ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE


PÈLERINAGE de l'AFPSJC sur la VIA de la PLATA par Élisabeth VUILLEMIN ©

Les chapitres du journal :

Deux pèlerins et le "Pico Sacro"  pico sacro
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LUNDI 7 OCTOBRE 2013

ORENSE - CEA

Après avoir traversé la ville, nous avançons sur une belle voie romaine. Une montée très rude, bordée de murets de très grosses pierres bien ajustées nous permet d'entrer dans une belle forêt de chênes vigoureux. Un peu plus loin, les murs protègent les jardins potagers en terrasses et les vignobles, de plus en plus nombreux. Quelques grains de raisins plus tard, nous poursuivons sur un beau chemin constitué de puissantes masses de pierres. Des ardoises soigneusement équarries, nous annoncent que bientôt nous allons passer près de la "Maison de César". Qu'est-ce ? Nous verrons bien. Arrivés dans un tout petit village, nos yeux fureteurs se posent immédiatement sur une vieille maison, entourée de mille objets soigneusement disposés : poteries, balais, bidons de lait, fleurs et bouquets de branches sèches.

La voilà, la maison de César ! Buenos dias ! César, un monsieur jovial nous accueille et nous propose aimablement de faire une pause chez lui. Pommes, poires, raisins et noix, figues garnissent le banc de la petite pièce. Installés autour d'une table garnie de pain perdu, de pain à l'huile, nous nous servons. César propose du café et de l'alcool. Comme le pain perdu nous semble bon ! Nous le dégustons tout en écoutant l'histoire de notre hôte : chauffeur retraité de poids lourd d'une entreprise internationale, il a repris la maison de ses parents et son plaisir est de recevoir des pèlerins. Il lui arrive aussi d'accueillir un voyageur pour la nuit quand il le voit très fatigué. Nous passons un moment agréable avec notre hôte qui évoque sa vie dans le petit village, les problèmes de la province, de l'Espagne et de l'Europe.

Heureux d'avoir pu faire cette pause, nous reprenons nos sacs après avoir glissé un donativo dans le bidon de lait prévu à cet effet.

Nous reprenons le chemin. Les oiseaux invisibles chantent avec allégresse. Pâturages, forêts, petits ruisseaux, hameaux, églises, cimetières et nous voilà arrivés à Cea, ancienne étape pour les commerçants et les pèlerins. Nous trouvons le gîte devant lequel sèchent, sur une bâche, de grosses noix.

Ce gîte est particulièrement intéressant : c'est un exemple de l'architecture traditionnelle : édifié en grosses pierres granitiques, soutenu par des poutres de granit ou de madriers de grosse dimension, il est vaste et peut accueillir beaucoup de pèlerins. Le dortoir donne sur une vaste terrasse qui sert de préau pour faire sécher le linge. Une laverie permet de faire la lessive. Des pèlerins discutent, assis sur des bancs en pierre. Allemands, Hollandais, Espagnols, Italiens, Catalans, Norvégiens...

Désireux de connaître ce village si typique, nous passons dans des venelles ; ici, de grosses poutres de pierres nous arrêtent... Nous revenons sur nos pas pour découvrir ce qui a été un atelier, une boutique, ou une habitation. Les maisons en granit sont basses et recouvertes de toits en ardoises. Certaines ont l'air habitées, d'autres ne présentent plus que des ruines. Ce village impressionne par ses rues, ruelles, passages couverts, balcons bas aux lourdes balustrades en granit sombre. Un peu plus haut, une grande place accueille les promeneurs et la belle fontaine nous rafraîchit. C'est ici la partie la plus récente du village. En redescendant vers le gîte, nous découvrons de nombreux silos, serrés les uns contre les autres. Certains ne sont que ruines. Voyons, pourquoi tant de silos ? Nous allons le comprendre bientôt.

En effet, un peu plus loin, une sculpture en bronze, inaugurée en juin 2003 nous intrigue : il s'agit de la représentation d'une boulangère qui tire une belle miche d'un grand panier et la présente... aux passants. La gravité et la fierté émanent du visage ridé de la boulangère. Son geste, un geste d'offrande, est très beau par sa retenue et sa noblesse. Derrière elle, sur le mur, l'artiste a fixé deux pelles de boulanger en bronze, elles aussi.

Silos, sculpture, fournils en ruines, que signifie tout cela ? L'hôte du gîte nous explique que la fabrication du pain est une activité essentielle pour le village et que ce pain a toujours été très apprécié.

"Chaque année a lieu un fête du pain et de la cuisine galicienne à Cea; ce document vous le montre, ajoute-t-il avec gentillesse en nous présentant une image publicitaire."

Nous comprenons mieux maintenant l'utilisation des bâtiments que nous avons vus puisqu'il s'agit de moulins, de réserve de blé et de farine, de fournils. D'ailleurs, au cours du bon dîner préparé par Mireille et Bernard, nous dégustons une grosse miche semblable à celle de la sculpture, achetée à la boulangerie. Mais, ce soir, la journée n'est pas finie !

À l'albergue, les dortoirs sont complets. Une activité débordante remplit l'espace : tout le monde parle, se soigne, s'interpelle, rit, cuisine, mange, monte et descend, s'occupe du linge... Cette joyeuse cohue, c'est peut-être cela une auberge espagnole !

Quelques pèlerins observent avec une lueur amusée dans le regard cette agitation, d'autres lisent dans ce tourbillon.

Soudain, intrigués par une douzaine de vélos rangés dans la salle, nous découvrons qu'il s'agit d'un groupe de Russes et de Polonais. Nous désirons en savoir plus sur les cyclistes. Ce sont deux religieuses et dix prêtres orthodoxes et catholiques. Pendant que le père Antonio renseigne Guy et Gilbert sur la communauté de missionnaires dont il est responsable, Catherine, une religieuse, explique à des pèlerines qu'ils viennent tous de la région d' Irkoutsk capitale de la Sibérie, située près du lac Baïkal. Leur diocèse catholique est grand comme quatre à cinq fois la France et les déplacements ne peuvent s'y faire qu'en avion. Venus avec leurs vélos de Moscou, ils ont pris l'avion pour Séville. Leur groupe "Notre Dame" est constitué de religieux mendiants et ce pèlerinage représente pour eux un défi. "La paroisse catholique d'Irkoutsk date de 820. Dans les années 30 et 40 une terrible répression s'est abattue sur la communauté. Aujourd'hui", précise Catherine, les relations entre l'╔tat et la religion se sont améliorées." Elle ajoute "L'église la plus réputée est celle de Notre-Dame de l'Assomption d'Irkoutsk. C'est une paroisse très importante.

- Comment avez-vous pu entreprendre ce pèlerinage sans argent ?
- Ce sont des dons qui nous aident, mais nous dépensons très peu.
- Comment vos journées sont-elles organisées ?
- Après la messe du matin, les pèlerins font une grande étape chaque jour. Nous allons tous à Compostelle pour prier et demander à saint Jacques de répondre à nos intentions particulières."

Nous arrêtons là notre conversation car Catherine est très fatiguée. Mais elle précise qu'elle a eu beaucoup de plaisir de pouvoir échanger en français car sa communauté d'origine se trouve au Canada  !

Nous sommes surpris mais admiratifs devant ce groupe d'hommes et de femmes si courageux.

Comment dit-on "Bonne nuit" en russe, polonais, espagnol, italien, hollandais, irlandais, écossais, allemand, norvégien  ? Qu'importe  ! Malgré les soupirs, les ronflements, les bruits de fermeture éclair, les lampes frontales qui balaient la semi-obscurité, nous allons tous essayer de bien nous reposer dans le dortoir à quarante lits de Cea.

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MARDI 8 OCTOBRE 2013

CEA - LALIN

Quelques étoiles clignotent encore dans le ciel quand nous prenons le chemin. Et, tout à coup... Sentez-vous cette bonne odeur de pain frais ! Guidés par le chaud parfum, quelques pèlerins pénètrent dans le fournil du boulanger de Cea.

Voici donc la pièce où travaillent le boulanger et son épouse.

"Dérangeons-nous ? - Mais non", affirme gentiment le boulanger qui se saisit vivement de la grande pelle pour défourner de grosses miches à la croûte brune et appétissante.

Son épouse, pendant ce temps, découvre avec des gestes de mère les pains préparés la veille pour les charger sur la pelle. Les pains glissent de la pelle dans le four. Le feu ronfle, une grande paix règne sur les artisans et les visiteurs. La boulangère tapote la grande couverture qui recouvre les pains et nous remercie de notre visite avec un bon sourire. "Non, vous ne nous avez pas dérangés. Votre visite nous fait plaisir !" Nous sommes confondus par tant de gentillesse.

Discrètement, nous nous glissons hors du fournil. Dans le pétrin repose un gros tas de pâte : ce sera pour une des prochaines fournée.

Dehors, il fait bien frais. Contents de notre visite, nous rejoignons les pèlerins du groupe. Pascal nous fait passer par le parc de la ville pour gagner de manière agréable le chemin. Nous traversons un parc, le conservatoire de faune et de flore de la région. Un beau sentier nous fait ensuite cheminer dans des forêts de chênes et de châtaigniers. Bruyères et ajoncs s'y entremêlent avec bonheur et, pour le bonheur de nos yeux, s'éparpillent un peu partout. Nous passons aussi devant des maisons dispersées dans la campagne constituées d'une base solide rappelant le matériau utilisé pour le beau pont sur le Déza ; nous admirons l'art des bâtisseurs romains.

Voilà maintenant une zone de prés et d'enclos où paissent des cochons et, plus loin des vaches. La forte odeur des abattoirs nous pousse à gagner au plus vite les zones forestières. Ici, l'odeur de terre, la beauté majestueuse des arbres au feuillage traversé par les rayons de soleil nous enchante. Nous sommes impressionnés par la haute raille des arbres, par les gros troncs et le soin apporté à cette forêt. Serait-ce une variété spéciale de chênes ? À présent, le chemin monte au milieu d'un paysage bordé de collines douces. Nous passons près d'une église en restauration : les ouvriers remontent le petit clocher.

Puis, arrivés dans la ville, nous voyons des vendeurs de billets de tombola qui nous indiquent un bon restaurant. Répondant à nos questions, ils nous précisent que les personnes qui vendent les tickets de loto font partie d'une organisation présente dans toute l'Espagne, dirigée par des handicapés. Les vendeurs de tickets sont des salariés de l'entreprise. "Et, ça marche  !" nous assure notre interlocuteur avec un grand sourire.

Le restaurant "la Cuiller" joliment situé, nous accueille et nous mangeons de la soupe de viande de porc et des travers rôtis, dans la salle, sur des braises. C'est vraiment délicieux ! Après cette halte, nous reprenons le chemin à travers de grandes étendues de forêts de châtaigniers ; et puis, ce sont de gros noyers qui ponctuent notre marche au milieu de paysages de campagnes et de petits bois.

Arrivés à Lalin, nous saluons avec plaisir le cochon en bronze dans la zone piétonne et l'église. Il nous rappelle le pèlerinage de 2011.

Un petit hôtel nous reçoit, et, après avoir lavé notre linge, soigné nos pieds, nous nous promenons dans la cité. Le nombre de commerces est impressionnant mais le nombre de boutiques fermées l'est aussi. La belle église qui se dresse au-dessus d'une volée de marches est... fermée, elle aussi.

Lors du repas du soir pris dans un bar qui sert des poulpes, notre hôte nous explique les difficultés économiques de la petite ville. Ici, les effets de la crise bouleversent l'avenir économique. Les maisons achetées il y a quinze ans seulement sont terriblement dépréciées. Beaucoup de propriétaires de petits biens se trouvent ruinés. D'ailleurs, en traversant le centre commercial construit près du bar, le visiteur ne peut que constater que les nombreux locaux sont désespérément vides et qu'aucune animation ne règne dans cette partie de la ville.

Et comment notre soirée va-t-elle se terminer ?

Vous ne le devinerez jamais : nous allons déguster une glace. Deux boules, s'il vous plaît ! Nous flânons en regardant scintiller les étoiles dans le ciel. Bonne nuit !

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MERCREDI 9 OCTOBRE 2013

LALIN - BANDEIRA

Il fait encore nuit et un peu froid quand nous quittons Lalin. D'immenses pâtures se déroulent devant nous. Le soleil perce soudain, sa chaleur nous réchauffe. De temps en temps de jolies forêts de chênes nous accueillent et nous profitons de leur ombre. Les châtaigniers forment de belles rangées régulières le long de la route et nous prenons le temps d'admirer de très intéressants calvaires qui s'élancent vers un ciel tout bleu à présent. Ces ouvrages de facture simple mais aux motifs ornementaux en harmonie avec le paysage et la foi de ceux qui les ont sculptés s'intègrent si bien dans le paysage et nous émeuvent. Bientôt, nous arrivons sur une belle voie romaine qui nous guide vers le superbe pont enjambant le Déza. Çà et là des lichens s'arrondissent sur le granit lissé par les ans. L'arche en dos d'âne enjambe élégamment la rivière et sa construction se poursuit par un solide appareil de grandes pierres taillées, soigneusement ajustées, de part et d'autre du pont. L'eau brille et frémit entre des blocs rocheux. Les feuilles de chênes ourlent le ciel de leur dentelle. C'est vraiment très beau.

Arrivés près d'une petite église, nous faisons une pause collation. Un saint Jacques, un peu raide dans son costume de granit nous regarde goûter de pain et de noix.

Et bientôt, voilà Bandeira et son "nouvel" albergue. En effet, il s'agit d'un bâtiment tout neuf, inauguré en juin 2013. C'est un gîte bâti en longueur qui ne comporte qu'un rez-de-chaussée. Il ressemble à une école. De larges bandes bleues, grises et blanches colorent les murs et donnent au bâtiment un bel aspect. Le dortoir contient une quarantaine de lit. La salle à manger, claire et spacieuse, est accueillante. Nous nous installons et lavons notre linge dans des bacs très pratiques.

Mais, petit à petit, nous nous rendons compte que les murs sont en résine et que l'ensemble de ce gîte est constitué de matériels très légers. Oublions ce détail pour le moment et allons vite au restaurant où un bon et joyeux repas nous attend.

Plus tard, nous gagnons le gîte en contemplant les étoiles... Saint-Jacques n'est plus très loin ! Mais comme il fait froid dans le dortoir ! Oui, le ciel très dégagé et étoilé annonce une nuit frisquette. Que faire si ce n'est de nous vêtir pour essayer de trouver un peu de chaleur dans nos duvets ? Peine perdue : la nuit est glaciale, impossible de se réchauffer ! Les heures passent ; de temps à autre, l'un de nous laisse échapper un soupir... Et que faire de mieux que de rêver au brûlant café qui va accompagner notre pain grillé et chaud demain matin au petit déjeuner... D'ailleurs, l'aube pointe déjà.

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JEUDI 10 OCTOBRE 2013

BANDEIRA - PUENTE de ULLA - CASA de CASAL

Le petit déjeuner de nos rêves pris dans un bar, nous attaquons la marche du jour d'un pas vif et résolu. La température n'est que de huit degrés. Un beau chemin de campagne s'annonce. Le vent éparpille quelques nuages sombres, nous suivons les flèches quand, soudain, nous passons devant des bornes jacquaires... dégradées : la plaque de cuivre avec l'indication kilométrique jusqu'à Saint-Jacques a été été arrachée, la coquille en faïence cassée ou volée. Nombreuses seront ces bornes à présent :

Pèlerin, toi qui passes,
Toi qui me vois humiliée,
Volée,
Martelée,
Souillée
Dégradée
Par la bêtise,
Ne détourne pas ton regard ;
De borne grise en borne grise,
Poursuis ta quête,
Vers les étoiles,
Vers Compostelle.

Les beaux massifs d'hortensias boules de couleur blanche, agrémentent le chemin. Les longs pampres de vignes couverts de bon raisin s'échappent des vignobles dans les bas-côtés. Comme ces grains noirs sont délicieux ! Dans les prés, les coulemelles et les rosés des prés présentent leurs jolies têtes et Pascal fait une belle récolte de champignons. Les pentes succèdent aux montées avec de belles forêts. À midi, c'est la surprise ! Mireille et Bernard se sont arrêtés sur une jolie placette avec leur Jumper pour nous faire des omelettes aux champignons. La surprise est totale et ce repas inattendu délectable.

Il faut reconnaître que le départ après ce bon déjeuner est un peu difficile. La pente nous semble extrêmement raide. Mais déjà, nous nous laissons emporter par la beauté du paysage de Ponte de Ulla ; certes, la voie romaine pavée et bombée en son milieu n'est pas facile à gravir. Mais forêts, vignobles, espaces de cultures de maïs, de tomates et de choux géants se succèdent avec bonheur. Les murets en granit protègent ces belles cultures et nous regrettons un peu (encore !) que toutes les jolies petites églises soient closes.

À présent, eucalyptus et mimosas poussent sur les bas-côtés. La magie des belles forêts agit sur nous. L'ombre est si agréable dans les petits sentiers ! Et, soudain, "Regardez devant vous !" entendons-nous, tant il est vrai que nous marchons souvent en regardant nos pieds ! Et voilà les flèches de Saint-Jacques. Les hautes et puissantes tours s'élancent dans le ciel bleu traversé de rayures blanches. Soudain, près d'un calvaire qui marque un croisement de chemins, une nouvelle surprise nous attend : José et Marcel nous attendent. Ils nous rejoignent pour la dernière étape du chemin. Embrassades, propos de toutes sortes et nos deux guides nous conduisent au gîte de Casa de Casal.

Pascal nous fait tourner la tête pour nous faire admirer le "Pico Sacro", ce petit sommet que certains d'entre-nous rêvent de gravir un jour ! Qui sait ?

À présent, nous voilà au gîte de Casa de Casal constitué d'une solide demeure principale en granit au fond d'un luxuriant jardin. Des habitations plus petites sont réparties sur la propriété. Nous nous promenons en goûtant une pomme, écoutons le murmure de l'eau qui tombe de vasque en vasque jusqu'à nos pieds, admirons un vieux moulin, un pressoir. Ensuite, nous passons devant la piscine. Et de là, en levant les yeux, nous admirons le "Pico Sacro" lumineux sous le soleil et si proche de nous ! Un petit belvédère, un calvaire surmonté d'une croix en granit, met en valeur la vue sur la petite montagne sacrée. Un peu plus loin, nous admirons les superbes pergolas chargées de raisins blancs. Sur notre droite, des haies de kiwis débordent de fruits mûrs. Des bordures de petites fleurs ou de fougères rendent les passages charmants. Près des grandes serres abritant des fraisiers, des poules grattent et caquèrent dans une basse-cour fermée d'un côté e par un long silo à grains. Un superbe potager garni dans toute sa longueur d'une haie de tomates-cerises termine la visite de cette partie de la propriété.

Ailleurs, ce sont des dahlias aux couleurs variées et chaudes qui fleurissent un peu partout, apportant leur éclat coloré aux magnolias qui s'argentent sous les rayons du couchant. Plus loin encore une immense et belle prairie de hautes graminées couleur paille attire notre attention. Et si nous prenions cette allée bordée de hauts althŠas roses qui se dressent jusqu'aux palmes foncées des palmiers ? Là, les feuilles légères de délicats albizzias jouent dans le petit air du soir. Tiens, des chats animent par leur présence silencieuse cette demeure  : arbres, toitures basses, balustrades les accueillent.... Décidément, nous n'aurons pas le temps de faire le tour de la propriété car la nuit tombe bien vite. Nous nous rendons dans la grande salle à manger où brûle un beau feu. L'aimable hôtesse nous sert un très bon repas.

Naturellement, nous passons une paisible et tranquille soirée avant de nous prélasser dans des lits garnis de draps en dentelles, réchauffés par de chaudes couvertures.

Des oiseaux nocturnes nous saluent et même si nous avions envie d'aller les découvrir dans le beau jardin, sous le ciel étoilé, nous sommes trop fatigués pour ne pas nous endormir immédiatement.

À demain, à Santiago.

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VENDREDI 11 OCTOBRE 2013

CASA DE CASAL - SANTIAGO

Un excellent petit déjeuner nous est servi dans la salle à manger du gîte. Les pèlerins sont en forme. Guy dispense ses conseils pour cette dernière étape et hop, nous voilà partis dans la fraîcheur matinale, pour Saint-Jacques. Nous marchons avec allégresse et, de temps en temps posons nos yeux sur la cime du Pico Sacro dont nous nous éloignons peu à peu. Voilà, la cime a disparu ! Mais bientôt, ce sont les flèches de la cathédrale qui deviennent de plus en plus précises au fur et à mesure de notre progression.

Le soleil nous réchauffe et bientôt nous abandonnons nos pulls. De grosses boules d'hortensias bleus s'offrent à notre admiration et à notre caresse : c'est si doux et si frais de plonger le visage dans les frais et abondants pétales des fleurs.

Nous nous hâtons, les flèches de la cathédrale sont de plus en plus précises ! Quelques hameaux sont vite dépassés et nos yeux glissent très vite sur les superbes bougainvillées qui dégringolent des murs. Des chiens aboient ; le chemin s'élargit. Nous longeons des vignobles, négligeons les noix qui roulent sous nos pieds et avançons, happés par le désir d'arriver. Et, soudain, que se passe-t-il ? Pourquoi les premiers se sont-ils arrêtés ?

Un grand silence écrase l'atmosphère : la route nous fait passer sur le pont de chemin de fer de la gare de Saint-Jacques. Un haut grillage couvert de photos, de minuscules statuettes, de dessins, de noms calligraphiés, d'écharpes colorées, de branchages, de fleurettes en papiers de couleurs, de rubans argentés, rappelle la catastrophe qui a eu lieu le 24 juillet dernier en ce lieu. L'émotion nous étreint. Le chemin de nombreux voyageurs s'est termine ici.

Au-dessus de nous le ciel est bleu, des oiseaux passent en criant et nous, nous nous glissons en silence vers le chemin qui descend.

À présent nous distinguons avec précision les flèches, et les tours de la cathédrale.

Avant d'entrer à Saint-Jacques, nous nous arrêtons devant la collégiale de Sar. Et, un peu plus tard, après une mauvaise appréciation des consignes sur le lieu du rendez-vous, nous voilà devant le grand séminaire. Ouf, "Tout le monde est là." C'est alors que les pèlerins se congratulent. Nous sommes très contents. Guy est ému : il a pu conduire son petit groupe jusqu'au bout ! Après avoir traversé la cathédrale, nous nous joignons à la queue devant l'ancien évêché pour obtenir notre attestation de pèlerinage. Peu après, nous échangeons nos impressions autour d'un bon repas pris au monastère de San Martin Pinario. Nous retrouvons avec plaisir l'hôtel Suso qui va nous loger pendant nos deux nuits à Saint-Jacques. La famille Suso et les pèlerins du groupe de Guy, c'est une histoire qu'il falloir raconter un jour.

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SAMEDI 12 oCTOBRE 2013

SANTIAGO

"Veux-tu prendre ton petit déjeuner au Parador, l'ancien palais des rois !" Voilà un proposition de Guy qu'une pèlerine accepte immédiatement.

En effet, il s'agit d'une ancienne tradition qui se perpétue. Comment ? Eh bien voilà : en 1499, Isabel et Fernando - les rois catholiques - ordonnèrent la construction d'un hôpital pour accueillir les pèlerins. Dans cet établissement, les pèlerins trouvaient - gratuitement - à manger et recevaient les soins sanitaires durant trois jours en hiver et deux jours en été. Une entaille était pratiquée chaque jour sur le bourdon du pèlerin pour contrôler. Cette tradition persiste en ce sens que même s'il ne s'agit plus de soins, les pèlerins accrédités d'avoir parcouru le chemin de Saint-Jacques peuvent bénéficier d'un petit déjeuner, d'un déjeuner et d'un dîner offerts par le réseau de tourisme des Parador. Ces repas ont lieu dans la petite "salle à manger des pèlerins".

Comme l'établissement offre dix repas, les dix premiers pèlerins qui se présentent à la porte de contrôle sont reçus. Et voici comment cela se passe suivez la chasseur de l'hôtel, avancez dans les jolis patios où murmurent des fontaines, descendez dans les cuisines où règne une activité bourdonnante, remontez munis de bols, de couverts et d'un grand plateau garni, dans la petite salle à manger.

Voilà quatre Français et une Allemande réunis auteur d'un copieux petit déjeuner : thé, lait café, brioches, croissants et churros.

Les convives sont détendus et très joyeux. Jean-Marie, un grand connaisseur des caminos, hospitalier à Estaing, rend par sa présence la conversation extrêmement agréable. Les échanges portent sur les chemins déjà parcourus, les endroits sensationnels qu'il faut absolument découvrir, les difficultés liées au poids du sac à dos et... sur les pieds ! Mais c'est surtout sur la joie qu'apportent les pèlerinages et l'importance grandissante qu'ils prennent dans chacune des vies des pèlerins que porte la conversation. Au bout d'une heure, rassasiés, les invités débarrassent soigneusement la table, remercient le serveur et se séparent avec amitié. Après cette agréable pause, chacun reprend son chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Un peu plus tard, voici des pèlerins du groupe de Guy au marché. Laissons-nous tenter par le jambon noir et le fromage de Santiago ! Peu après, s'éloignant des couleurs et des odeurs de ce beau marché, notre groupe se dirige vers la cathédrale. Les marcheurs s'installent pour la messe des pèlerins, à midi.

La cathédrale bourdonne. C'est comme une vague qui s'enfle, retombe et recommence après le signal recommandant le silence dans l'édifice. Nous tournons la tête pour voir la foule multiple de pèlerins qui, ne trouvant plus de place, se serre, qui au pied ses colonnes, qui près des ouvertures, ou même sur les dalles du sol. Et soudain, c'est le silence ! C'est une vague de paix qui passe dans les nefs et transept de l'édifice. Attentifs, les pèlerins suivent l'office qui clôt le pèlerinage. L'homélie porte sur l'espérance qui anime le marcheur et le porte jusqu'à la cathédrale, lieu de spiritualité, d'intériorité et d'attente. À la fin de l'office, les fidèles attendent avec fébrilité mais aussi avec retenue le botafumeiro.

Voyez l'encensoir qui se balance au rythme des impulsions données par les huit membres de la confrérie du botafumeiro, les tiraboleiros ! Suivez des yeux les flammes qui s'enroulent et se déroulent autour de l'encensoir avant de disparaître puis de reparaître dans un nuage de parfums ! Respirez l'odeur de pin et d'encens se répandant sous les voûtes. Regardez les visages éblouis et émus qui ne peuvent détacher leur regard de l'encensoir flottant dans l'air, chemin de vie. Nous nous recueillons et pensons à tous ceux qui nous ont demandé de ne pas les oublier. La belle prière du pèlerin de François Llado clôt notre petite cérémonie.

Un peu plus tard, nous sommes réunis autour d'un bon déjeuner chez Fina.

L'après-midi, nous profitons du temps agréable pour flâner autour de la cathédrale où marchands, artistes peintres, mimes, musiciens et chanteurs font valoir leurs talents. Près de la place de l'Azabacheria, nous sommes subjuguées par les voix de deux chanteurs d'opéra qui interprètent des airs célèbres avec une grande maîtrise. Tout en se déplaçant dans le passage, ils chantent ; les voix du baryton et de la soprano se mêlent ou se séparent pour éclater et se terminer dans un murmure. Les passants retiennent leur souffle. Même les bavards s'arrêtent, silencieux soudain, gagnés par la magie des mélodies. Quelle paix dans cet endroit si bruyant d'habitude !

Plus tard, nous grimpons les marches derrière l'autel baroque de la cathédrale pour saluer saint Jacques. Les pèlerins passent tranquillement les uns derrière les autres, font l'accolade à la statue du saint et prennent le temps de contempler de là-haut, la nef baignée de soleil.

Le soir, le dîner d'adieu nous rassemble. Nous remercions Guy pour la joie qu'il nous a donnée en organisant ce pèlerinage avec José. Nous discutons tout en mangeant avec plaisir les tapas. Marcel nous convie ensuite dans un restaurant autour d'une quémada.

Cette année nous sommes au milieu des hôtes d'un restaurant dont c'est la spécialité. "Pour des raisons de sécurité, nous apprennent Véronique et Pascal, peu d'établissement sont encore autorisés à produire cette cérémonie."

Effectivement, la petite fête intime que nous avons connue jusqu'alors, est devenue une sorte de présentation de music-hall. Voyez plutôt :

Les lumières s'éteignent. Sur le mur du fond s'élèvent des flammes sur un grand écran. Des lumières tournantes balaient la salle. Une fumée nous enveloppe et... le maître de cérémonie arrive. Déguisé en pèlerin-sorcier, la capuche lui cachant le visage, il déambule au milieu des convives, frappe le sol de son bâton pour ponctuer ses propos.

Il est question de balai, chapeau, sorcier, sorcière, terre, mer, eau, air, Mal, Satan, Belzébut, cadavres, corps mutilés, lieux infernaux.., puis, s'avançant vers le récipient contenant le doux liquide brûlant, il prononce des formules, ajoute quelques ingrédients à la préparation d'alcool, de sucre et de grains de café. Une bonne odeur se répand dans la salle. Après avoir fait rire les hôtes avec des propos en Galicien, l'animateur se saisit de la louche, fait monter et descendre la liqueur enflammée. C'est toujours un spectacle ! Tout le monde regarde, fasciné par les flammes qui grimpent le long du liquide. Enfin, avant de servir la quémada, l'animateur joue des airs accompagnés de son accordéon, airs que les Galiciens reprennent joyeusement dans la salle.

Les lumières s'allument, le moment de boire est venu, nous pouvons déguster la chaude liqueur. Hum ! C'est bon !

Un peu plus tard, nous quittons l'établissement pour nous plonger dans notre dernier sommeil du pèlerinage.

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DIMANCHE13 OCTOBRE 2013

VOL DE SANTIAGO À PARIS

Chargés de nos sacs nous attendons le bus qui va nous conduire à l'aéroport. Le temps s'est déroulé très vite pendant ce pèlerinage !

Dans l'avion nous songeons aux moments que nous venons de vivre.

Rien d'extraordinaire dans nos pèlerinages certes, mais nous acquérons petit à petit une grande attention aux détails qui nous nous échappent si souvent. Au cours des marches, c'est le silence notre compagnon le plus fidèle. Il nous enveloppe et nous pénètre. C'est l'hôte qui nous accompagne dans la contemplation des espaces qui nous environnent et qui nous enchantent.

Mais comment ne pas évoquer les compagnons de la marche ? Celui qui marche en silence à vos côtés pendant un moment, celui qui veut faire une pause, celui qui vous invite à boire, celui qui lance une blague, celui qui raconte un petit souvenir, celui qui a mal aux pieds, le silence méditatif de tel autre ; celui qui vous adresse un sourire bienveillant quand vous avez des difficultés, celui qui écoute vos paroles, celui qui n'est tranquille que lorsque "tout le monde est là !". Que dire de la joie de partager son émotion devant une chose imprévue ou rare ; des petits présents si touchants: du bon jambon, un morceau de pain, du chocolat, une pomme, des petites grappes de raisin, des figues, des noix... et même de l'omelette.

Oui, c'est vous, Pascal et Véronique, Vincent, Denise, Gilbert, Bernard et Mireille, José, Marcel, c'est vous qui venez de terminer ce beau chemin, le Camino de la Plata avec Guy, président du groupe de pèlerins de Montereau.

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DÉBUT : SÉVILLE - ORENSE

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