Pèlerinage à pied à Jérusalem

LE CHEVEU d'ABRAHAM

Jean Picard ©


Samedi 18 novembre : de Aïnata à Baalbek.
Sabt, 22 sha'ban

Après nos préparatifs de départ, nous osons quémander un peu de thé et de pain au rez-de-chaussée ; la maman de May nous sert de bonne grâce. Elle nous parle de son mari qui s'était engagé dans l'armée française pendant le mandat. Cela me semble incroyable car le mandat a pris fin en 1943. Elle nous montre une photo : L'homme est effectivement en uniforme de tirailleur, avec tarbouche, boléro, ceinture de flanelle rouge et culotte bouffante. Quand on sait que le parti des Phalanges, dont la milice a compté Rudy dans ses rangs, a été créé en 1936 par Pierre Gémayel pour lutter contre le mandat français, on comprend que le drame libanais a pu glisser ses déchirures jusque dans les familles.

L'étape va être longue jusqu'à Baalbek, mais en pente douce. Du velours. Quand nous traversons Baabda, petit village d'une dizaine de maisons cossues, nous sommes chaleureusement aspirés par une famille maronite qui souhaite en savoir plus sur ces deux individus à la démarche insolite. Nous nous livrons en toute confiance et recueillons des paroles d'approbation admirative. À leur tour, ils nous expliquent qu'après la mort des parents, la fratrie de douze membres a perpétué la vie de famille. Les trois frères aînés conduisent une entreprise d'exploitation d'une carrière de pierres de construction, ce qui permet l'éducation des frères et sœurs, apparemment dans l'aisance : La maison est spacieuse, richement meublée et décorée ; une deuxième maison est en construction à quelque distance, au fond du grand jardin, qui sera plus grande encore et plus moderne ; l'atmosphère est bourgeoise et élégante, même dans la décontraction du samedi matin ; plusieurs frères et sœurs poursuivent des études supérieures à Beyrouth. Et puis il règne dans cette famille une atmosphère de complicité, de gaieté, de charité qui réchauffe le cœur des deux vieux routards que nous sommes.

À Deir al Ahmar − le couvent rouge − aux allures de chef-lieu de canton, après que l'on ait approvisionné légumes et fruits et la boîte de sardines traditionnelle, nous prenons le chemin du couvent, mais de jeunes écoliers nous indiquent qu'il s'agit d'une ruine sans intérêt distante de plusieurs kilomètres. Une évaluation coût/efficacité − énergie dépensée/intérêt de l'excursion − nous fait renoncer à la visite du "couvent rouge" dont un de nos livres-guides écrit qu'il doit son nom à la couleur des roches qui entourent le village, tandis qu'un autre indique qu'il évoque la couleur du sang versé par les sœurs maronites égorgées par des fanatiques musulmans au XIXème siècle.

À peu de distance de Deir al Ahmar, on traverse le fleuve Litani. C'est dire que nous naviguons maintenant en terrain plat. D'ailleurs, le panorama lui aussi s'aplatit et prend des allures qui nous sont assez familières dans nos grandes régions de culture extensive. Mais avec une terre beaucoup plus bronzée, comme noircie par le soleil. Toutes les récoltes sont faites et les terres, labourées et dénudées, donnent au paysage une tonalité sombre.

Les grands espaces de culture sont bordés de longues tentes de toile qui hébergent les ouvriers agricoles saisonniers venus de Syrie. On nous dit que la saison dure ici plus de huit mois, mais nous sommes dans les mois creux. Il y a quand même quelques tentes habitées car il reste des pommes de terre et des betteraves à ramasser. Une vieille dame et ses deux filles nous invitent à prendre le thé sous leur tente ; elles nous expliquent qu'elles ont fabriqué leur habitation de leur main, avec les emballages de jute récupérés. On voit les nombreuses coutures d'assemblage qui découpent les marques commerciales en improbables patchworks. Ce sont elles aussi qui constituent la main d'œuvre agricole. Mais les hommes, alors, où sont-ils ?

À l'entrée de Baalbeck, un gamin de douze ou treize ans m'aborde et me propose :
− Hasch... hasch ?
Comme je suis d'esprit naturellement lent, et de plus, un peu sourd, je lui demande de répéter :
Tchou... tchou !
C'est Patrick qui m'a appris ce mot que je n'ai pas trouvé dans mon dictionnaire. Et le jeune précise :
− Haschich...haschich !
Outré que l'on puisse imaginer en moi un consommateur de cette herbe diabolique, je rétorque :
La !... entu majnoun oualla la ? (non !... t'es pas fou ?) Le gamin n'insiste pas.
Voilà un indice, me dis-je, que nous sommes en territoire Hezbollah. C'est Jacques F. , un copain de promotion originaire du Liban, qui m'avait conseillé de ne pas passer par la Bekaa où j'allais immanquablement, selon lui, me ficher dans les pattes mafieuses du Hezbollah.
− Tu sais, ils font des enquêtes ; et s'ils apprennent que tu es un officier de l'armée française, même en retraite, ils vont te prendre pour un espion et alors tu peux espérer le sort de Marcel Carton, Marcel Fontaine, de Jean-Paul Kaufman ou de Michel Seurat.

Sans mettre en doute son avis éclairé, j'ai totalement refoulé le renseignement même si d'autres interlocuteurs tripolitains l'avaient corroboré en nous promettant qu'après Bcharé, on rencontrerait des loups et même des lions; je ne voyais en effet pas comment éviter la Bekaa si je voulais traverser la Qadisa.

Un peu plus loin, un autre gamin qui se tient nonchalamment appuyé au portique d'entrée d'une belle villa me propose à nouveau :
− Hasch... hasch ?
Et cette fois, je veux pousser l'expérience un peu plus loin et je lui fais un petit signe d'approbation de la tête, presque imperceptible. Le garçon se précipite alors à toutes jambes dans la villa comme s'il voulait me fuir pendant que je continue imperturbablement mon chemin dans la banlieue tourmentée de Baalbek. Quelques minutes plus tard, une grosse Mercedes verte freine et roule au pas à ma hauteur. Le gamin racoleur occupe le siège du passager. Le conducteur, un chabab de vingt ans ou guère plus, se penche vers la vitre ouverte :
Touridou kam ?... (t'en veux combien ?...)
Je fais l'innocent, comme si mon signe d'approbation au gamin racoleur n'était qu'une salutation mal interprétée :
Aridou aï chaï ?... (je veux de quoi ?...)
Hasch... tabaan !... (du haschisch, bien sûr) Je réitère :
La !...entu majnoun oualla la ?
Le conducteur vocifère quelques malédictions en invoquant violemment Allah et Iblis et exprime le reste de sa colère à grands coups d'accélérateur. Quant à moi, je suis satisfait d'avoir fait cette petite farce malicieuse aux pourvoyeurs de fonds du Hezbollah.

Patrick hausse les épaules en signe de désapprobation. Pourtant, je lui ai déjà expliqué ma tendresse pour le Liban : Chrétienté, charité, sarabande harmonieuse de races et de croyances, francophonie, francophilie. L'épopée des croisades, le sacrifice des officiers et soldats français pendant le mandat, le film "Trois de Saint-Cyr"... Tout un faisceau d'images et de symboles qui façonnent un sentiment, un attachement. Et même si toutes les journées que nous vivons ensemble depuis Tripoli comportent des déceptions, je conserve toute mon affection à ce pays et supporte mal les clous plantés dans sa chair par la Syrie d'Assad, par le Hezbollah des Ayatollahs, par Tsahal d'Israël. Sans oublier les feddayin palestiniens et leur comportement ravageur au Liban. Mais eux aussi ont bien besoin de notre tendresse, maintenant.

D'après nos estimations, nous aurons fait aujourd'hui un peu plus de trente kilomètres. Pause à l'entrée de Baalbeck pour faire le point et prendre la mesure de la ville. On se dirige ensuite dans une intense circulation urbaine vers l'hôtel al Schams (le soleil) dont l'accueil amical est vanté par notre guide. Demain, nous nous ménageons une journée de repos dont nous profiterons pour prêter une plus grande attention aux vestiges archéologiques.

Le patron de l'hôtel est un vieux tailleur qui travaille encore le ciseau et le dé à coudre dans un petit atelier aménagé dans une chambre. L'hôtellerie n'est qu'une activité accessoire organisée au premier étage d'une maison de ville devenue trop grande pour un homme seul. Il est veuf et ses deux grands fils le secondent affectueusement, au moins pendant les fins de semaines. L'un est dentiste ; son cabinet est au deuxième étage, juste au-dessus de l'hôtel. L'autre est cadre dans une banque beyrouthine. Ils parlent tous deux parfaitement le français qu'ils ont étudié, comme la plupart des francophones, dans une institution religieuse. Le tailleur, lui, ne parle que l'arabe.

Le confort est rustique ; l'essentiel, pour nous, réside dans l'existence d'un point d'eau chaude, même s'il est collectif et de fonctionnement compliqué : Il faut régler minutieusement un goutte-à-goutte de naphte puis allumer une veilleuse, enfin faire couler l'eau et régler à la chaleur voulue en ajustant le débit du goutte-à-goutte par une vis à pointeau. Chose étonnante dans une ville qui connaît chauffage central et adduction depuis la domination de Rome, l'évacuation des eaux usées de la douche se fait à l'air libre, par un trou percé en oblique dans le mur.

La nuit froide dans une chambre non chauffée m'oblige à déployer mon sac de couchage. Bonne nuit...

Dire que nous avons passé notre journée de repos dans les somptueuses ruines païennes serait mentir. À dire vrai, ces journées de pause sont faites pour prendre son temps en éliminant, une fois de temps en temps, la préoccupation du lendemain. Car, il n'y paraît pas, mais bâtir chaque soir le projet du lendemain est un vrai souci : Repérage de l'itinéraire sur la carte (dont j'ai déjà écrit beaucoup de mal, mais dont je dois reconnaître qu'elle n'a pas été conçue pour des pèlerins à pied, mais pour des touristes en voiture) ; hypothèses au plus court et au plus long, évaluation des possibilités d'hébergement; élaboration d'alternatives ; dans les cas douteux, reconnaissance de la sortie de la ville-étape. Autant de choses accablantes quand elles sont faites dans la précipitation.

Il y a nos "écritures", aussi ; Patrick et moi tenons chacun notre journal de marche en essayant de noter les faits bruts, les émotions, les rencontres. Mais nous suivons difficilement le rythme des événements et nous prenons chaque jour une demi-journée de retard. Qui pourrait croire que marcher comme des benoîts vingt-cinq ou trente kilomètres par jour procure autant de matière à s'enflammer, se révolter, s'attendrir... Sans la journée de repos, combien d'événements n'auraient-ils pas échappé à notre carnet de route !

Et le courrier !... À chaque journée de repos, ce sont dix ou douze cartes postales qui s'envolent vers la France... et quelques-unes y arriveront bien après nous. À Baalbeck, par exemple, il y a une poste. À la poste de Baalbeck, il y a un postier de permanence (car c'est dimanche). Mais le postier de permanence de la poste de Baalbeck ne délivre que des renseignements sur les heures d'ouverture, ou sur les tarifs, ou peut-être sur d'autres choses. Mais en tous cas, il n'accepte pas de courrier, car il ne possède pas la clef du bureau où l'on pèse les lettres pour déterminer le prix du timbre qui doit être collé sur le coin supérieur droit du courrier. Et même si le client (ou l'usager ?) a pris la lourde initiative de coller un timbre de lui-même, comment le postier peut-il faire sans cette clef pour exercer une pesée de contrôle ?...

Ainsi nous quitterons Baalbeck, demain, avec nos cartes postales dans nos sacs.

Après avoir assisté à la messe dans une belle petite église pleine de fidèles bruyants, nous prenons le temps de rôder autour des propylées, des tours, des cours et des temples érigés par les Phéniciens pour la plus grande gloire de Baal et d'Astarté. Les Romains n'ont pas manqué, plus tard, d'en ajouter pour le renom de Jupiter, de Vénus et de Bacchus. Ce qu'il en reste permet d'imaginer la splendeur passée. Les illustres empereurs qui y ont attaché leur nom nous font rêver : Auguste, Néron, Trajan, Caracalla pour Rome, Constantin, Théodose, Justinien pour Byzance.

Ce site a servi longtemps de cadre au festival annuel de musique et de théâtre de Baalbeck dont la tradition s'est éteinte quand la guerre s'allumait. Mais pour dire vrai, notre guide, qui a un accent de titi parisien ramassé au cours d'un séjour de plus de vingt ans dans notre capitale, s'étend avec beaucoup plus de complaisance sur la géopolitique de la guerre du Liban que sur le sujet cent fois rabâché du site archéologique.

Au crépuscule, nous découvrons le bâtiment neuf qui abrite l'évêché grec-catholique de Baalbeck, derrière un pâté de vieilles maisons grises. Poussés par un désir de communion, nous frappons à sa porte. Une jeune nonne nous ouvre et nous conduit sans hésitation auprès de Monseigneur Boutros qui nous accueille chaleureusement dans une ambiance familiale, au milieu de ses collaborateurs et collaboratrices rassemblés pour le thé qu'il nous invite à partager.

Nous sommes transportés dans une ambiance de faste et de simplicité. Luxe de l'habitation, avec ses hauts plafonds ouvragés, ses tentures damassées et ses lambris de bois précieux, son mobilier cossu ; élégance sobre des personnages dans leur costume gris et noir finement passepoilés ; délicatesse du service de fine porcelaine, du thé aux parfums subtils dans lequel, suprême raffinement, on laisse détremper quelques cerneaux de noix.
− Mettez encore des cerneaux de noix, nous dit l'évêque, c'est très énergétique et très bon pour les pèlerins.

Monseigneur Boutros, les trois religieuses, le prêtre et le laïc − sans doute une sorte d'intendant − qui l'entourent écoutent le récit désordonné de notre aventure, approuvent et rient de bon cœur de nos enthousiasmes et de nos indignations. Je n'hésite pas à chanter les louanges des musulmans dans leur façon chaleureuse d'accueillir l'étranger et de manifester leur charité non seulement par le partage mais encore par leur curiosité bienveillante; pour aimer, il faut connaître, et pour connaître, il faut aimer. J'en arrive à dire que les musulmans exercent la "charité chrétienne" avec un tel naturel qu'il ne devrait pas être bien difficile de les convertir.

Tout en approuvant nos observations, notre hôte nous suggère d'attribuer notre épithète à l'Arabe plutôt qu'au musulman. L'accueil et la charité sont des valeurs de nomades, et les Arabes sont nomades dans leur tête et dans leurs gènes.
− Et après tout, ajoute-t-il, cela ne fait pas longtemps que nous nous sommes arrêtés !

J'ai le sentiment d'avoir été maladroit. Baigné dans une ambiance de confort bourgeois et de complicité, je nous imaginais du même bord : Même bord religieux, même bord ethnique − grec, byzantin... européen − même bord social, comme le sont le sabre et le goupillon, le rouge et le noir. Et frère Boutros vient de tirer le voile de l'arabité. Et il persévère   :
− Oui, nous sommes Arabes, et nous nous entendons très bien avec les autres Arabes, musulmans comme chrétiens. Nous sommes catholiques mais nous sommes très proches de nos frères grecs-orthodoxes. Avant notre séparation, on nous appelait les melkites parce que nous étions fidèles à la foi du basileus (al Malek, en arabe) après les hérésies monophysites et nestoriennes ; et on nous appelle toujours les melkites. Il n'y a qu'un élément du dogme qui nous sépare : c'est le "filioque".
− Le filioque ?... Pouvez-vous nous éclairer sur le filioque, Monseigneur ?
− Mon Dieu oui !.. Il prend un temps de réflexion. Vous savez, dans ses premiers siècles, le christianisme a été agité par de grands bouillonnements spirituels. C'est Arius, un prêtre d'Alexandrie, qui fut l'un de ces premiers agitateurs intellectuels : Il ne reconnaissait pas la nature divine du Christ puisque le "divin" ne peut pas être engendré. Le concile de Nicée, en 325, a réglé son sort en condamnant Arius et en affirmant "l'unité de substance" entre Père et Fils. C'est ce qu'on appelle le symbole de Nicée, ou encore la foi de Nicée. On aurait pu en rester là, mais pour faire bonne mesure et pour marquer plus encore la divinité du Christ, l'Église romaine a enrichi son dogme en indiquant que l'Esprit, qui jusqu'alors ne procédait que du Père, procédait désormais également du Fils. Ainsi, à la mention "qui ex patre procedit" du symbole de Nicée (qui procède du Père), les romains ont ajouté "filioque" (comme du fils), de façon autoritaire et unilatérale. Et cela, les byzantins ne l'ont pas supporté, ni dans la forme, ni sur le fond. Voilà, c'est le dogme du "filioque" que nous avons dû accepter pour rejoindre l'Église catholique en 1724.
− Est-ce que pour vous, cela a encore de l'importance ?
− Bah !.. la question a perdu de son acuité, mais elle existe toujours.
− Et malgré cette différence, vous disiez Monseigneur que vous étiez en bonne entente avec les autres Églises... Euh... Et avec les maronites ?
− Ah !.. Cette question. Mon Dieu... Oui... Euh... Disons que les maronites ont encore un bout de chemin à faire vers l'arabité... J'œuvre dans ce sens dans mon diocèse, et j'aurai l'occasion d'être encore plus efficace si je suis élu au patriarcat.

C'est ainsi que nous apprenons que l'élection au "patriarcat grec-catholique d'Antioche et de tout l'Orient, de Jérusalem et d'Alexandrie" dont le siège est à Damas, aura lieu le dimanche suivant, 26 novembre 2000, et que l'évêque de Baalbeck en est le grand favori.

Nous prierons pour l'élection de Boutros, un homme de dialogue, simple et chaleureux. Et même s'il est un probable allié objectif de l'administration syrienne.

Pour l'heure, Monseigneur Boutros se montre soucieux de ce qui nous attend sur le chemin de Jérusalem:
− Au sujet de l'intifada, je ne suis pas plus informé que le commun des mortels, nous dit-il. Votre projet est admirable et vous serez dans nos prières, mais je vous recommande de vous renseigner sérieusement avant de vous aventurer dans les territoires occupés.

Attentif à nous faciliter la suite de notre pérégrination, il nous indique quelques adresses de communautés grecques-catholiques et nous décrit dans le détail l'itinéraire d'accès à l'église de Rayak, où nous pourrons faire étape demain.

Nous quittons ce havre de grâce avec la bénédiction du prélat et le cœur enflé de gratitude. C'est de plus en plus certain : la Providence nous accompagne.

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