Le Chemin de Compostelle

Paris - Compostelle - Paris en mobylette en 1960

par José Martinez Almoyna


PREMIÈRE PARTIE
de Paris au col de Roncevaux

coquille

Samedi 25 juin 1960. PARIS - ÉTAMPES : 50 km

PARIS

Tour Saint-Jacques : il est 10 heures et demi. Avant de partir les pèlerins se faisaient bénir ici, puis, en longs cortèges remontaient la rue Saint-Jacques, plus étroite et plus en pente à l'époque (elle a été refaite au 18ème siècle). La tour Saint-Jacques est le reste d'une église gothique du 14ème siècle sur la rive droite de la Seine : Saint-Jacques de la Boucherie.

Pont Notre-Dame, coup d'œil sur Notre-Dame de Paris, Petit Pont, Sorbonne et Lycée Louis-le-Grand.

Temps gris, il va pleuvoir : ça commence mal ! Il ne faut pas tout de même lâcher le premier jour parce qu'il fait un peu froid ! De toutes façons il n'est pas possible de faire demi-tour, la rue Saint Jacques est en grande partie en sens unique du nord vers le sud !

Église Saint-Jacques du Haut-Pas, Val-de-Grâce, Rue de la Tombe-Issoire : Avec le nom de cette rue commence la longue liste des légendes du Chemin de Compostelle. Il s'agit de la « tombe d'Isoré », car Guillaume d'Orange aurait tué ici un roi sarrasin, un géant du nom d'Isoré.

Porte d'Orléans et N.20

MONTROUGE : La N.20 ne retrouve l'axe de la rue Saint-Jacques et de la Tombe-Issoire qu'après le carrefour de La Vache Noire, à la frontière sud de Montrouge. Avant, c'est la petite rue « de la Vanne » qui reprend le tracé ancien de la voie romaine Lutèce-Orléans. L'église, près de la Mairie de Montrouge, est dédiée à saint Jacques.

19km. LONGJUMEAU sur la rivière Yvette : Église d'un peu de toutes les époques Église de Longjumeau, dessin. Façade très mutilée. À l'intérieur, les fenêtres et les vitraux sont assez jolis.

MONTLHÉRY : L'église et l'Hôtel-Dieu n'offrent d'intérêt que comme première étape du pèlerinage. Le château se composait primitivement de plusieurs murailles et la tour qui demeure était l'une des cinq dont on voit encore les bases. Les murs étaient épais de un mètre à un mètre cinquante... Du haut de la tour, la vue est assez étendue, dit-on, mais pas aujourd'hui ! Au Nord, on devrait voir Paris, la N.20 et plusieurs villages. Le château fut détruit sous les guerres de Religion. Enfin, il faut savoir que la tour servit aux expériences de calcul de la vitesse du son et de la lumière. Il commence à pleuvoir sérieusement.

LINAS : Église en restauration assez curieuse : Son abside est un mur droit troué de fenêtres en disposition et forme inattendues. À l'intérieur, on peut voir toute une collection de tableaux en piteux état se rapportant à Port-Royal... La tour de cette église est romane, simple et sans prétention.

Abbaye de LONGPONT : Elle se trouve à l'Est et fut fondée en 1031 par Hodierne, femme du seigneur de Montlhéry, puis restaurée à plusieurs reprises.
La façade de l'église est gothique de transition ; les grandes statues qu'elle conserve sont très mutilées : Au centre, la Vierge avec l'enfant Jésus, offre un visage sans vie. Les autres statues n'ont plus de tête ! L'intérieur est en escalier ; les chapiteaux sont simples, tout est simple ! C'est un mélange roman et gothique.

En route pour Arpajon.

ARPAJON sur l'Orge : Magnifiques halles en bois : halles d'Arpajon, dessin Église Saint-Clément gothique 13ème-15ème... Pierres tombales.

ÉTRECHY : Je passe au milieu d'un village qui fête son jumelage avec un patelin italien ! « C'était une nécessité que d'unir nos deux villes, unies moralement déjà depuis bien des années bien sûr ! Mais était-ce suffisant ? Ne fallait-il pas rendre plus forte cette union ? Si ! Oui, nous l'avons cru ! Nous l'avons cru et nous l'avons réalisé ! Ah, que nos enfants nous remercieront de ce geste transcendantal ! Ils diront : voila l'œuvre de nos pères ! Ils n'oublieront pas, non ! »
L'église a des formes pesantes. Sa tour servirait bien à caractériser les clochers de l'Ile-de-France. Je me dirige vers l'ancien château des Templiers (?) de Roussay. De loin, on pourrait encore imaginer... L'intérieur est une ferme. Je jette un oeil sur les bâtiments, suivi par deux cent poules ! Rien d'intéressant. En route pour Étampes ; il recommence à pleuvoir.

ÉTAMPES sur la Juine et la Chalouette : Étampes (Stampae me précise un érudit) a, entre autres, été prise, incendiée, détruite par les Normands ! Plusieurs de ses églises sont fort intéressantes.

Église Saint-Gilles :  L'extérieur ne m'a pas semblé extraordinaire : Façade romane, portail très simple. L'intérieur me réserve une surprise : La voûte de la nef très haute est en bois peint de fleurs de lys et d'hermine sur fond jaune ; elle est consolidée par des grandes poutres transversales... Église Saint-Basile 12ème/15ème/16ème :  Portail roman, mutilé. On peut y distinguer le thème du Jugement Dernier, à droite le Paradis, à gauche l'enfer et au dessus la pesée des âmes... L'église est en restauration...

Église Saint-Martin (à l'autre extrémité de la ville) :  Bâtiment colossal dont la tour à la suite d'un affaissement de terrain s'est penchée. clocher de Saint-Martin Les architectes ont continué leurs travaux en élevant par dessus un clocher bien droit Intérieur : Nef très haute (12ème/13ème). Les absidioles sont de petites merveilles et les colonnettes du déambulatoire forment un bel ensemble. Deux colonnettes fines alternent avec une, unique et plus massive.

Église Notre-Dame du Fort : Il s'agit d' une église fortifiée surmontée d'un clocher formé aux angles de clochetons à trois hauteurs de fenêtres. Dessin sous la pluie. Portail mutilé. Hôtel Saint-Yon : Pavillon renaissance absolument exquis avec ses fenêtres et ses portes enjolivées à tourelles octogonales. Tour Guinette :  Je fais vite, car de la pluie le premier jour ça calme les passions ! Ce donjon a des murailles de quatre à cinq pas.

Première nuit : À l'hôtel.

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Dimanche 26 juin 1960, deuxième jour. ÉTAMPES - ORLÉANS

Il y a deux routes entre ces deux villes : la N.20 et la D.97 ; à l'aller, j'ai pris la première, au retour la seconde. Le chemin des pèlerins ne traversait pas la forêt d'Orléans, c'eût été beaucoup trop dangereux.

Tôt le matin, je quitte Étampes, le temps n'est pas bien brillant et je m'enfonce dans les « brumes matinales ». Froid... De Paris, les premières voitures (les vacances commencent aujourd'hui) de plus en plus nombreuses, me dépassent. Bruit...MONERVILLE : Un peu de soleil...TOURY. Ce devait être pour bien des pèlerins la troisième étape depuis Paris. L'église porte sur l'avant de sa façade un beau porche en pierre. BEAUCE certains champs de luzerne donnent l'envie de s'y rouler... L'Ile-de-France reste maintenant derrière, me voici en Orléanais... N'est-il pas regrettable d'avoir abandonné les noms des provinces ?

ORLÉANS : Tout le monde connait l'épisode du siège d'Orléans par Jeanne d'Arc... Et bien, en temps de paix, les pèlerins traversaient la Loire à Orléans puis suivaient la rive gauche du fleuve jusqu'à Tours. Quand il y avait guerre quelque part, ils faisaient un détour. L'entrée d'Orléans m'a semblée fort laide. Imaginez une très longue rue mal pavée, sans trace de vie jusqu'à l'horizon ; des maisons basses et des centaines de poteaux électriques affreux : C'est tout à fait l'ambiance d'une alerte atomique ! Orléans est la ville la plus au nord citée par le Guide du Pèlerin de Saint Jacques de Compostelle : « his qui per viam Turonensem ad Sanctum Jacobum tendunt, in urbe AURELIANENSIUM lignum dominicum et calix beati Evurcii, episcopi et confessoris, in ecclesia Sancte Crucis visitandum est araquo;. Un des miracles de saint Euverte est ensuite conté : « Il disait la messe un jour et la main de Dieu apparut au-dessus de l'autel, en l'air... et tout ce que le pontife faisait à l'autel, la main divine le faisait également... »

Cathédrale Sainte-Croix : Il s'agit d'un ensemble en majorité de style 15ème siècle, restauré au 17ème. Les arcs-boutants sont caractéristiques à cet égard. L'un a été refait gréco-romain ! Leur finesse est exagérée. La façade est très originale et sur toute la longueur du Chemin Français entre Paris et Compostelle on ne voit rien de semblable... Le cloître est assez joli, il devait être autrefois encore plus beau, les murs offraient au regard des fresques dont on ne peut plus voir que quelques restes.

Notre-Dame de la Recouvrance : Mélange assez quelconque de styles 15ème et 17ème... Je vais dormir à la belle étoile ce soir, c'est décidé. À la recherche d'un abri pour la nuit. Je prends donc la route de Blois par la rive gauche de la Loire.

CLÉRY-SAINT-ANDRÉ

Basilique : Construite au 15ème siècle, cette Basilique est formée d'une nef colossale et un croisé peu développé. Il n'y a ni façade ni clocher. Dessin.

Tombeau de Louis XI : Le roi Louis XI en effet n'a pas été enseveli à Saint-Denis. Son corps avec celui de son épouse a été enterré ici. Ils sont orientés vers le Tabernacle. On peut pénétrer dans le caveau et on peut voir le crâne du roi, le menton est proéminent et la boite crânienne plus petite que celle d' un homme actuel. Le Guide en faisant tinter ses clefs en rajoute : "Ce fut un grand roi, mais la routine fait que les livres d'Histoire des écoles sont remplis de stupidités sur lui". Le tombeau est surmonté d'une statue à genoux. Le roi est représenté en pourpoint et porte la fraise ! En face, il faut voir la chapelle de Dumois et Longueville, elle est composée de trois travées triangulaires. L'équilibre n'est pourtant pas rompu. Je trouve enfin un bosquet pour passer la nuit...

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Lundi 27 juin 1960, troisième jour, le long de la Loire.

Je me réveille à 6 heures. Comme hier matin il fait froid et le ciel est couvert, pourtant la nuit a été belle. Départ à 7 heures.

CHAMBORD : Visite du château puis retour vers Blois.

SAINT-DYE-sur-LOIRE : Église à la façade très dégradée ; trois nefs larges mais sans hauteur. Il y a des colonnes corinthiennes alors que le tout est plutôt gothique !

MONTLIVAULT : Il s'agit d'un village fortifié dont la tour de l'église forme le donjon. L'intérieur montre que sa construction a été faite une époque d'austérité ; la guerre de Cent Ans (?). La voûte est formée de planchettes disposées en arc d'ogive. Les piliers sont très rudimentaires. Dessins. Déjeuner au bord de la Loire. Le soleil commence à briller.

BLOIS
La ville est sur la rive droite, mais il y a toujours eu des habitations sur la rive gauche. Voyons ces installations de la rive gauche.

Église Saint-Saturnin : Il y avait ici, avant la Révolution, un couvent dont on peut visiter le cloître qui communiquait par un passage souterrain au reste des bâtiments. Ce cloître est très curieux, en effet, en plus de leurs voûtes en bois les galeries ont des largeurs différentes. Dans l'église, on retrouve les mêmes dissymétries.

Notre-Dame des Aydes : À l'extérieur, sur un remaniement classique, apparaît le motif décoratif de la « coquille ». Depuis Paris, je ne l'ai vue que deux fois.
Sur la rive droite il y a, bien sûr le Château, mais il n'y a pas que le Château.

La Cathédrale Saint-Louis, par exemple, est une sombre composition romane, gothique et renaissance.

L'Église Saint-Nicolas, ancienne Abbatiale Saint-Laumer fut fondée par des bénédictins fuyant les Normands. Les arcades des bas-côtés m'ont semblé assez extraordinaires ; comme le montre mon dessin il s'agit d'arcs en fer à cheval ou lancéolés. Influence byzantine ? Le triforium présente une très belle collection de colonnettes. Tous les chapiteaux sont différents ;  ainsi, sur les uns ce sont des visages grotesques et des animaux mêlés aux feuilles d'acanthe ;  sur les autres, des scènes de vie : Deux hommes se tirant la barbe ou se disputant une femme... Vitraux modernes de bon goût et s'adaptant bien avec l'ensemble de l'architecture. Coupole. Les autres bâtiments conventuels sont, depuis la Révolution transformés en hôpital. Tout comme pour le château de Chambord, je ne dirai rien ou presque de celui de Blois. Les pèlerins, à partir du 16ème siècle, voyaient la grande façade du château de l'autre côté du fleuve. La pierre est blanche ; de plus en plus blanche dit-on, contrairement à celle de Paris. Il faudrait lui faire passer l'épreuve d'un séjour dans la capitale et nous verrions le résultat ; il ne serait pas très blanc, j'en suis sûr.

Comme il est encore tôt, je continue vers Amboise. C'est quelques kilomètres après Chaumont que je trouve un endroit convenable pour passer la nuit à l'extérieur... Je n'oublierai jamais les sales moustiques de Chaumont ! Mauvaise nuit.

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Mardi 28 juin 1960, quatrième jour. De Blois à Tours 62 km.

CHAUMONT : Il y a sur le bord du côteau un château : Je ne l'ai pas vu, ou plutôt, je ne l'ai pas visité. Dessins.

AMBOISE : Visite du château. Dans la « chambre du Roi », on peut voir le thème décoratif de la gourde et la coquille des pèlerins. Tour des cavaliers, chapelle, Salle des États. Une église antérieure au 12ème siècle, qui se trouvait en dehors des fortifications existe encore à l'opposé de la ville : Ses chapiteaux sont remarquables et dans la ligne de ceux de Saint-Nicolas de Blois : Diables grimaçants, monstres, anges, masques.
Entre Amboise et Tours, on peut s'arrêter à Montlouis où il y a des caves creusées dans le roc. Le vignoble de Vouvray se trouve en face, sur l'autre rive de la Loire.

TOURS : Cette ville, m'a en quelque sorte déçu. Les monuments ne valent pas la publicité qu'on leur fait.

Cathédrale Saint-Gatien : Elle conserve l'architecture de cinq siècles. La nef très haute prend toute sa valeur quand on la voit du porche avec en fond, les verrières magnifiques de l'abside. La façade est en restauration. Les rosaces du transept sont cachées par un orgue qu'il faudrait déplacer. Tombeaux des enfants de Charles VIII.
En faisant le tour de la Cathédrale pour aller visiter son cloître, on peut remarquer les arcs boutants doubles. Enfin dans le cloître lui même il y a un joli escalier.

Archevêché classique. Jardins, un cèdre (bien sûr centenaire). Basilique Saint-Martin. Quelques vieilles maisons mal soignées.

Ancienne Abbaye Saint-Julien (en restauration). Lorsqu'on pénètre dans l'église, on est gêné par la clarté ; en effet pour l'instant seuls quelques vitraux ont été rétablis. Ce sont des œuvres modernes qui teintent les murs opposés de magnifiques couleurs... L'orgue joue en ce moment, il souligne la solitude majestueuse des lieux. L'ensemble a beaucoup souffert des bombes pendant la dernière guerre. Le pont sur la Loire est tout près, ainsi que la gare de Saint-Pierre des Corps.
L'ancien cloître avec son cellier et sa Salle Capitulaire mérite une visite. Mélange de la forme ronde et de la forme aiguë qui donne quelque chose de svelte, mais ni roman, ni gothique.

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De TOURS à POITIERS : 104 km.

La route N.10 suit l'ancien tracé, en effet on peut voir assez souvent les grandes bornes en pierre qui sur la Route Royale indiquaient le nombre de lieues (françaises) depuis Paris. Après le pont sur le Cher, dix kilomètres encore et nous trouvons l'Indre et le village de château de Montbazon, dessin MONTBAZON qui est dominé par les ruines du château des Comtes d'Anjou. Sur l'angle nord du donjon se dresse une grande statue de la Vierge Marie : Il s'agit d'une des fameuses Vierges Noires. En revenant des Croisades des chevaliers chrétiens ramenèrent des prisonnières maures converties au Christianisme. L'une d'elles se voyant remplacée dans le cœur de son seigneur par une jeune femme au teint très blanc, vint en larmes, devant la statue de la Vierge dont le visage était aussi très blanc. La fille de Palestine interpela Marie et celle-ci lui répondit ! Elle était née dans le même pays que cette captive et la vraie couleur de sa peau brune. Suite à cette apparition miraculeuse on vénéra dans le Poitou et en Touraine la Vierge Noire.

Sainte-Maure : Église au milieu des ruines de l'ancien château.
Halles du 17ème, sans intérêt. Je préfère la façade de la Mairie, plus élégante à mon goût.

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Mercredi 29 juin 1960, cinquième jour.

Je pars à 11 heures. Fin de la Touraine et entrée en Poitou.

CELLE-SAINT-AVANT puis INGRANDES avec un grand camp militaire américain. Église fermée. Dans le large mur de façade se voient deux fenêtres obturées et bien d'autres traces (de l'époque carolingienne peut-être ?)

CHATELLERAULT : J'achète une boîte d'épinards en conserve, ce sera la dernière fois !

Église Saint-Jean-Baptiste : Elle a été « reconstruite » au 19ème siècle, en sens inversé. À l'origine son abside était là où est maintenant le portail qui donne sur le boulevard ! De toute façon, ses chapiteaux sont assez intéressants : On peut voir Dieu portant le monde, avec aux coins les évangélistes. Un homme donne une fessée à une autre personne. Il tient un martinet d'une main et de l'autre relève la chemise de sa victime. Un homme fait une grimace en déformant sa bouche avec ses mains.

Église Saint-Jacques : Cette église située rue Saint-Jacques a une façade non seulement en très bonne conservation mais elle présente une abondante décoration. Je suis à la fois émerveillé et mal à l'aise. Tout le style roman sur une seule façade ! Ce cochon (dessin) est-il bien ridicule ? Si je le trouvais sur une vieille chapelle ne deviendrait-il pas très expressif ? J'en ai peur. J'ai particulièrement aimé le chemin de Croix en fresque et une statue de Saint Jacques en pèlerin. La table de Communion est formée de colonnettes de marbres tous différents : rouge, noir, nervuré blanc, vert, gris. Tableaux de l'école flamande.

Pont Henri IV : Il a huit arches, il est flanqué de deux tours à son entrée, Il a été commencé sous Henri III et la Guerre de 39-45 l'a épargné, me dit-on.

LA TRICHERIE : à droite, ruines du château de Beaumont.

POITIERS situé sur le Clain, a environ 50.000 habitants. Évêché, Académie, bataille de Poitiers en 732, etc.

Baptistère Saint-Jean : C'est une construction rectangulaire avec des absides sur chacun des côtés et un des rares édifices de la France Carolingienne. Les efforts d'ornementation sont bien maladroits. Les colonnes en particulier sont romaines. En fresque, l'Ascension du Christ avec des Apôtres. Les corps trop longs soutiennent des têtes trop petites. Un cheval semble dessiné par un enfant ! La piscine où on pratiquait le baptême par immersion est au centre.

Préfecture, Palais de Justice, église Saint-Jean de Montierneil : 11ème remaniée aux 12, 14 et 17ème. Dessin. Elle fut fondée par Guillaume VI alias VIII (?) dont on trouve le tombeau à droite en entrant. Tableaux de Jeanne au bûcher et Chemin de Croix. Clocher. Façade 17ème.

Cathédrale Saint-Pierre : Cet édifice dont le gothique n'est pas très beau souffre de l'existence d'un certain nombre de merveilles romanes ici à Poitiers. Dessin.

Église Sainte-Radegonde : Miracles de sainte Radegonde, reine de France et Patronne de Poitiers . Le Christ lui apparaissant lui annonça le jour de sa mort et laissa l'empreinte de son pied sur la pierre. Devant son tombeau encore ouvert, l'évêque fut guéri d'une rage de dents et un aveugle recouvra la vue. Intérieur : Le déambulatoire est un bijou. Huit gros piliers soutiennent la voûte qui est toute peinte magnifiquement. Chapiteaux volumineux, nombreux ex-voto. Nef : mélange de roman et de gothique (les différentes fenêtres par exemple). Crypte avec les reliques de la Sainte. Façade : ensemble roman, sauf le portail qui est du 15ème. Au centre est représentée la Vierge Marie portant sur le bras l'enfant Jésus. À sa droite se trouve Radegonde dans une même position du corps, le ventre légèrement sur le côté et en avant, le poids pesant sur une seule jambe.

Notre-Dame la Grande : Je n'aime pas la façade de cette église qui est considérée comme l'une des plus belles. Elle a été très abîmée par les huguenots et la Révolution et je n'y trouve pas assez de simplicité. Il y a bien sûr des détails savoureux mais je crois que je n'ai pas d'enthousiasme pour l'architecture à cette heure. Demain : Poitiers - Saintes et s'il fait beau, j'irai me baigner à Royan.

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Jeudi 30 juin 1960, sixième jour. POITIERS - SAINT JEAN D'ANGELY

Nous quittons donc Poitiers par la RN.10, puis la N.150. Sur la droite, le village de Fontaine-le-Comte. J'arrive au milieu d'un enterrement, les gens semblent assez joyeux de se retrouver et de pouvoir prendre un verre ensemble.

FONTAINE-LE-COMTE s'est formé autour d'une ancienne abbaye fondée au 12ème siècle puis remaniée à la suite du « passage des anglais » au 13ème. Belles stalles sculptées. Façade des bâtiments conventuels. Dessins.

LUSIGNAN : Halles (Dessin). Église Notre-Dame, romane bien sûr. Belle corniche à têtes d'animaux et d'hommes. L'intérieur offre une décoration beaucoup plus variée, les piliers par exemple sont couverts de feuilles aux formes diverses. La coupole jouit d'un bel effet de lumière. Pierres tombales. Christ en Croix. Crypte. Il y a sur la place de l'église de très vieilles maisons, basses, massives, tout-à-fait l'auberge des romans et films de cape et d'épée.

SAINT-LÉGER : Dessin du portail de l'église.

MELLE possède trois églises, la première : Saint-Savinien est en ruines. Elle a été jusqu'à ces années-ci, occupée par des habitations qui, sur deux étages, remplissent encore une partie de la nef. Le chœur est un entrepôt de tuyaux ! La voûte de la nef est comme celle de Saint-Gilles d'Étampes, en bois et renforcée par de grandes poutres transversales. Coupole. Énormes contreforts. Chapiteaux mutilés, sur la façade, animaux sculptés dans la pierre (cerf, aigle, renard, poisson). Le clocher est carré avec quatre arcs sur trois étages.

Saint-Hilaire est la plus belle des trois églises de Melle. Sur la porte droite de la façade, il y a une galerie de saints tous la main levée. Animaux. Les absidioles géométriquement placées forment un escalier vers le ciel (dessin à comparer à celui fait pour Saint-Sernin de Toulouse). Sur le côté droit, au dessus de la porte latérale, se trouve une statue de cavalier dont le cheval a le pied levé sur un enfant qui se trouve à terre. Les spécialistes disent que c'est l'Empereur Constantin, premier empereur chrétien (?) Déambulatoire. Statue de la Vierge Marie (dessin).

Saint-Pierre : À l'autre extrémité de Melle. Comme les deux autres , sa tour est de plan carré. La façade principale est quelconque ; par contre l'abside avec sa corniche est un bijou ! Sur le mur de droite : Jésus entre Pierre et Paul (dessin).

AULNAY

Église Saint-Pierre de la Tour : L'église d'Aulnay donne une impression de construction très harmonieuse. Ses chapiteaux sont d'une rare clarté ; leur sens souvent m'échappe mais on peut retrouver quelques scènes : Dalila, armée d'énormes ciseaux coupe les cheveux de son époux endormi,Samson. Avare retenant son argent sur son ventre. Acrobates. Guerrier luttant contre un monstre. Avec l'inscription « hisvnt ELEPhAN » (des éléphants). Caïn tuant Abel qui garde un mouton ou sacrifice d'Abraham ? Statue de saint Pierre : Elle était autrefois à l'extérieur et porte des traces de peinture. J'ai déjà entendu dire que certaines églises étaient, même à l'extérieur, toutes resplendissantes de couleurs vives. On retrouve ici le « cavalier » de Saint-Hilaire de Melle. Très belles décorations à l'extérieur mais façade défigurée par des contreforts gothiques.

SAINT-JEAN D'ANGELY : La ville ne conserve du moyen âge qu'une tour de remparts. Une abbatiale inachevée sobre, majestueuse, imposante. Trouver du style néoclassique en Saintonge c'est inattendu ! Le Guide du Pèlerin déclare qu'il y avait dans une « vaste Basilique » la tête de Saint Jean-Baptiste apportée ici aux premiers siècles de la Chrétienté.

VÉNÉRAND : « Fontaine » où les Romains recueillaient une partie de l'eau approvisionnant la ville de Saintes. La source est sous une falaise et un toit de verdure.

SAINTES : À l'Auberge de Jeunesse.

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Vendredi 1er juillet 1960, excursion à Royan, puis Marennes.

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Samedi 2 juillet 1960, huitième jour. SAINTES-BORDEAUX

SAINTES fut un très important centre de culture romaine. Arc de Germanicus

Arènes... Placées dans un vallon naturel.

Thermes. Un tas de pierres. Il y aurait eu ici en 814 un violent tremblement de terre.

Abbaye aux Dames : Église romane et bâtiments 17ème. entrée de l'abbaye En 1047, Geoffroy Martel et Agnès de Bourgogne fondent une abbaye de femmes sous la règle de saint Benoît. En 1117, la vieille église est abattue pour faire place à une œuvre nouvelle. La nef est allongée et se couvre de deux coupoles.
Guerre de Cent Ans et Guerres de Religions. La Révolution fondit les quatorze cloches d'argent et installa dans les bâtiments, l'armée. Façade Ouest : chapiteaux avec des hommes poussés au combat par des femmes et des démons, Christ montant au ciel au milieu des anges, luttes entre des animaux et des hommes. Porche de l'église : au centre, Dieu le Père bénissant, autour de lui des anges portent les instruments de la Passion. Les quatre Evangélistes et l'Agneau de Dieu. les Vieillards de l'Apocalypse. Institution de l'Eucharistie avec, semble-t-il, Adam et Eve ? Intérieur : les coupoles ne reposent pas sur les vieux murs mais sur des grosses colonnes. Ces coupoles sont d'ailleurs, bouchées. Clocher carré à la base, puis décagonal. Dôme en forme de tête d'obus.

Église Saint-Palais (évêque, grand bâtisseur d'église) : L'église actuelle est principalement gothique et plusieurs piliers de la construction antérieure sont sans utilité. Mais la nef et le choeur s'écrasent en écartant les colonnes. Chapiteaux historiés : masques, monstres... Belle grille des fonds baptismaux.

Cathédrale Saint-Pierre : Edifiée au 6ème siècle, par saint Palais, à l'endroit où les premiers chrétiens furent martyrisés... Cathédrale sous Charlemagne... 1026 incendie... 1062 reconstruction... Guerres... On dit que Jean XXII emprunta à cette église l'usage de l'Angélus. Deux coupoles... Déambulatoire agréable... Statue de saint Pierre. Le cloître, dont il y a deux ailes encore intactes, montre parfaitement l'enchevêtrement des styles qu'on a fabriqués suivant la mode : roman, plusieurs gothiques, renaissance ! Le porche a conservé une gargouille. La tour est assez curieuse, elle se compose de petites tourelles coiffées au sommet d'une coupole en forme d'oignon.

Église Saint-Eutrope : Le corps du saint est dans la crypte, derrière l'autel. Les bas-côtés de cette crypte forment une très belle galerie. Les chapiteaux sont plus simples que ceux de l'église elle même. On y trouve les thèmes habituels du roman, animaux bizarres... Combats... Scènes des Évangiles.
La tour, que j'ai trouvée un peu prétentieuse, est du 15ème siècle.

De SAINTES à BLAYE
Rien jusqu'à Pons où on peut voir un donjon qui semble tout neuf, comme construit l'année dernière.

Église Saint-Vivien : dessin de la façade.
Sur la route de Blaye, il n'y a pas grand chose sauf près de Petit Niort, une sorte de borne de prière de style gothique qui porte sur chacune de ses quatres faces la statuette de saints dont Jacques en pèlerin.

BLAYE : Ce fut longtemps une des plus importantes villes de Guyenne et Gascogne ; aujourd'hui elle est moribonde. Du moyen âge, il ne reste pratiquement rien. La citadelle construite par Vauban a tout recouvert, y compris le « Tombeau de Roland » !

De Blaye, les pèlerins prenaient une barque qui, sur la Gironde, les conduisait à Bordeaux. S'ils avaient peur, ils remontaient à pied jusqu'à Cubsac, actuellement sur la route N.10. Moi, je prends le « bac » qui, avec de nombreux détours à cause des bancs de sable, me conduit sur l'autre rive. Paysages.
Médoc : les pieds de vigne sont minuscules, trente centimètres en moyenne, ce qui doit rendre les vendanges fastidieuses !
Raffinerie du Bec d'Ambez au loin.
Le soir tombe et il fait froid et humide. Entrée dans Bordeaux par des rues pavées abominables !!! J'ai perdu deux ou trois boulons et gagné un bon mal de tête.

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Dimanche 3 juillet 1960, neuvième jour. BORDEAUX.

J'ai trouvé à l'A.J. de Bordeaux un Z60 (note) qui commence un travail sur les Landes. Nous visitons ensemble la ville.

Tour Pey-Berland et Cathédrale : La Tour Pey-Berland est séparée de la Cathédrale Saint-André sans raison, semble t-il. La Cathédrale n'a pas de véritable façade puisque les tours et le grand portail sont placés latéralement à l'axe de la nef.

Saint-Seurin : Nous allons ensuite à Saint-Seurin, sanctuaire important du Chemin de Compostelle. On y montrait en effet l'olifant de Roland.
Portail Royal (portail sud ) 13ème siècle : Galerie de Saints avec le Christ ouvrant ses longs bras aux élus. Les visages sont petits et les corps longiformes, les plis des vêtements sont dessinés ou travaillés. Deux anges portent les instruments de la Passion, deux autres portent l'un le soleil, l'autre la lune. À droite, la Vierge Marie. À gauche, probablement saint Jean.
Portail Ouest 11ème siècle. Il possède des chapiteaux historiés intéressants, en particulier un naïf sacrifice d'Abraham...
La crypte antérieure à la construction actuelle de l'église est consolidée par des colonnes prises à des temples romains. Ici se trouve le tombeau de Saint For, premier évêque de Bordeaux... Les vitraux du siècle dernier retracent l'histoire de saint Seurin, saint For, Charlemagne et l'enterrement des corps de Roland, Turpin et Olivier....

Église Sainte-Croix : L'église et l'abbaye ancienne furent pillées et brûlées par les Normands puis reconstruites au 11ème et 12ème siècles, remaniées au 16 et 19ème où fut ajoutée, sans raison ni goût, toute la partie gauche du bâtiment. Au porche du centre, il manque de nombreuses sculptures. Il reste toutefois des diables, des joueurs d'instruments de musique, des signes du zodiaque, la « luxure » représentée par deux serpents mordant les seins d'une femme, des hommes tirant en sens contraire sur une corde.
À l'intérieur, on remarque surtout la grande largeur de la nef, quelques tableaux (l'aveugle guéri) et une très belle chaire en bois précieux...

Basilique et Tour Saint-Michel : Très ridicule, plus haute tour gothique du midi construite au siècle dernier. C'est ici que se trouve un caveau fameux des « momies ». Dans ce caveau ont été placés soixante dix cadavres qui, de par les propriétés de la terre où ils reposaient sont restés momifiés !

Basilique Saint-Michel : Elle fut fondée en 1150 après un don d'une certaine Dame Azelan, puis reconstruite, puis détruite par la foudre. Comme pour Sainte Croix, le 19ème siècle lui refit un transept, un chœur et des nefs latérales moyenâgeux ! Les fenêtres portent une magnifique collection de vitraux modernes qui se projettent en un prodigieux effet de couleurs... Statue de sainte Ursule. Dans la chapelle de sainte Catherine d'Alexandrie nous trouvons une véritable merveille : Un retable de bois finement sculpté, dentelé, détaillé à l'extrême. C'est une œuvre de la fin du flamboyant. Bordeaux s'est développé au 18ème avec le « commerce » (esclaves...) des Indes Occidentales ; c'est une ville du 18ème en grande partie. Le Grand Théatre figure toujours comme « l'exemple » architectural de néoclassicisme français. La Préfecture et de nombreux hôtels particuliers datent du règne de Louis XV. Cours de l'Intendance et du 30 juillet... •

Dimanche 4 juillet 1960, dixième jour, à travers les Landes... BORDEAUX - LABOUHEYRE

9h 30 - Départ de l'A.J.- Nationale 10. La route traverse l'ancien prieuré de Gaillac. De chaque côté de la chaussée, des ruines avec des arcs gothiques.

LE BARP... L'HOSPITALET : La vieille maison sur la droite serait un ancien hospice pour les pèlerins. Église de Le Muret, dessin

BELIN, on traverse la rivière Leyre. LE MURET : Chapelle avec porche-hangar sous lequel pouvaient dormir les « coquillards ». Sur le mur de l'autel, il y a une coquille Saint-Jacques.

LIPOSTHEY Je me détourne sur Parentis. Je suis bien déçu : Un derrick au loin. Je retourne vers Labouheyre par Ponteix-les-Forges. Sanctuaire de Saint-Jean des Bourricos, dans un endroit très calme et très joli.. Belle nuit, je dors dans les pins. Il n'y a pas de moustique ! C'est la première fois que je traverse les Landes avec plaisir. En train ou en voiture, cette forêt m'avait toujours semblée profondément monotone !

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Mardi 5 juillet 1960, onzième jour. LABOUHEYRE - DAX.

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LABOUHEYRE : L'église a pour clocher une tour des anciennes fortifications. Dessins d'écus où figurent des coquilles Saint-Jacques vus à la Mairie et dans l'église. Entre Labouyere et Lesperon, le chemin des pèlerins ne suivait pas l'itinéraire de la N.10 ; en effet le village de Lesperon se trouve à trois kilomètres vers l'ouest. Si à Onesse je trouve une preuve de son passage, c'est qu'il passait soit par Cap-de-Pin, soit par Escource. Cap-de-Pin est un village récent, donc le « chemin » devait passer par Escourse, Onesse et Lesperon. Je vais à la Mairie où on me conseille de rendre visite à Maître Dupin. Il est midi, je cherche donc pour passer le temps à gagner une chapelle qui porte le nom de Saint Pierre. Le sentier est impossible, le sable est très fin et je tombe tous les cinq mètres. Plus tard, Maître Dupin, aimablement, met à ma disposition toute une documentation dont quelque chose sur les Voies romaines et médiévales à travers les Landes. Les précisions manquent pourtant sur la partie au sud de Labouyere à propos du chemin postal existant sous Louis XI. Je passe à d'autres textes et tombe sur deux études régionales où Escourse est indiqué, mais Onesse n'est pas mentionné. Nouveau problème, le chemin ne passait-il pas devant cette fameuse Chapelle Saint Pierre ? Maître Dupin me propose de m'y conduire et nous partons en voiture bien sûr par un autre itinéraire que celui que j'avais tenté de prendre quelques heures plus tôt. La voiture se faufile entre les broussailles mais avance facilement. La chapelle Saint-Pierre est en ruines, le clocher s'est effondré et seules restent deux statues en bois de saint Pierre et de saint Paul et un Christ vermoulu. Il y a sur le côté droit un hangar, ce qui semblerait indiquer que des pèlerins pouvaient y passer la nuit. La vieille cuisinière raconte que dans sa jeunesse, on avait l'habitude de faire marcher les bébés de quelques mois sur l'autel en les y aidant bien sûr : Le lendemain, ils marchaient seuls ! De retour à la maison, Maître Dupin me montre le texte d'une chanson de pèlerins où il est fait mention du village de Souquet à l'est de Lesperon... Conclusion : il y avait plusieurs chemins et ils étaient fréquentés les uns comme les autres. Reprenons notre voyage.

LESPERON se trouve sur une hauteur verdoyante et, en son point culminant, se trouve son église fortifiée. La tour-donjon est massive, mais elle ne devait pas offrir une grande sécurité Église de Lesperon, dessin. L'église de Taller, au sud, lui est en tous points semblable. Derniers morceaux, dernières traces de la forêt landaise. Moi qui pensais m'ennuyer en traversant cette région des Landes j'y ai, au contraire, passé de très agréables moments. Pour une fois, je n'ai pas eu à me plaindre des moustiques en dormant en plein air. C'est quelque chose d'extraordinaire que de dormir ainsi dans la forêt ! On m'a souvent demandé par la suite si j'avais peur ? J'ai toujours répondu que la peur des hommes y est ridicule car une personne avec de mauvaises intentions ne se trouve pas dans un endroit désert le jour, mais encore moins la nuit... Peur des animaux? Non ! Je ne peux avoir peur à l'avance d'une bestiole. Mais si, dans la nuit, j'avais vu une ombre. L'épouvante !

SAINT-PAUL-LES-DAX : L'église à l'intérieur, n'a rien de bien particulier, sauf deux statues en bois de saint Paul et de saint Antoine. L'extérieur nous montre une église fortifiée et surtout une abside très primitive. Dans des sortes de médaillons rectangulaires, Jésus est hissé avec des cordes sur la Croix, ou bien Jésus dans la Scène du Jeudi Saint, ou enfin les Saintes Femmes trouvant le tombeau vide le jour de Pâques. Les chapiteaux aussi sont décorés avec la même naïveté : joueurs d'instruments de musique, crucifixion de saint Pierre, etc.

DAX : Dax est une très ancienne ville ; on dit que l'empereur Auguste conduisit sa fille Julie aux fameux bains d'Aquae Tarbellicae qui prirent alors le nom de « Aquae Augustae ».

La Fontaine de la Nehe, la plus importante, jaillit dans un bassin rectangulaire entouré d'une grille et d'un portique. Le débit est de 2.400.000 litres par jour à 64° C. Depuis longtemps elle a permis le chauffage urbain.

Cathédrale Sainte-Marie reconstruite au 17ème siècle sur les ruines du temple gothique effondré. Dans le croisé gauche se trouve un magnifique portail du 13ème reconstruit : Le Christ avec les douze apôtres... Jugement dernier... L'aveugle touchant le vêtement du Sauveur.
À côté de la Poste, on peut voir aussi les restes des murailles, dit-on, gallo-romaines.
Je vais aller dormir à Salies-de-Béarn ; en passant devant la Gendarmerie, ma bouteille d'eau tombe ! Panne sèche à quatre kilomètres de Salies. À l'A.J. il n'y a personne, je m'installe. Bon soir !

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Mercredi 6 juillet 1960, douzième jour, à SALIES-de-BÉARN.

Il faut que je retourne à Dax et que je fasse un détour par Orthez pour voir le « Vieux pont » et l'église Saint-Pierre. Je bois un demi-litre de lait glacé : Excellent !

ORTHEZ - DAX et DAX - PEYREORADE

Peyreorade, près des deux Gaves, après diverses recherches ne semble pas avoir été sur le « chemin » malgré la présence du Château d'Aspremont (11ème) avec son donjon polygonal (en ruines). Je me dirige vers Sorde, passe devant un forage de recherche de pétrole et visite rapidement l'Abbaye. Je rentre ensuite à l'A.J. de Salies où je retrouve un écossais déjà rencontré à Saintes. •

Jeudi 7 juillet 1960, treizième jour, à SALIES-de-BÉARN.

Je retourne à Sorde pour faire un dessin et obtenir quelques renseignements. À la Mairie, étude du plan cadastral. L'itinéraire passait à l'est de Sorde. Il descendait Nord-Sud le long d'une petite vallée au lieu dit « Passage Charlemagne » et traversait la rivière Bidouze par un gué. Dans la cour de l'ancienne Abbaye de Sorde où sont entreposées des mosaïques d'une villa gallo-romaine, un chien, inoffensif d'après sa propriétaire, me mord au mollet, quand même ! SORDE - LÉREN - LABASTIDE-de-VILLEFRANCHE où je rencontre l'un des grands connaisseurs de la région, le Docteur Uruti-Beti.
LABASTIDE-de-VILLEFRANCHE - AUTERRIVE - SALIES-de-BÉARN. •

Vendredi 8 juillet 1960, quatorzième jour. De SALIES-de-BÉARN à SAINT-JEAN-PIED-de-PORT.

Chez Maître Saint Macari, autre grand connaisseur de la région, jusqu'à une heure.
Venant de Pouillon, le chemin des pèlerins ne traversait pas le village de Sorde. Le Guide du pèlerin de Saint Jacques de Compostelle du 12ème siècle ne dit d'ailleurs que ceci : « En sortant de ce pays (la Gascogne) le chemin de Saint-Jacques croise deux fleuves qui coulent près du village de Saint-Jean-de-Sorde... Il est impossible de les traverser autrement qu'en barque. Maudits soient leurs bateliers ! » Pourtant La Bidouze peut être passée à gué, du moins en été.

SAINT-PÉ puis ORDIOS où je n'ai pas trouvé trace de l'ancien Hospice pour pèlerins qui fut fondé comme l'indique la légende suivante : Trois chevaliers qui allaient à Saint-Jacques de Compostelle furent assassinés ici et leurs corps jetés dans un lac voisin. Le curé de Saint-Dos, village voisin, fut prévenu par un ange de la présence des corps au fond de l'eau. Il chercha et sur l'emplacement du crime fonda un Hôpital. Il est transformé en ferme aujourd'hui, m'a-t-on dit. Pour l'atteindre, je crois avoir passé les pires moments de mon voyage : il pleuvait, et c'est au hasard que je devais me diriger. J'avais donc pris un chemin et la pluie le transformait en bourbier. Les roues de la Mob patinaient, dérapaient. La boue formait, mélangée à de l'herbe par touffes une gangue sur les chaînes, sur le moteur et sous mes chaussures. Demi-tour ? Je savais ce que je venais d'endurer mieux valait aller de l'avant vers l'inconnu ! Pluie sur mes lunettes, visibilité zéro ! La chapelle est-elle cette étable ? Je dois me glisser entre les vaches pour entrevoir des chapiteaux en état déplorable, mais qu'il est bon de se reposer au chaud dans le foin quand il pleut à plaisir à l'extérieur ! Le Docteur Uruti-Beti m'a dit avoir vu les têtes des trois chevaliers représentés sous celle d'un ange (?) Cet édifice mesure vingt pas de long et neuf de large. Pour repartir, je trouve un chemin convenable qui conduit à Saint Pé de Leren. porche Viellave

ARANCOU : L'église possède en avant de la porte une sorte de hangar. Intérieur laid. Dessin d'une pierre de forme discoïdale plantée au dessus d'une tombe. Le Béarn c'est plutôt sale, on vit en compagnie du fumier, la différence est sensible en quelques kilomètres, quand on passe en Pays Basque. Le vent souffle avec force.

BERGOUEY : La maison du forgeron est la seule du village à porter des décorations sur sa façade : dessin.

VIELLENAVE : Petite église avec des visages sculptés au dessus du portail. On ne sait m'expliquer.

GARRIS : Possède de grandes maisons, l'une, à l'entrée, devait être un hospice dans le temps, me dit un passant.

SAINT-PALAIS : Selon certains experts, ici se réunissaient trois des quatre Chemins de Compostelle et un chemin unique à travers la montagne gagnait ensuite les villages de Harambels et de Ostabat. Pourtant le Guide du Pèlerin est formel : ad Hostavallam coadunantur - Ils se réunissent à Ostabat.

HARAMBELS : Possède encore une chapelle avec son vieux porche et son mirador. Traces émouvantes du vieux chemin.

OSTABAT : Ce fut autrefois une ville importante partagée en deux quartiers, haut et bas, séparés l'un de l'autre. Celui du haut aurait été fréquenté par les marchands et celui du bas par les pèlerins. Ostabat, me dit-on, serait la seule ville dont le nom est le même en basque et en français. Du quartier bas, il ne reste que deux maisons. Il y aurait eût jusqu'à huit hospices de pèlerins ici ! Le quartier des marchands, lui, a conservé en plus grand nombre ses anciennes maisons dont le signe extérieur de richesse consisterait à avoir sur la façade un mur plus ou moins saillant !

CIBITS et LARCEVEAU ont des églises semblables extérieurement : porche, murailles blanchies.

UXIAT au sommet d'un petit col ou port avec une Croix des pèlerins en pierre.

SAINT-JEAN-LE-VIEUX : On se souvient encore ici d'une maison appelée "hospitalia" ou "azoritzia" en basque... À la sortie du village, sur la gauche il y a un tumulus surmonté d' une Croix, les gens rencontrés ne savent pas grand chose à son sujet...

LA MAGDELEINE, ISPOURE : la nuit est tombée, je rejoins l'A.J. de Saint-Jean Pied-de-Port.

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Samedi 9 juillet 1960, quinzième jour. SAINT-JEAN-PIED-de-PORT

Nous allons, à quatre, au ravitaillement en Espagne pour faire un déjeuner en plein air. Pas d'incident à la douane. Lettre à la poste restante et le soleil brille à nouveau. Après midi : Je vais à Saint-Michel et prends sur quelques kilomètres la route des pèlerins qu'on appelle aussi route Napoléon (car il l'a prise pour surprendre les espagnols qui l'attendaient dans la vallée). C'est une piste avec de fortes pentes classifiée "route jeepable". Soleil, brumes au loin qui teintent les montagnes du même bleu que le ciel. Retour à Saint-Jean et visite à la citadelle construite dans la tradition Vauban. La pierre est légèrement violette : dessin. Quartier « typique » des bords de la Nive : dessin. Je termine la journée en posant des vitres à la nouvelle auberge.

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