pel. de Ksado Le vieux pèlerin de Ksado
Le Pape Jean-Paul 2 à Compostelle Le Pape Jean-Paul II

ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

La main du pilier central du Portail de la Gloire.

Le pilier central du Portail de la Gloire de la Cathédrale Saint-Jacques est constituée coté intérieur, d'un faisceau de colonnes sveltes sculptées dans un bloc unique de granite. Coté extérieur, c’est une colonne de marbre blanc. Dans ce marbre très dur (1) est sculpté l’arbre de Jessé (2). La base est constituée d'une tête. La tête de qui ? On évoque Sanson ou Adan. Pourquoi Sanson ? Pourquoi Adan ? À droite et à gauche de la tête, il y a un animal la bouche largement ouverte. Deux bouches donc qui pouvaient jadis servir à fournir de l'air ou de la lumière à la crypte ? Un chapiteau (en marbre aussi) avec la Sainte Trinité, la généalogie divine donc du Christ coiffe la colonne de marbre. Nous n'irons pas plus haut, là où se dresse la superbe statue de notre Saint Jacques en pèlerin. Limitons nous à la zone basse, celle à la hauteur du visiteur, celle où est la « main » du titre de cet article.

En bas du fût de la colonne se trouve Jessé. Il est couché et l'arbre de la généalogie humaine du Christ y a ses racines. Plus haut, on reconnaît le roi David qui joue de la harpe, au dessus on voit Salomon et finalement Marie. Les branches de l'arbre ne touchent pas Marie, elle est « immaculée ». Entre Jessé et David se trouve « la main ». Il y a cinq creux dans la pierre où notre main droite peut placer ses cinq doigts. Les nombreux textes sur le Portique de la Gloire n'en parlent pas (3) où si ils ont été rédigés depuis moins de 100 ans, ils inventent des phénomènes naturels ou d'érosion par les doigts des fidèles.

Les récits de pèlerinage ou de voyage de Rozmithal (1465), von Popplau (1484), Tournai (1489), Fontana (1539), Lassota (1581), Confalonieri (1594), Manier (1726), Albani (1743) et le guide de Zepedano (1870) décrivent le rite consistant à toucher, par le bas, la pointe du bâton de marche (le bourdon) de Saint Jacques ou l'accolade à la statue du maître autel mais rien pour les cinq doigts à poser sur le pilier du Portail de la Gloire ! Ainsi Manier parle bien de la marque des doigts, il mentionne une légende mais n'évoque aucun rite : Dans le milieu du bout de l'église est un pilier en marbre bis-blanc où dessus sont les marques des 5 doigts d'une main de Notre Seigneur quand il a changé l'église, parce qu’autrefois le grand autel était au soleil levant. Les marques des cinq doigts y sont moulées comme dans de la pâte.

En conclusion, il semble raisonnable de croire que les marques des cinq doigts ont été creusées et polies pour affirmer la validation divine de l'orientation vers l'Est de cette cathédrale mais aucun rite n'y est associé. D'ailleurs, c'est tourné vers l'Est, de l'autre coté du pilier et en bas que le génial sculpteur-architecte du Portail de la Gloire, le Maestro Mateo, se serait représenté à genoux. Un rite particulier concerne, par contre, cette statue. Il est décrit par des guides et autres nombreux textes. Le rite consiste à se cogner le front à la tête de pierre pour acquérir une petite parcelle de génie. Ce rite n'est, en fait, pratiqué que par quelques étudiants facétieux et divers libre-penseurs.

C'est vers 1920 seulement que plusieurs évènements culturels font surgir le rite du geste de la main venant au contact de la trace de la "main de Dieu". Les pèlerins, à l'époque sont très, très peu nombreux. Ils font, en arrivant, le geste pour rendre grâce d'être enfin là. Un photographe, qui se fait appeler Ksado (1887-1972) et qui a son atelier au 23 de la rua do Vilar (rue très passante) affiche dans sa vitrine la composition photographique du vieux pèlerin la main sur la colonne. Cette image, puis d'autres semblables sont diffusées plus tard dans la presse et par une nuée de cartes postales notamment durant les Années Saintes.

Ainsi depuis ces années là, les pèlerins et les visiteurs ont été de plus en plus nombreux à faire le geste mais Mabille de Poncheville (1928) n'en parle pas. Ce n’est, selon moi, qu’un rite moderne mais le Pape Jean-Paul II l'a fait (1989). Ce n'est que très récemment que l'Archevêché de Saint-Jacques y fait obstacle avec une barrière et la fermeture de la grille donnant sur la place de l'Obradoiro.

"Vous me dites : Depuis près de 1000 ans des millions de doigts taraudent cette pierre ! Depuis près de 100 ans des millions de doigts taraudent cette pierre. Vous dis-je !

Page inspirée par un travail de José Manuel Garcia Iglesias (Université de Saint-Jacques-de-Compostelle).

(1) Provenant d'Incio, un village thermal de la province de Lugo (à 140km). Abrite l'unique église romane en marbre d'Espagne.

(2) du prophète Isaïe :  Puis un rameau sortira du tronc de Jessé, et un rejeton naîtra de ses racines.

(3) Rien par exemple chez Émile Baumann dans « Trois villes saintes » vers 1912.


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