ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE

LA MONTRE DE MARCEL

par Marcel Bois ©

Lauréat 2006 du "Prix des Récits brefs de pèlerinage"

Premier épisode.

Le jour de mon départ pour Oviedo, je m'aperçois que ma montre vient de rendre l'âme. Je fonce sur le marché de La Varenne pour y trouver un dépannage à prix "choc". Un chaland possède une annonce alléchante : " Montres à partir de cinq euros ". Je suis preneur mais j'espère qu'elle marchera pendant trois semaines. " Oui monsieur. Pour les hommes, c'est à partir de dix euros mais je vous offre en plus une pile de rechange. " Où va se nicher le sexisme ! Marché conclu. Me voici fin prêt. Après avoir recouvert mon chef d'une casquette orange, je m'apprête à charger mon sac à dos. Crac, le bracelet ne résiste pas au passage du bras dans la bretelle du sac. Désolé, le train n'attend pas. J'avise mon stock de montres au rebus, y découvre la moitié d'un bracelet et hop, gare d'Austerlitz. Horreur, je m'apperçois dans le train que les deux demi-bracelets ne sont pas identiques. L'un est en croco et l'autre en box. Cela promet d'avoir un effet "tendance". De plus, dans la précipitation, le petit axe métallique s'est échappé.

Deuxiême épisode.

Arrivé à Oviedo j'essaie de trouver un horloger ouvert. Mais que dalle... Bernard qui sillonne la ville depuis une heure m'en déniche un à deux cents mètres de notre gîte. J'y fonce et, malgré mon accent "ibère" très prononcé, j'arrive à me faire comprendre. En moins d'une minute mon bracelet est réparé. "La cuenta por favor.". Quatre-vingt-dix centimes d'euro. Je donne royalement un euro et j'ajoute, cette fois en français, "Gardez la monnaie".

Troisième épisode.

Au début de notre périple tout va bien. Ma montre ne retarde que de cinq à dix minutes par jour. Mais voilà que la pluie arrive et je m'aperçois que, comme le bonhomme, ma montre prend l'eau. Elle retarde désormais d'une demi-heure à trois-quarts d'heure par jour. Que faire ? Comme toujours dans ces cas je rne retourne vers mon sauveur Michel qui a vite fait d'ouvrir le boitier. Son diagnostic est sans appel : "Il y a de l'eau dedans".

Le lendemain, nouvelle journée pluvieuse. Arrivé comme d'habitude bon dernier en compagnie de N., G., V., J.-É. et J.-C. (1), je confie une nouvelle fois ma montre à Michel. Ce dernier, le cheveu en bataille, constate avec stupeur qu'une gouttelette d'eau accompagne la trotteuse. " C'est pas bon pour la mécanique ", me dit-il. Réouverture du boîtier et, le soir, à la veillée, ma montre, retenue par une pince à linge, trône près du poêle, au milieu du linge de la lessive quotidienne de la "gent féminine". Le lendemain je repars rassuré et nanti d'une montre asséchée. Les jours suivants la thérapeutique s'avère à peu près efficace.

Quatrième épisode.

Étape Santa Irene-Santiago.

Guy nous demande d'essayer d'être au calvaire Saint-Pierre(2) entre une heure et demie et deux heures afin de terminer notre pèlerinage en apothéose. Conscients de notre allure efficace de marche nous nous enfonçons dans la nuit sur le Camino avec Jean-Émile. Un moment donné nous nous apercevons que nous ne sommes plus sur le chemin. Pas grave. Nous ne nous étions écartés que de la largeur d'une route et fonçons vers Lavacolla. Nous dégustons un superbe sandwich à l'auberge du coin, conscients que nous étions en avance sur le reste de la troupe. En nous remettant en route vers l'étape finale, Jean-émile s'inquiète un peu de ne voir personne. Pas grave, lui dis-je. Nous sommes en avance. Dans la descente du Monte del Gozo nous pressons quelque peu le pas et, à l'entrée de Santiago, je m'apprête à chanter "On est les champions " quand le portable de ]ean-émile se met å sonner. Guy nous signale que le groupe attend notre arrivée devant le calvaire Saint-Pierre et ajoute, perfide, " Je ne suis pas inquiet." C'est à ce moment que je réalise que ma montre a encore pris trois-quarts d'heure de retard... La garce !

Explication : le groupe, parti cinq minutes après nous, a dû nous doubler alors que nous étions sur notre " déviation ".

Épilogue.

Depuis mon retour, ma montre marche parfaitement (merci saint Jacques). Que les pèlerins du Moyen Age étaient heureux !

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(1) Les initiales sont volontaires et préservent ainsi l'anonymat et, accessoirement, l'honneur des intéressés ! Ce n'est que le fruit du hasard et pure fabulation si, malgré tout, certains veulent s'y reconnaître.

(2) Calvaire de Bonaval, rue "San Pedro" avant la Porte "do Camiño"


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