ponferrada que l'on atteint après quelques petites montées qui usent avec cette chaleur. La descente sur la ville et le plat qui suit sont goudronnés ; c'est une vraie autoroute pour les vélos alors que c'était très mauvais en 2007.

La traversée de Ponferrada est interminable, sans marque de parcours. On prend la Calle de Santiago qui est tout droit vers l'ouest. On évite un détour du Chemin et des choses intéressantes, sans le vouloir.

On file ainsi rapidement, tout droit dans une zone urbaine et industrielle qui n'en finit pas, jusqu'à une côte au pied de laquelle se trouve un caviste qui offre des rafraîchissements. On s'y arrête, toujours avec de nombreux cyclistes, toujours espagnols. On se désaltère, se restaure et on prend la piste à travers les vignes du Bierzo. Très agréable portion de chemin qui traverse un petit rio dans lequel des cyclistes se baignent. Nous roulons un peu avec un jeune père de famille qui roule à vélo avec son fils de douze ans.

Jean-Pierre, pèlerin à pied qui est parti de Leon en même temps que nous de Saint-Jean, m'a signalé une excellente étape à Cacabelos, « la Villa » et on voit beaucoup de pubs pour cette étape le long du Chemin. Finalement on décide de rouler encore un peu pour franchir O'Cebreiro demain.

La chapelle Saint-Roch à Cacabelos est ouverte et on la visite. On se fait également tamponner.

Vraiment une belle ville que l'on traverse trop rapidement. Je fais visiter à Henri le gîte municipal, tout à fait spécial ; l'hospitalera nous tamponne volontiers.

Il fait de plus en plus chaud et on prend le goudron, plus court que la piste. C'est une succession de grimpettes.

Au pied d'une grimpette, on s'arrête à un point d'eau pour faire le point et on repart. Au milieu de la côte, Henri se rend compte qu'il est très agréable de rouler sans casque ; le seul problème, c'est qu'il faut qu'il redescende le chercher à la fontaine...

C'est de plus en plus dur mais on finit par arriver à Villafranca del Bierzo, au pied d'une belle descente. On prend une cerveza et le patron nous aide à trouver un hébergement. Celui que l'on souhaitait a brûlé cet hiver, il téléphone à l'autre qui est complet. On va donc au gîte municipal mais il faut monter tout en haut de la ville ; en plus on fait un détour incroyable, une galère...

Villafranca

Le gîte est à côté de l'église médiévale que jadis le pèlerin malade qui ne pouvait poursuivre le Chemin devait toucher pour gagner les mêmes indulgences et avantages que s'il était allé à Santiago.

Je touche et je dessine cette église.

Le repas du soir se prend en ville, abondant et reconstituant. Je prends des nouvelles d'Anita qui est rentrée en classe. Max m'appelle et m'apprend que l'OM est en tête du championnat.

Mathilda est-elle rentrée aussi ? Et Timur ?

Le gîte est plein comme un oeuf, les dortoirs sont occupés et on nous place dans un corridor entre les dortoirs et les douches-wc. Beaucoup de jeunes, de la guitare, des chants profanes et l'odeur, profane également, du shit. Avec l'invention du docteur Quiès, tout va bien.

Stratégiquement, notre étape n'est pas la mieux placée qui soit : nous avons demain vingt kilomètres à faire avant d'attaquer la sévère montée du Cebreiro. Il aurait été préférable de s'avancer un peu dans la vallée de Valcarce comme nous l'avions fait en 2007.

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MARDI 4 SEPTEMBRE.

- Le réveil est très nocturne, des Anglo-saxons, très nombreux, parlent très fort. Il fait nuit noire quand nous prenons nos vélos pour descendre dans la ville et prendre notre desayuno sur la place principale, là où nous avons pris la caña hier soir et où le patron parle un peu français.

Il fait bien moins froid que d'habitude le matin, quoique ce ne soit plus le cas lorsque nous embouquons le Valcarce. Nous doublons des dizaines et des dizaines de marcheurs. Il y a aussi beaucoup de cyclistes dont certains, plus rapides que nous, nous doublent tous les jours depuis longtemps.

À l'occasion d'une petite halte sur un pont, j'admire la rivière et je vois une belle truite faire un saut de plus de un mètre.

On fait une halte plus longue au relais des chasseurs de Vega. Je rencontre une Française qui travaille à Barcelone et fait le Chemin à vélo avec des amis espagnols. Elle s'est baignée dans la rivière à Cacabelos. On reverra le groupe au Cebreiro. La montée vers Hospital et Herrerias est un plaisir, on se retrouve dans une ambiance de montagne. Mais ensuite... Les mille mètres de dénivelé se font brutalement. Je ne me souviens pas d'avoir autant peiné en 2007 (il pleuvait alors qu'aujourd'hui la chaleur revient). La plupart des marcheurs vont plus vite que nous... Henri reste la plupart du temps sur le vélo. La plupart du temps, je marche à pied en poussant le vélo.

Nous arrivons après treize heures au Cebreiro où il y a beaucoup de monde. Personne dans la chapelle du miracle où l'on nous délivre un tampon difficile à déchiffrer. Nous retrouvons le groupe de cyclistes avec la Française, attablés, en train de déguster le pulpo gallego. On reprend la route en évitant la piste en terre car je me souviens de certains passages difficultueux. La remontée sur el Alto de Poio, dernier sommet montagneux du voyage, n'est pas facile. On reste bien ensemble tous les deux et tout se passe bien. Le plus souvent, Henri va devant, surtout dans les côtes et je prends le meilleur dans les descentes grâce à mon poids largement supérieur. On ne se quitte presque jamais des yeux et nous n'avons eu aucun incident jusqu'à maintenant.

Alto de Poio

À l'Alto de Poio, on prend un grand plat de macaronis agrémenté du fromage tiré du sac d'Henri.

Magnifique descente à fond la caisse jusqu'à Triacastela. Si les piétons vont à la même allure que nous quand ça monte, en revanche nous allons bien plus que quatre fois plus vite qu'eux dans les descentes.

Aujourd'hui, nous n'irons pas plus vite, ni plus loin que ce village. Nous avons besoin de nous reposer et poursuivre impliquerait le franchissement d'une bosse non négligeable.

On prend une chambre pour deux dans une pension-hôtel à dix euros, la maison Vilasante. À 17h30, me voilà douché, une grande lessive faite et étendue, en train de remplir mon carnet après avoir visité et dessiné l'église Saint-Jacques, tout en dégustant un Kas limon avec beaucoup de glaçons. Henri prospecte les restaurants pour la cena de tout à l'heure. Le temps se couvre.

Après ces journées d'effort dans la chaleur, notre état physique est correct, suffisamment pour repartir tous les matins. Je suis quand même un peu entamé et si les débuts d'étapes son bons, je perds assez rapidement mes forces et j'ai du mal à finir. D'autre part, je suis brûlé par le soleil sur la cuisse et le bras gauche, ainsi que sur le nez ; grâce à la crème d'Henri, ça se calme un peu

Les premiers jours, j'ai souffert des épaules, des poignets, en raison de ma position sur le vélo, ainsi que de l'endroit de ma personne en contact avec la selle. Au bout de huit jours, a n'y a plus de problème de ces côtés-là.

J'explique tout cela pour l'édification de ceux qui seraient tentés de voyager comme moi, et il ne faut pas croire que ces petits ennuis soient de nature à entamer si peu que ce soit la volonté d'avancer vers le but et la joie de réussir.

Il y a énormément d'Américains à Triacastela. On dirait des hommes d'affaires texans et les femmes sont chics. Manifestement ils ne marchent pas beaucoup à pied.

En plus du menu pèlerin à dix euros, nous prenons du pulpo gallego en apéritif pour fêter notre entrée en Galice. C'est un peu relevé par le piment et c'est excellent. Le reste du "menu peregrino" est comme tous les autres : pâtes, crudités, poulet ou viande con patatas.

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MERCREDI 5 SEPTEMBRE

- Toujours beau, frais le matin, chaud à partir de dix heures. La journée commence par la réparation efficace de la béquille d'Henri (béquille de son vélo, bien sûr). Nous laissons le goudron pour prendre le sentier qui monte fort, avec des cailloux au bout d'un moment. La traversée de A Balsa relève du dix-huitième siècle et la côte qui suit est très dure à vélo. À partir de San Xil, ça monte et ça descend mais on prend le goudron et on finit par arriver à Sarria que l'on voit au loin, bien avant de l'atteindre. La campagne est très belle, un plaisir des yeux car le paysage s'étale devant nous comme un tableau très profond et très varié.

On descend dans la ville puis on remonte sur l'autre flanc, en poussant le vélo. C'est raide.

On fait une bonne halte au meson Camino Francés tenu par un Espagnol très sympathique qui parle très bien le français car il a passé une grande partie de sa vie à Oyonnax où ses parents étaient émigrés.

Là nous faisons plus ample connaissance avec une cycliste belge solitaire qui a fait Gand-Bordeaux l'an dernier et fait Bordeaux-Santiago cette année. Gonflée ! Très souriante.

On continue la grimpette en passant devant l'ancienne prison et on s'arrête au couvent templier qui fait aussi auberge. Nous y sommes tamponnés. Il commence à faire chaud. On néglige le goudron et on prend le sentier jusqu'au bout de la journée.

À partir de Sarria, sur le Chemin, c'est un grand parcours de Vtt, quelquefois facile mais le plus souvent très sportif avec des passages techniques. Il y a un passage sur une passerelle de bois après lequel le raidillon est assassin. Nous avons les jambes tous les deux et franchissons des passages un peu limites. On passe devant la ferme de Rente où nous avions fait étape en 2007. Rien n'a changé. On franchit la borne des 100 kilomètres, jonchée de saletés. C'est une horreur.

Le parcours est vraiment splendide, avec de belles descentes.

Puertomarin

Aux portes de Portomarin, on s'arrête pour casser la croûte avec un pique-nique tiré des sacs. Passe un marcheur belge qui déclare avoir le statut d'invalide. Statut aussi respectable que celui de pharmacien ou charcutier. Il déclare marcher depuis 2009 et avoir trouvé Dieu comme réponse à ses interrogations. Très sympa.

On échoue à l'hôtel Villajardin (prononcer Biyarardine) qui ne sera pas le meilleur de nos hébergements mais on a une chambre pour deux et c'est l'essentiel. Après nos ablutions, nous prenons un helado dans la rue principale sous les arcades puis nous assistons à un très beau concert de flûte dans l'église fortifiée San Juan (Marin Marais, Bach, Telemann).

Le repas se prend au meson Rodriguez où nous faisons sommairement connaissance de deux splendides Portugaises (ou Brésiliennes).

Peu après notre endormissement, nous entendons des Espagnols parler très fort sous notre fenêtre. Ils s'arrêtent, on respire, mais pas de chance ils montent dans la chambre d'à côté et continuent de plus belle. On crie (Henri crie), rien n'y fait. Il est 1h30, on s'énerve. On s'endort mal et on se repose peu. Notre plus mauvaise nuit. Au réveil, je m'assieds sur le lit, assommé ; au bout d'un moment, je me lève et c'est pour me cogner violemment sur le plafond bas de cette chambre pourrie. Je m'allonge un moment et je reprends péniblement mes activités du matin : remplir les deux sacoches sans rien oublier et parvenir à les fermer.

À ce propos : le matériel a tenu de manière impeccable, que ce soit le système de porte-bagages arrière sur le vélo, comme les sacoches elles-mêmes qui se posent et s'enlèvent de manière très facile.

Ce matin, il fait doux. Polaire quand même. Surtout, c'est très humide et nous avançons dans le brouillard. Le départ est très rude, pendant un long moment, jusqu'à Gonzar où nous nous étions arrêtés en 2007. Il y a toujours autant de monde et l'odeur épouvantable est toujours la même. On fait de l'eau dans les wc.

Très rapide descente sur Ligonde. À Eirexe, on sort un peu du Chemin et je dessine le clocher à contre-jour. On se sèche avec le soleil revenu, on enlève le polaire et on casse une petite croûte en discutant avec un gars du cru, sur le pas de sa maison.

Surviennent une dame et sa fille, deux Françaises de Nantes qui parlent espagnol avec notre ami, le vieil Espagnol. On s'étonne d'une telle habileté dans la pratique de la langue locale et l'on nous répond que l'on est prof de français. Je demande si madame n'est pas également prof de logique... Ces dames parties, le vieil Espagnol nous explique qu'elles parlent le castillan et qu'il n'a rien compris à ce qu'elles disaient...

horreo

À Melide, nous cassons la croûte sérieusement chez Ezechiel, à gauche en montant la rue principale. Cet établissement populaire nous a été recommandé par notre ami Marcole, Flamand de Los Arcos. On prend une cerveza et le pulpo gallego. Excellent.

La suite est rude sous le chaud soleil de Galice. En traversant un ruisseau (rio Boente ?) sur un corridor de grosses pierres, Henri est secouru par un jeune homme avec jambe de bois posté là avec un sello pour vendre divers produits au bénéfice d'une action humanitaire. Je prends le sello et laisse quatre sous. Henri aussi. On prend un moment le goudron mais la présence des voitures est désagréable, voire dangereuse. Le Chemin n'est pas facile mais au moins on voit des pèlerins et, de temps à autre, on peut boire un coup. Et puis il est question de rattraper Jean-Pierre L. qui est devant nous. Arrivés à Arzúa, je lui téléphone ; il est à une heure derrière nous, on l'a doublé pendant qu'il cassait la croûte sous une tonnelle. Pourtant il a surveille les cyclistes et moi les tonnelles... Il me dit qu'il est dans un établissement nommé Santa Maria pour l'étape. Nous sommes sous un panneau qui l'annonce à 1,5 kilomètres. Nous y allons et il y a de la place. Très bel endroit, auberge de charme. Au moment des formalités habituelles, je cherche le petit sac à dos dans lequel je mets tout ce qui est précieux ; impossible de le retrouver. Nous reprenons les vélos pour faire à l'envers les 1,5 kilomètres jusqu'à l'endroit du coup de téléphone ; nous le retrouvons, posé par terre. La fatigue.

Je prends un grand bain après une grande bière. Henri se fait masser.

J'ai grand plaisir à retrouver Jean-Pierre qui a fait une grosse étape (Palas de Rei - Arzua).

Jean-Pierre L. marche avec un groupe d'experts-comptables ; un couple de Bordelais déjà rencontrés à Marseille, un couple d'Amiens, un Toulousain, un Niortais. Cest l'anniversaire de l'Amiénois qui offre le champagne espagnol, de même que Jean-Pierre, en l'honneur de notre rencontre. Nous prenons notre repas ensemble dans cette auberge tellement différente de tous les hébergements connus jusqu'à présent. Demain nous serons à Santiago.

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VENDREDI 7 SEPTEMBRE.

- On a passé une excellente nuit mais on s'est couché tard. Ce matin, le déjeuner n'est pas très "pèlerin" : il est servi tard, il n'est pas assez nourrissant ; en particulier le pan tostado est imbibé d'huile... Ensuite on perd beaucoup de temps à avoir la clé pour les vélos, la note à payer. Résultat : on va arriver à la cathédrale après midi.

Nous avons quarante kilomètres à faire. Les quinze derniers vont être terribles avec la chaleur.

Nous faisons une pause au sommet d'une côte, à un endroit où le Chemin tangente un rond-point. Une automobile arrive trop vite, sa conductrice, probablement en train de téléphoner, met une roue dans le fossé, dérape et se met sur le toit. Je me précipite, j'arrive devant la voiture, la conductrice ensanglantée remue, je tire sur la portière, l'arrache à demi et j'aide la malheureuse à se sortir de là, avec la chance de ne pas avoir eu d'incendie.

À proximité de Lavacolla, nous passons devant la petite église de Sainte Lucie. Il y a là de quoi se restaurer et se rafraîchir. La visite de l'église est également rafraîchissante et il y a une forte pensée pour maman ; si elle me voit, elle doit être aussi émue que moi (à moins qu'elle ne me traite de grand couillon, à faire le gamin avec mon petit vélo).

La longue et pénible traversée de Santiago nous conduit à la cathédrale. Inutile de chercher les flèches jaunes habituelles, il suffit de suivre le flot ininterrompu de pèlerins à pied et à vélo.

Tout le monde se retrouve au bureau des pèlerins pour la délivrance de la Compostela où je retrouve la famille nordique qui voyage sur deux tandems que nous voyons depuis plusieurs jours.

Je me place dans la queue tandis qu'Henri garde les vélos. Je réussis à convaincre la préposée aux écritures de descendre de l'étage jusqu'à lui en expliquant qu'il vieux, fatigué et qu'il ne peut monter les escaliers. Pendant ce temps, un Espagnol nommé Manolo s'est lié d'amitié avec Henri nous conduit dans une maison où, justement, se trouve une chambre à louer.

C'est tout près de la cathédrale, c'est pratique et le prix est correct. À côté se trouve un petit restaurant recommandé par Manolo. Pas cher, loin de la bousculade du quartier.

Les bagages posés, nous nous occupons tout de suite de l'avenir en rendant visite à l'office du Tourisme, à la gare et aux loueurs de voitures. Cest loin, relativement, et on a un mal fou à se déplacer. Henri trouve une opticienne qui répare les lunettes sur lesquelles il s'est assis malencontreusement ; elle ne veut pas se faire payer, et nous voilà faisant un kilomètre de plus pour trouver une rose (natural, no plastico) et la lui amener. Henri est un vrai caballero.

Nous allons ensuite à la cathédrale et je vais immédiatement à la chapelle Saint-Jean-Baptiste pour découvrir que la tortue n'est plus à l'endroit où nous l'avions placée en 2007. La tortue a disparu. J'envisage d'aller déposer plainte à la Guardia Civil.

SAMEDI 8 SEPTEMBRE.

Obradoiro

- Je suis sur la place de l'Obradoiro devant la cathédrale en train d'écrire sur mon carnet. Un pèlerin espagnol vient me montrer les dessins qu'il a fait sur le Chemin, très bons. Un homme vient me parler ; il se nomme Somoza, il est poète et a écrit un recueil qu'il me montre, sur la Lune et le Soleil. Il est atteint de la maladie de Parkinson et je parle longuement avec lui. J'accueille Jean-Pierre et ses amis. Nous allons à la messe et j'ai la chance d'assister au spectacle du botafumeiro ; je suis dans l'axe de son mouvement, comme Jean-Pierre de l'autre côté du transept. Repas et sieste. Arrivée de la Vuelta.

Visite d'une exposition temporaire sur le Codex Calixtinus et des figurines en papier de différents saints. Visite du musée de la cathédrale. Magnifique salle bien agencée, belle musique d'ambiance et personne alors que dehors la foule grouille. Une magnifique surprise : des tapisseries de Goya ; des bas-reliefs, des statuettes de bois peint, des vues sur les clochers, le cloître. C'est passionnant.

Visite du musée du pèlerinage, très moderne, avec beaucoup d'écrans d'ordinateurs que nous négligeons. Une chose curieuse : de grands écrans sur lesquels défilent des vues accélérées de divers Chemins ; on peut reconnaître des passages entiers comme par exemple la traversée de Figeac.

Après vingt heures, on retrouve Jean-Pierre et ses amis devant la cathédrale et on va manger notre menu peregrino tous ensemble. Ensuite on écoute un bout de concert galicien sous les arcades de l'Obradoiro, on se raccompagne et on va se coucher sous une pluie rafraîchissante.

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DIMANCHE 9 SEPTEMBRE.

Obradoiro

- Après le desayuno tardif, nous jetons un coup d'œil à la belle petite église de San Fructuoso où la messe dominicale est télévisée dans le monde entier par TV Galicia. Un second coup d'oeil pendant la messe à l'église San Paio de Antealtares. Puis visite complète de San Martiño Pinario et de son musée ; il y a beaucoup de choses intéressantes, notamment les stalles provenant de la cathédrale, de très riches objets de culte, des instruments scientifiques (la plupart de chez Ducretet, Paris), des animaux empaillés et en particulier une collection de colibris.

Je fais une aquarelle de la cathédrale et un Allemand vient photographier mon dessin sans aucune vergogne.

Nous avons l'un et l'autre beaucoup aimé notre petit séjour dans cette ville et l'ambiance qui y règne, prolongement de notre vie de pèlerins.

La réunion des marcheurs et des cyclistes sur la place de l'Obradoiro est une chose émouvante, les pèlerins se retrouvent, s'embrassent, les filles pleurent, les garçons se contiennent, tous à la joie d'avoir réussi à venir ici et à la peine de se quitter, peut-être pour toujours.

Nous prenons notre dernier repas du soir à la Casa Paredes où nous avons beaucoup apprécié les mejillones.

LUNDI 10 SEPTEMBRE.

- Nous prenons une Peugeot 308 chez Europcar après notre dernier desayuno à la Casa Paredes.

Après avoir touché la côte Atlantique, nous visitons le petit port de Puerto de Vega où nous dégustons un bonito a la plancha, excellent. C'est la fête dans ce village. Incursion à la Playa. Visite d'Oviedo, de sa cathédrale, du musée, du cloître et d'une librairie où un señor très gentil trouve un livre en espagnol pour l'épouse d'Henri et des renseignements sur une certaine famille Ibran. Nous retrouvons des pèlerins américains qui voyagent à pied, en taxi et en bateau. Il y a paraît-il beaucoup de pèlerins américains, attirés par un film sorti récemment : the Way.

Après Oviedo, nous nous arrêtons dans un petit village de pêcheurs, Lastres, indiqué par Nathalie. Nous trouvons un hôtel en haut de ce village plein de ruelles et d'escaliers qui plongent sur le port. Le Palacio dos Vallados est un excellent établissement. Nous avons une chambre sur la mer, avec une baie qui restera ouverte, même la nuit. Nous descendons au bord de l'eau jusqu'au phare, dont la digue est occupée par toute la population en train de pêcher le calamar ou l'encornet avec un matériel très sophistiqué dernier cri. Il y a là plus de cent pêcheurs, jeunes, vieux, hommes et femmes, serrés les uns contre les autres, donnant à intervalles réguliers de grosses secousses à leur ligne. Nous ne verrons aucune prise. En pleine mer, des dizaines de barques font la même chose.

À six heures du matin, il y aura encore beaucoup de barques et une dizaine de pêcheurs sur la digue.

MARDI 11 SEPTEMBRE.

- Je n'ai pas bien dormi. Un coup de fatigue et peut-être la fraîcheur de la nuit. Je suis malade. Pas de desayuno. Ça ne s'arrange pas et Henri roule pour nous deux jusqu'à Irún. Dommage, le pays est magnifique et nous passons à côté de très belles choses.

Une petite incursion tout de même à San Vicente de la Barquera. Très pittoresque mais touristique.

Nous rendons la voiture à Irun mais nous prenons beaucoup de retard et nous échouons dans un hôtel à la frontière. Je me couche.

MERCREDI 12 SEPTEMBRE

Bayonne

Je vais mieux mais on fait une erreur : on rate de vingt minutes le train pour Bayonne. On prend celui de 12h15. Deux heures d'arrêt à Bayonne devant la cathédrale, au restaurant El Asador, dernière touche espagnole. Dans le train vers Saint-Jean-Pied-de-Port, bourré de pèlerins, je lis une revue dans laquelle se trouve un article d'un philosophe sur le vélo. Il soutient que la monotonie du pédalage est une manière de transcender la monotonie de la vie quotidienne. C'est donc clair : si tu veux transcender ton existence, pédale, ou marche, ce qui revient au même. Et s'il n'est pas nécessaire pour cela d'aller à Santiago, c'est plus facile sur le Chemin de Saint-Jacques parce que là, on est obligé de se dépouiller et de faire la démarche avec d'autres dépouillés.

Cette réflexion et le passage à Bayonne me rappellent cette injonction d'Oracle (quatrième siècle avant Jésus-Christ) traduite par Marguerite Yourcenar : "Le juste entre au lieu saint, et sans rite, il est pur, l'onde lustrale est inutile à la vertu."

"Mais arrière ! Méchant au cœur pervers et dur, lavé de corps, ton âme, où la laveras-tu ?" (Musée Bonnat.)

Est-ce que je suis arrivé à Santiago comme un juste ?

Ce qui est sûr, c'est que j'étais un peu juste au niveau entraînement. Qu'Henri soit remercié pour m'avoir attendu dans les côtes et pour sa patience avec moi.

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