ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE portrait

Extraits du récit de pèlerinage de Jacques Sobieski

Jakub Sobieski en polonais, Jacobo Sobieski en espagnol (1580? - 1646)

Pour compléter ses études scolaires et universitaires, Jacques Sobieski qui faisait partie des hautes sphères (1) de la société polonaise, voyagea dans un bon nombre de pays d'Europe. Il arriva à Paris en 1607 et y séjourna plusieurs années. Ainsi, en mai 1610, eut lieu l'assassina d'Henri IV par Ravaillac (2). En quittant Paris en mars 1611, il suivit le chemin de Saint Jacques. Pour gagner l'Espagne, il passa par Tours, Bordeaux et Bayonne. Il continua par Pampelune, Burgos, Léon. Comme bien d'autres pèlerins, il fit le détour par les Asturies pour vénérer les reliques amassées dans la Cathédrale du Saint-Sauveur d'Oviedo. Ensuite, il continua vers l'ouest le long de la côte atlantique jusqu'à Ribadeo, première ville de Galice. Il rejoignit Compostelle puis il gagna le Portugal. Durant ses voyages il tint un journal en français ou en espagnol. Les notes prises servirent, 29 ans plus tard, à rédiger un texte plus développée en polonais. Son récit est un peu terne. Comme les magazines modernes traitant des célébrités, il décrit surtout les faits et gestes des princes, princesses, rois, reines, ministres et leur cour.

Nous quittâmes Bayonne pour la Navarre. Celle-ci est pleine de montagnes et d'une grande arridité. Après les provinces riantes de France, elle nous sembla encore plus sinistre qu'en réalité. Pampelune est la capitale de la Navarre. Actuellement y réside un vice-roi...


... Il me demanda ensuite si je pouvais prouver mon identité. Je lui ai présenté alors mon passeport du roi Sigismond III, mon souverain et un autre, en plus, procuré par le roi de France. Après lecture attentive, il observa : "Et qui peut savoir si vous Ítes bien la personne indiquée ? Personne ne vous connait ici et vous pourriez parfaitement voyager avec le passeport d'un autre." Je lui présentai alors une lettre que j'avais pour Lisbonne et Séville où un négociant de Paris donnait parfaitement mon signalement. Il la lut attentivement me regardant et vérifiant mon signalement...


Santo Domingo de la Calzada. Dans cette ville, il y a une église où, à l'entrée, on élève des poules ou plus exactement des chapons blancs qui disposent d'un espace griagé. Les voyageurs superticieux, en particulier les français et nos compatriotes polonais s'aglutinent pour voir ces volatiles. Ils croient que si de la pointe de leur bâton de pèlerin ils introduisent dans la cage un bout de leur pain et que les poules le récupère et le mange, ils parviendront à Compostelle sans problème. Dans le cas contraire, ils s'imaginent qu'ils mourront en route. En ma présence, certains tentèrent l'augure mais moi je ne ne voulus même pas assister à ces crédulités. Le récit traditionnel sur ces poules est le suivant : Un fois, une mère française et son fils passèrent par ici. Ils se rendaient au tombeau de Saint jacques. Au moment de partir le matin de l'auberge où ils avaient logé, on l'accusa, ou mieux, on accusa le fils d'avoir volé une timbale qu'avait volé en fait la cuisinière de la maison. Le jeune français craignant d'être torturé avoua un délit qu'il n'avait pas commis. On le jugea, on le condamna et on le pendit.

La pauvre mère, désolée, continua toutefois son pèlerinage et accomplit son vœux à Compostelle. De retour, elle voulu savoir si un enterrement avait été réalisé pour son fils. Elle se rendit à l'endroit du supplice et vit que son fils pendait de la potence. Il était encore vivant et en bonne santé. En la saluant avec tendresse, il lui dit : "Je suis vivant et en bonne forme. Un homme vêtu comme un pèlerin, avec une auréole brillante sur la tête, veille continuellement sur moi. Il ressemble à Saint Jacques tel qu'on le représente. La mère, pleine de surprise et de bonheur en présence de ce miracle se précipita chez le chef du village. On dirait maintenant, chez le Maire. Il était à ce moment à table prêt à manger. Il avait devant lui un poulet rôti. En entrant, la mère s'exclama : "Infortuné que vous êtes, vous avez jugé et condamné à mort mon fils, un innocent. L'instruction a été faite dans la précipitation et maintenant je le retrouve vivant bien que pendu à la potence. Grâce à Dieu, Saint Jacques en prend soin !" Le Maire fut pris de rire et dit : "Ton fils doit être vivant comme ce poulet dans ce plat !" À peine avait-il prononcé ces paroles que le coq sauta du plat, s'échappa de la table et vola par la fenêtre. Le maire, épouvanté, réunit à l'instant la population et avec tout le monde se dirigea vers le lieu des supplices. Il y retrouva le jeune français vivant, en bonne santé et intarissable. Il le fit décrocher de la potence et on revint en ville. Il reprit son jugement après nouvelles investigations. On retrouva la timbale aux mains de la cuisinière coupable qui avoua. On la pendit. Le français rentra chez lui, rendant grâce à Dieu de l'avoir délivré de la mort. Voilà la tradition. On ajoutera que le coq rôti ressuscité, en souvenir de ce grand miracle, mérita son installation dans l'église. Les poules qui existent jusqu'à ce jour sont ses descendants. Ainsi l'assure et affirme cette légende mais pour l'authenticité de l'évènement et l'origine des oiseaux, il faut se fier aux auteurs.


Compostelle... ville célèbre à cause de la tombe de saint Jacques. Une lieue avant d'arriver en ville, nous continuâmes à pied. Son église est belle et grande, en particulier le chœur. L'Apôtre Saint Jacques est en dessous de l'autel. Cet archevêché est très riche et dispose d'un nombreux clergé. Les chanoines s'habillent comme des cardinaux, en rouge et sont au nombre de sept. Il y a des "pénitenciers" chargés des confessions. Les pèlerins arrivent nombreux de partout, toutes nations, tant en été qu'en hivers. L'hôpital, fondation des Rois de Castille, Ferdinand et Isabelle, est admirable. C'est un bâtiment magnifique, somptueusement construit en pierre, dotés d'importantes ressources. Il dispose continuellement de fonds pour alimenter sa pharmacie et rémunérer médecins et chirurgiens. Il peut, indubitablement, rivaliser avec les plus prestigieux hôpitaux de la chrétienté.


Mon retour d'Espagne. Je suis entré en Espagne le 1er mars (1611) et ai quitté Madrid en juillet. Pour éviter de gagner l'Italie par la mer, j'ai entrepris de passer de nouveau par la France. Mon pèlerinage, de Paris jusqu'en Espagne, puis en Espagne même, je l'ai réalisé à cheval ou sur un mulet. En quittant Madrid, il faisait une chaleur extraordinaire, aussi, je voyageai toujours la nuit et me reposai le jour.

(1) Père du roi Jan Sobieski ou Jean III de Pologne.
(2) Le récit de l'assassina et de ses suites par Jacques Sobieski figure dans "La Pologne historique, littéraire, monumentale et illustrée" (1844) disponible sur books.google.fr/ p.339 et suivantes.
(3) Source : Viajes de extranjeros por España y Portugal. Collection de Javier Liske (1879).


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